Dakar 2026 : Luciano Benavides sacré pour 2 secondes, Al-Attiyah entre dans la légende

Deux secondes ont suffi pour faire basculer l’histoire du Dakar.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
17 Minutes de lecture
L'Argentin Luciano Benavides (Red Bull KTM Factory Racing), lors de la dernière et treizième étape du rallye Dakar, entre Yanbu et Yanbu, le 17 janvier 2026 en Arabie saoudite - © Photo : A.S.O./J.Delfosse/DPPI

Deux secondes. Vous avez bien lu. Deux secondes seulement séparent Luciano Benavides de Ricky Brabec au classement général du Dakar 2026, à l’issue de l’étape 13, entre Yanbu et Yanbu. Ce vendredi soir, l’arrivée de la 48e édition a offert aux spectateurs un retournement de situation aussi fou que l’arrivée du Tour de France 1989 entre Greg LeMond et Laurent Fignon. L’Argentin de Red Bull KTM Factory Racing explose de joie tandis que l’Américain de Monster Energy Honda HRC peine à réaliser ce qui vient de se produire. Vous pensiez avoir tout vu sur le Dakar ? Détrompez-vous. L’histoire s’est écrite sous vos yeux, au terme d’un scénario que même Hollywood n’aurait pas osé imaginer. Pendant ce temps, Nasser Al-Attiyah célèbre tranquillement sa sixième victoire, rejoignant ainsi les légendes vivantes du rallye-raid.

📌 Repères clés
🏍️ Vainqueur moto : Luciano Benavides (Red Bull KTM)
⏱️ Écart final : 2 secondes (plus faible de l’histoire du Dakar)
🧭 Moment clé : erreur de navigation de Brabec au km 98,4
🚗 Vainqueur auto : Nasser Al-Attiyah (6e sacre)
🏁 Lieu d’arrivée : Yanbu (Arabie saoudite)
🏆 Constructeur le plus titré : KTM (21 victoires)

Erreur de navigation décisive : le Dakar bascule à 7 km de l’arrivée

Revenons quelques heures en arrière. Ricky Brabec s’élance pour la dernière spéciale avec 3 min 43 s d’avance. L’affaire semble pliée. Le pilote américain ouvre la piste sur les 105 kilomètres chronométrés de cette ultime étape. Il roule sereinement, gérant son avance. Mais voilà, au kilomètre 98,4, à seulement sept kilomètres de l’arrivée, le cauchemar commence. Brabec commet une erreur de navigation. Rien de dramatique sur le papier : juste un écart de trajectoire qui l’envoie légèrement trop à gauche. Sauf qu’il doit effectuer une boucle d’environ trois kilomètres pour retrouver le bon tracé. Trois kilomètres qui lui coûteront le sacre.

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Pendant ce temps, Luciano Benavides fonce vers la ligne d’arrivée. Le chronomètre tourne. Benavides franchit la ligne d’arrivée. Quelques secondes s’écoulent. Brabec apparaît enfin. Deux secondes trop tard. L’écart le plus faible jamais enregistré sur un classement général du Dakar. Vous assistez au plus grand hold-up de l’histoire moderne du rallye-raid. Sauf qu’il n’y a pas de hold-up. Juste un pilote qui a su saisir sa chance quand son adversaire a flanché.

« Je n’arrive pas à réaliser ce qui vient de se passer », lâche Benavides quelques minutes après son arrivée, encore sous le choc de sa victoire. L’Argentin rejoint son frère, Kevin, au palmarès. Ce dernier avait lui-même réalisé un coup similaire en 2023, renversant Toby Price le dernier jour avec 43 secondes d’avance. Cette famille a décidément le sens du timing.

