Paris a des matins sombres. Celui du défilé EGONLAB pour l’automne 2026 portait en lui quelque chose de particulier. Kévin Nompeix et Florentin Glémarec avaient prévenu leur entourage. Cette saison ne ressemblerait à aucune autre.
Vous connaissez ce sentiment ? Ce sentiment que l’on éprouve quand on refuse de jouer le jeu. Quand tout autour de vous pousse à la facilité, au formatage, à la rentabilité immédiate. Les deux créateurs ont choisi la voie inverse. Ils ont baptisé leur proposition Lazarus. Une référence biblique pas anodine. Lazare, celui qui revient d’entre les morts. Celui qui renaît.
| 📌 Repères clés |
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| 👤 Créateurs : Kévin Nompeix & Florentin Glémarec 🏷️ Maison : EGONLAB 📍 Lieu : Paris 📆 Saison : Automne-Hiver 2026 🧵 Thèmes : Renaissance, résistance créative, identité 🤝 Collaboration : Tinder 🎙️ Ouverture du défilé : Manifeste de Jameela Jamil 🧠 Intention : Refuser le formatage commercial au profit de l’expérimentation |

Une industrie de la mode en crise créative et économique
Depuis quelques saisons, le secteur traverse une période difficile. Les tensions géopolitiques pèsent sur les carnets de commandes. Les maisons de couture réduisent leurs budgets créatifs. Beaucoup évoquent la prudence, des collections plus commerciales et un retour aux valeurs sûres. Nompeix et Glémarec observent ce mouvement avec inquiétude, dans la continuité des précédentes collections engagées de la marque. Leur constat est sans appel. L’industrie sacrifie progressivement sa créativité sur l’autel de la survie économique.
Pourtant, les Parisiens n’ont jamais baissé les bras. Leur parcours en est la preuve, après une phase plus expérimentale de leur parcours qui a nourri leur langage créatif. Lancée en 2019, leur marque a immédiatement été confrontée aux turbulences de la pandémie. D’autres auraient abdiqué. Eux ont transformé leur appartement en showroom, tissé des liens avec la presse française et construit pierre après pierre leur légitimité. Le prix Pierre Bergé de l’ANDAM, reçu en 2021, est venu récompenser cette persévérance. Quatre ans plus tard, le duo affûte son discours.

Pourquoi EGONLAB collabore avec Tinder
Tinder. Oui, vous avez bien lu. L’application de rencontres figure en effet au générique de cette collection automnale. Surprenant ? Peut-être. Cohérent avec leur approche ? Absolument. Nompeix l’explique simplement. Il s’agit de répandre l’amour dans un monde qui s’assombrit. Des t-shirts et des sweats arborent le logo de la plateforme. Certains fronceront les sourcils devant ce rapprochement entre haute couture et technologie grand public. Les fondateurs d’EGONLAB assument pleinement ce choix. Ils revendiquent une rébellion positive et une affirmation identitaire sans concession.
C’est la voix de Jameela Jamil qui a ouvert le défilé. L’actrice et militante britannique, figure du féminisme et des mouvements body positive outre-Manche, a prononcé un manifeste cinglant. Ses mots résonnaient comme un avertissement. Les vrais monstres ne se cachent pas dans l’obscurité. Ils marchent en plein jour, le sourire aux lèvres, vidant le monde de son émerveillement au nom de l’efficacité. Ils parlent de profits et tuent par le silence. Ce préambule donnait le ton. Radical, engagé, refusant toute complaisance.
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Lazarus : décryptage des silhouettes et partis pris stylistiques
Sur le podium, les propositions traduisaient visuellement ce propos. Le noir dominait, profond et absolu. Les matières froissées créaient des textures vivantes. Les laines sèches et les jerseys fluides dialoguaient. Des effets trompe-l’œil perturbaient le regard. L’asymétrie s’imposait comme principe constructif. Les bords bruts suggéraient des métamorphoses inachevées.
La coupe évoluait vers plus de radicalité. Épaules démesurées, superpositions architecturales, denims travaillés comme des puzzles aux détails surdimensionnés. Des plumes apportaient une touche inattendue à un haut sans manches de couleur pétrole. Le patchwork et les effets hybrides brouillaient les frontières entre haute couture et prêt-à-porter. La silhouette masculine traditionnelle était bousculée, réinventée et questionnée.
Le vestiaire jouait avec les doubles. Un pantalon noir révélait, sous sa ceinture repliée, un tartan dissimulé. Les costumes taillés dans des tissus plissés s’ouvraient au moindre mouvement, dévoilant une seconde couleur contrastée. Cette idée de strates et de révélations progressives traversait l’ensemble. Comme si les vêtements gardaient des secrets et livraient leurs mystères petit à petit.

Une offre féminine en expansion chez EGONLAB
Six propositions féminines ponctuaient le défilé. Chemise d’inspiration masculine associée à un pantalon cargo tailleur. Des robes colonnes drapées semblaient glisser du corps. Ces pièces ne constituaient pas un simple ajout. Elles témoignaient d’une évolution réfléchie et d’un élargissement maîtrisé du territoire créatif de la marque.
Les créateurs refusent le grand soir stylistique, préférant s’inscrire dans la continuité de leur travail récent autour du tailleur. Ils privilégient les progressions organiques aux révolutions forcées. Leur vocabulaire formel reste cohérent. Taille cintrée, épaules larges, boutonnage latéral. Ces codes identitaires persistent, enrichis d’expérimentations. On peut citer les clous parsemant certaines pièces, les panneaux asymétriques sur les jeans ou encore les coupes audacieuses. Tout concourt à maintenir cette tension fertile entre une signature reconnaissable et une recherche permanente.
Lazarus est un véritable laboratoire identitaire. Le duo interroge frontalement l’équilibre précaire entre ambition créative et viabilité commerciale. Leur collection oscille entre conformité imposée et individualité revendiquée. Elle pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses définitives. Comment rester soi-même quand les circonstances poussent à l’alignement ? Comment préserver sa voix singulière dans un concert d’injonctions économiques ?
Nompeix et Glémarec ont choisi leur camp. Celui de la complexité assumée, du risque calculé et de la créativité préservée. Leur collection automne 2026 résonne comme un appel. Non pas à la révolte aveugle, mais à la vigilance active. Paris a besoin de ces voix-là. Celles qui refusent la facilité, embrassent l’inconfort et transforment les contraintes en moteur créatif. EGONLAB appartient à cette famille-là. Celle des créateurs qui préfèrent trébucher en avançant plutôt que de piétiner prudemment.
































