Walter Van Beirendonck ne change pas. À 68 ans, le créateur belge continue de regarder la mode depuis sa position d’éternel outsider. Sa collection automne 2026, baptisée SCARE the CROW / SCARECROW, affirme cette posture avec une intensité renouvelée. Vous découvrirez ici un créateur qui refuse de vieillir et s’accroche à la jeunesse comme à une bouée de sauvetage.
| 📌 Repères clés |
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| 🇧🇪 Créateur : Walter Van Beirendonck, figure majeure de l’avant-garde belge 🗓️ Saison : automne 2026 🎨 Inspiration : art brut, art outsider, œuvres d’André Robillard 🧥 Silhouettes : tailoring déconstruit, sportswear expérimental, DIY assumé 🌸 Symboles : fleurs, armes factices, épouvantails, ruban adhésif 🎒 Collaborations : Eastpak (retour historique), chapeaux Stephen Jones 🧠 Message : défense de la jeunesse créative face à la normalisation culturelle |

Art brut et art outsider : les racines radicales de la collection
Cette saison, Van Beirendonck s’est plongé dans l’univers de l’art brut et de l’art outsider. L’artiste André Robillard, qui fabrique des fusils à partir d’objets trouvés depuis des années dans une institution psychiatrique, l’a particulièrement marqué. Cette urgence créative et ce mépris total des conventions, le créateur les transpose dans ses vêtements. Vous reconnaîtrez cette énergie brute dans les pièces présentées lors du défilé parisien.
Le défilé a commencé de façon spectaculaire. Un scooter électrique recouvert d’une bâche jaune a surgi sur le podium, monté par un mannequin vêtu de la même couleur et orné de fleurs géantes ainsi que de fusils en plastique jaune attachés dans le dos. Des références militaires apocalyptiques, des pantalons et des chemises fluo à la texture de bâche, des T-shirts bordés de bandes de vinyle brillantes évoquant des fenêtres scotchées. Les mannequins défilaient parfois par trois, semblables à des gangs de soldats renégats.

Oxymores visuels : guerre, fleurs et poésie politique
Van Beirendonck travaille par oxymores. Ses pulls tricotés reprennent les motifs des tapis de guerre afghans, ces carpettes qui représentent l’attirail des conflits armés. Grenades, hélicoptères d’attaque et AK-47 y côtoient des cœurs et des fleurs. La seconde partie du défilé présentait des tricots floraux intégraux, prolongés par des cagoules en forme de fleur, rappelant les démogorgons de la série Stranger Things, mais dans une version pacifiste.
Les couleurs vives occupent l’espace. Le rose, l’orange et le vert fluo scandent la collection, tandis que le rouge, le jaune et le bleu fonctionnent comme des leitmotivs. Des bracelets en ruban adhésif, matériau qui traverse toute la collection, ont été créés par Van Beirendonck, dans la lignée de ses expérimentations autour du ruban adhésif déjà explorées au printemps 2025. Les tuniques assemblées à partir de morceaux de plastique sur lesquels le ruban adhésif zigzague illustrent cette approche DIY.
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Tailoring déconstruit et sportswear expérimental : un équilibre revendiqué
Le créateur affirme qu’il recherchait un équilibre entre le prêt-à-porter et le sportswear. Les deux camps ont gagné cette bataille. Les vestes et manteaux de tailleur apparaissent déconstruits ou construits et sont portés sur des t-shirts. Certaines pièces sartoriales n’ont pas de manches ou en ont de vides qui pendent au-dessus des bras. Les vêtements d’extérieur peuvent être resserrés à l’aide de fines ceintures colorées. Même les costumes les plus traditionnels reçoivent une touche personnelle, comme une fleur en tissu qui dépasse d’une poche.
Les t-shirts constituent l’ossature de la collection. Ornés de bandes fluorescentes roses, oranges ou vertes, ils portent l’inscription « For real youth ». Les pantalons amples sont fabriqués en plastique. Le créateur s’est inspiré des housses de protection, ces bâches qu’on pose sur les sculptures et les meubles pour les préserver. Dans sa collection, ces couvertures deviennent des vêtements sous lesquels les corps se meuvent.

Eastpak, Stephen Jones : collaborations fidèles et signatures fortes
Cette collaboration marque le retour d’une histoire vieille de 25 ans. Van Beirendonck a été le premier créateur avec lequel la marque lifestyle a travaillé. Pour cet automne, il a imaginé une nouvelle série de sacs, dont son iconique « monstre » avec des éléments détachables et fonctionnels. Les chapeaux sont signés Stephen Jones et complètent les silhouettes avec des bols agrandis et des casquettes florales en 3D.

Un manifeste pour la jeunesse créative et marginale
Van Beirendonck enseigne depuis des décennies. Son attachement à la nouvelle génération transparaît dans cette collection. Les « épouvantails de 2026 », comme il les nomme, représentent ces jeunes qui assemblent ce qui leur tombe sous la main pour tenter de paraître humains, alors que les subcultures ont disparu. Le créateur refuse qu’on dénigre ces jeunes générations, un optimisme qui s’est déjà prolongé au printemps 2026. « Elles détiennent la vérité », affirme-t-il. Sa défiance enfantine et son optimisme sans faille peuvent nous servir d’exemple.
















