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Dakar 2026 : Luciano Benavides sacré pour 2 secondes, Al-Attiyah entre dans la légende
Le Qatarien Nasser Al-Attiyah et le Belge Fabian Lurquin (The Dacia Sandriders), lors de la dernière et treizième étape du rallye Dakar, entre Yanbu et Yanbu, le 17 janvier 2026 en Arabie saoudite – © Photo : A.S.O./Aurélien Vialatte

Dakar 2026 : Red Bull KTM décroche une 21e victoire historique

La victoire de Luciano Benavides offre à l’équipe Red Bull KTM Factory Racing son 21e sacre sur le Dakar. Une marée orange déferle sur Yanbu. Le constructeur autrichien peut savourer ce triomphe, d’autant plus qu’il a failli lui échapper. Rappelez-vous : Daniel Sanders était favori avant sa chute sur la route de Bisha, qui a bouleversé l’équilibre de la course de la 9e étape. Le champion du monde australien était pourtant bien parti pour réaliser le doublé après sa victoire en 2025. Mais la malchance en a décidé autrement.

Tosha Schareina semblait également en mesure de jouer les premiers rôles, jusqu’à ce qu’il écope d’une pénalité de 10 minutes pour avoir ignoré les drapeaux de sortie du bivouac-refuge lors de l’étape 5. Une erreur fatale. Luciano Benavides a alors récupéré le leadership de l’équipe KTM. Il fallait maintenant tenir. Il fallait résister à la pression. Il lui fallait affronter un Ricky Brabec déjà double vainqueur du Dakar (en 2020 et 2024) et visiblement en grande forme.

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Le duel entre les deux hommes a tenu toutes ses promesses. Benavides a remporté l’étape 8 en ouvrant la piste et en creusant un premier écart. Mais Brabec est revenu à la charge, tentant même un coup tactique lors de l’étape 11 en freinant volontairement pour laisser l’Argentin prendre la tête, avec seulement 23 secondes d’avance. Un piège psychologique redoutable qui obligeait BenaLe plan de Brabec a fonctionné à merveille, notamment grâce à son plan tactique de la veille, jusqu’à cette erreur fatale du dernier jour.

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Rally 2 : retournement de situation et sacre surprise à Yanbu

Si vous pensiez que le suspense était réservé aux rallyes GP, vous vous trompiez. La catégorie Rally 2 a elle aussi connu un retournement de situation spectaculaire. Preston Campbell, le fils du légendaire Johnny Campbell (le mentor de Brabec, comme le monde est petit), dominait le classement général jusqu’à l’arrivée de l’étape 11. Puis, le Slovène Toni Mulec, pilote de l’équipe BAS World KTM et engagé pour sa quatrième participation, a opéré une remontée progressive qui s’est concrétisée au meilleur moment.

Il a franchi la ligne d’arrivée à Yanbu avec 4 min 37 s d’avance sur Campbell. L’Américain de 26 ans, dixième au classement général, peut néanmoins se consoler avec le titre de meilleur débutant de l’année. Une performance honorable pour un rookie. Benjamin Melot savoure quant à lui sa victoire dans la catégorie Original by Motul, avec 14 min 32 s d’avance sur l’Espagnol Josep Pedro. L’année dernière, il avait échappé de justesse à la victoire. Cette fois, il n’était pas question de laisser filer la récompense.

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Nasser Al-Attiyah : six victoires et une entrée définitive dans la légende

Pendant que les motards s’arrachaient les cheveux sur les waypoints, il déroulait son plan à la perfection. Le pilote qatari décroche ainsi sa sixième victoire sur le Dakar. Six. Un chiffre impressionnant. Il dépasse désormais Ari Vatanen (quatre victoires) et se rapproche dangereusement de Stéphane Peterhansel (huit victoires en catégorie auto). Al Attiyah offre également à Dacia sa première victoire sur l’épreuve. Un sacre historique pour la marque roumaine qui fait ses débuts cette année avec le Sandrider.

