La collection automne 2026 de Magliano marque un tournant discret mais ferme. Luca Magliano quitte Milan non par caprice, mais par nécessité. Après avoir passé huit années à cultiver une esthétique provinciale précise, déjà nourrie par sa narration du quotidien, il installe son atelier à Paris, où la lumière crue et interrogative remplace le brouillard de la plaine du Pô. Ce n’est pas une fuite, mais un recentrage. La collection automne 2026 devient ainsi un acte de clarification, une confession en forme de vêtement.
| 📌 Repères clés |
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| 🇫🇷 Lieu : Paris (nouvelle implantation du studio) 🍂 Saison : Automne 2026 👔 Pièces clés : costumes adoucis, manteaux à organza, vestes à écharpe intégrée 🎭 Ambiance : silence, dépouillement, performance sonore live 🧠 Intention : opposer la fragilité à l’agressivité du monde 🧵 Vision : le classique comme espace de liberté identitaire |

Dans un espace tapissé de velours rouge et éclairé comme un salon d’arrière-scène, les mannequins avancent sans musique, seulement accompagnés d’un sifflement aérien interprété en direct. Ce choix sonore, volontairement rustique, rappelle ce que Magliano appelle l’« âme cafone » — une fierté modeste, jamais spectaculaire. Le décor évoque les sessions MTV Unplugged des années 1990, dépouillées de toute nostalgie. Ici, rien n’est joué pour l’effet. Tout est ramené à l’essentiel : la coupe, le geste, la posture, dans la continuité de cette quête de simplicité.
Les vêtements conservent leur style slouchy, mais avec une nouvelle rigueur. Les vestes sont dotées d’écharpes intégrées au col, comme si elles avaient attendu trop longtemps dans le froid. Les manteaux sont fendus d’organza au niveau du visage, créant une buée légère autour du porteur lorsqu’il bouge. Ce détail n’est pas décoratif, il est poétique. Il transforme la silhouette en présence vivante, imprévisible et humide de souffle. C’est là que réside la romance selon Magliano : non dans le clinquant, mais dans l’imperfection contrôlée, dans ce qui vacille sans tomber.

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La collection refuse le superflu. Elle ne cherche pas à impressionner, mais à affirmer. Chaque tenue fonctionne comme une carte de visite muette, riche en intentions. Magliano explique cette retenue par un contexte politique et social qu’il juge de plus en plus hostile à la fragilité, à l’émotion et à tout ce qui ne se soumet pas à la force brute. Face à ce climat, il choisit de ne pas crier plus fort, mais de parler plus clairement. Ses vêtements deviennent ainsi des manifestes silencieux, conçus pour des corps qui refusent les catégories rigides et les identités binaires imposées.
Il ne s’agit pas de rejeter le classique, mais de le désarmer. Le costume traditionnel est adouci, allongé, parfois déstructuré, mais toujours habité. Ce n’est pas une provocation, mais une proposition : porter le formel sans se sentir enfermé. Magliano ne vend pas un style, il propose une manière d’être : calme, affirmée et ouverte. La province n’est plus un lieu, mais une attitude. Et dans cette transition, Paris n’est pas une destination de prestige, mais un laboratoire de simplicité.
Ce déplacement géographique coïncide avec une mise au point morale. La collection automne 2026 n’offre ni spectacle ni divertissement. Elle exige de la concentration et de la lenteur. Elle résiste à la vitesse ambiante en privilégiant la densité plutôt que l’impact. Dans un monde saturé de signes, Magliano ose le silence. Ce silence, soigneusement cousu dans chaque couture, parle plus fort que bien des discours.




