Le Qatari n’a laissé aucune place au hasard. Sa stratégie s’est construite autour de deux journées décisives. D’abord l’étape 6, un boulevard de dunes de 300 kilomètres qui lui a permis de prendre la tête du classement général. Puis, lors de l’étape suivant la deuxième étape marathon, Al Attiyah a creusé l’écart en terminant deuxième, derrière Mathieu Serradori. Pour parfaire son œuvre, le maestro qatari a remporté l’avant-dernière étape, sa 50e spéciale victorieuse sur le Dakar. Un record qu’il partage avec Vatanen et Peterhansel.

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« La course n’a jamais été aussi ouverte », répétaient pourtant tous les pilotes avant le départ. Une fourmilière de champions s’était donné rendez-vous pour cette 48e édition. Mais Al-Attiyah a tenu son rang du début à la fin. Sang-froid, régularité, maîtrise : le triptyque gagnant d’un champion qui ne laisse rien au hasard.

Catégorie auto : le podium décidé dans les derniers kilomètres

Derrière le Sandrider n°299, la bataille faisait rage pour les places d’honneur. Henk Lategan, deuxième du Dakar 2025 derrière Al Rajhi, était la dernière chance de Toyota Hilux. Mais un roulement de la roue arrière a cédé lors de la dixième étape. Il se trouvait pourtant à douze minutes d’Al Attiyah. Un écart rattrapable. Le destin en a décidé autrement.

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Les Ford Raptor ont brillé tout au long du rallye, avec six victoires d’étape en quatorze jours de course. Nani Roma a arraché in extremis la deuxième place après avoir cassé son train avant. Il a fallu l’aide de plusieurs équipages pour qu’il rejoigne le bivouac à temps. L’Espagnol a enfin pu souffler en franchissant la ligne d’arrivée.

Pour la troisième place, le duel entre Mattias Ekström et Sébastien Loeb s’est joué à un fil. Le Suédois ne comptait en effet que 29 secondes d’avance avant la dernière étape. Il devait défendre sa position sur les 105 derniers kilomètres. Ekström a remporté cette ultime spéciale, comme il avait gagné le prologue à Yanbu. La boucle était bouclée. Loeb a terminé quatrième pour la première fois de sa carrière sur le Dakar, à seulement 37 secondes du podium. Une première déception pour le nonuple champion du monde de rallye, qui visait mieux.

Plus loin au classement, les Toyota se contentent des trois dernières places du top 10, avec Toby Price huitième, Seth Quintero neuvième et Sébastien Variawa dixième. Mathieu Serradori retrouve sa sixième place de 2020, avec une victoire d’étape en prime. Chez les Optimus de MD Rallye, Simon Vitse (14e) devance Christian Lavielle (20e). La catégorie Stock couronne le Lituanien Rokas Baciuška sur Defender, avec près de quatre heures d’avance sur l’Américaine Sara Price. Stéphane Peterhansel, qui dispute son 36e Dakar, termine à la quatrième place de la catégorie Stock.

Dakar 2026 : Luciano Benavides sacré pour 2 secondes, Al-Attiyah entre dans la légende
Le Lituanien Karolis Raisys et le Français Christophe Marques (OVOKO Racing, Land Rover, Classic Car), lors de la dernière et treizième étape du rallye Dakar, entre Yanbu et Yanbu, le 17 janvier 2026 en Arabie saoudite – © Photo : A.S.O./Aurélien Vialatte

Dakar 2026 : tous les vainqueurs des autres catégories

Chez les Challenger, Pau Navarro domine les débats au volant de son Taurus T3 Max. L’Espagnol n’a remporté aucune étape, mais il démontre que le Dakar récompense la régularité. Il franchit l’arche de Yanbu avec 23 min 22 s d’avance sur Yasir Seaidan. Le pilote saoudien rêvait d’offrir un nouveau sacre à domicile, après celui d’Al Rajhi en Ultimate. Navarro devient le deuxième Espagnol à s’imposer en catégorie Challenger, après Cristina Gutiérrez en 2024. Les deux Espagnols ont triomphé au volant de la même voiture, sous les couleurs de BBR.

Nicolas Cavigliasso, tenant du titre et champion W2RC, arrache la troisième place avec seulement 1 min 17 s d’avance sur Lucas del Rio. L’Argentin a joué des coudes, remportant deux victoires d’étape, après des débuts compliqués. Paul Spierings, Kevin Benavides et Dania Akeel ont également animé les débats. La Saoudienne a accumulé sept podiums d’étape sans jamais remporter la victoire suprême.

En SSV, Brock Heger conserve son titre avec six victoires d’étape. L’Américain de l’équipe Loeb Framedia Motorsport-RZR Factory Racing a survolé les débats avec plus d’une heure d’avance au classement général. Son compatriote Kyle Chaney décroche la deuxième place pour sa toute première participation. Polaris célèbre un troisième sacre consécutif, malgré les contre-attaques répétées de Can-Am. Xavier de Soultrait, ancien motard reconverti, savoure son podium. Johan Kristoffersson, qui a un impressionnant palmarès en rallycross, découvre que le désert ne se dompte pas en quelques jours.

Chez les camions, Vaidotas Zala offre à la Lituanie son premier vainqueur. Le pilote du Team De Rooy s’impose avec 20 minutes d’avance sur Ales Loprais, au terme d’un duel qui a duré jusqu’aux toutes dernières étapes. Zala met ainsi fin à la série de Martin Macík, double tenant du titre. Le passage de témoin s’est fait lors de la deuxième semaine, lorsque les dunes blanches saoudiennes ont fait trébucher ses adversaires. Mitchel van den Brink complète le podium, avec le regret de ce qui aurait pu être. Il menait la course avant qu’un problème d’arbre de transmission ne lui coûte plus de quarante minutes lors de la dixième étape.

Au Dakar Classic, Karolis Raysis devient le maître incontesté de cette sixième édition avec son Defender Series 3. Le Lituanien a occupé la première place du classement général depuis le départ de Yanbu, soit dix jours. Les éliminations successives de ses adversaires ont rendu sa démonstration encore plus éclatante. Le Defender est le deuxième véhicule non japonais à remporter l’épreuve depuis le buggy Sunhill de l’édition inaugurale.

Sur les 317 véhicules au départ, 247 ont rejoint l’arrivée à Yanbu. Parmi eux, 204 ont reçu leur médaille de finisher : 90 motos, 133 voitures et 24 camions. Des chiffres qui témoignent de la difficulté extrême de cette édition saoudienne.

Pourquoi le Dakar 2026 restera gravé dans l’histoire

Cette 48^e édition laissera des traces indélébiles dans l’histoire du rallye-raid. Comment oublier ces deux secondes qui séparent Benavides de Brabec ? Comment ne pas saluer la maîtrise absolue de Nasser Al-Attiyah, qui rejoint les légendes ? Le Dakar 2026 a tenu toutes ses promesses. Il a offert du suspense, des rebondissements, des drames et des triomphes. Les champions ont souffert, les outsiders ont surpris et les novices se sont révélés.

Rendez-vous est déjà pris pour 2027. De nouveaux venus prometteurs ont participé au challenge Dakar Future Mission 1000, qui a vu sept véhicules aux motorisations alternatives se confronter au désert saoudien. Le camion KH7-Ecovergy de Jordi Juvanteny repart avec une troisième victoire dans sa catégorie. La moto électrique Arctic Leopard du Galicia Team de Fran Gomez Pallas s’impose chez les deux-roues.

Le Dakar évolue. Il se transforme. Mais il conserve cette capacité unique à nous faire vibrer jusqu’au dernier kilomètre. Luciano Benavides en est la preuve vivante. Deux secondes. Une vie qui bascule. Un rêve qui se réalise. Un cauchemar qui commence. Bienvenue au Dakar, où rien n’est jamais acquis avant la ligne d’arrivée.

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