Samedi 24 janvier, le Palais Brongniart s’est transformé en salle d’adieu. Véronique Nichanian y présentait sa dernière collection automne 2026 pour Hermès, après 37 années passées à façonner l’homme de la maison. Pas de larmes, pas de grands discours. Juste des vêtements qui parlent d’eux-mêmes, des matières qui racontent trois décennies de savoir-faire et cette élégance sobre qui a fait la signature de la créatrice.
| 📌 Repères clés |
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| 🏛️ Maison : Hermès 👩🎨 Créatrice : Véronique Nichanian 📆 Dernière collection : Automne 2026 ⏳ Durée du mandat : 37 ans (1988–2026) 🧵 Signature : luxe discret, matières d’exception, coupes intemporelles ✈️ Inspiration : aviation, Antoine de Saint-Exupéry 👗 Succession : Grace Wales Bonner (prêt-à-porter homme) |

Un adieu sans nostalgie
À 71 ans, Nichanian quitte son poste la tête haute. Elle affirme ne rien regretter et être fière du travail accompli. Trente-sept ans au même endroit : un record absolu dans le monde de la mode contemporaine, où les directeurs artistiques changent aussi souvent que les saisons. Seul Karl Lagerfeld chez FENDI a fait mieux. Mais Nichanian ne part pas contrainte : elle choisit son moment et refuse même la proposition du PDG, Axel Dumas, de prolonger l’aventure.
La créatrice veut désormais voyager, vivre ailleurs et faire autre chose. Il s’agit toutefois d’un demi-départ, puisqu’elle continuera de superviser les collections de soie et de maroquinerie pour hommes. Le prêt-à-porter masculin sera confié à la Britannique Grace Wales Bonner. Pour sa dernière collection, Nichanian a glissé des pièces qu’elle avait dessinées des décennies auparavant. On y trouve une combinaison de motard en cuir de 1991, un blouson en veau doublé de mouton de 2004 et un costume en cuir rayé piqué de 2003. Pas de sentiment nostalgique, mais une démonstration : prouver que ses créations traversent le temps.

Une dernière collection placée sous le signe du luxe discret
Les hommes d’Hermès ont défilé dans des peausseries exceptionnelles. Des costumes et manteaux en crocodile miroitant, des moutons retournés doublés de fourrure rose pamplemousse ou blanc glacé. L’influence d’Antoine de Saint-Exupéry, aviateur et écrivain, planait sur le podium. On y voyait des blousons de pilote en mouton retourné, des casquettes à rabats d’oreilles et des cols de cuir montants avec boucles. Les mannequins portaient des sacs de voyage carrés dans des tons bleu ciel, olive et marron.
Nichanian a toujours aimé jouer avec les matières. Elle a notamment appliqué de petits carrés de cuir sur de longues écharpes à blocs de couleurs, créé des pulls en patchwork et ajouté des fermetures éclair à des mailles à carreaux. Des cols de blousons réversibles offraient une grande polyvalence. Des combinaisons militaires en cuir ou en crocodile brillant semblaient davantage destinées aux photographes qu’aux cockpits. Un imprimé floral flou apportait une touche délicate sur des pulls à col roulé confortables. Ces mêmes fleurs éclosaient discrètement dans le dos de costumes gris sur mesure.
La stabilité créative, pilier du vestiaire masculin Hermès
Lorsque la dernière silhouette a clôturé le défilé, les écrans suspendus au plafond se sont animés. Des images d’archives montrant Nichanian saluant au fil des années, avec des coupes de cheveux et des tenues différentes, mais toujours cette même retenue. Puis, elle est apparue, vêtue de la simplicité raffinée qui caractérise son travail. La salle s’est levée d’un bond. Paul Smith, qui la connaît depuis 37 ans, était venu de Londres pour l’occasion. Il admire sa constance et la durabilité de son œuvre.
En coulisses, Nichanian a posé avec son équipe, débordante d’émotion. Elle a donné un dernier briefing post-défilé, toujours aussi directe : elle ne change jamais d’avis, va droit au but et fait ce qu’elle estime être le mieux pour l’homme Hermès. Pour sa dernière silhouette sur le podium, elle avait choisi un long manteau sombre en crocodile spectaculaire, porté sur un pantalon noir ajusté en soie et un pull à col montant. Pourquoi celui-là ? « Parce que c’est amusant », a-t-elle répondu.
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L’héritage de Véronique Nichanian dans la mode masculine
Nichanian a rejoint Hermès en 1988, après avoir passé dix ans chez Nino Cerruti. Diplômée de l’École de la Chambre syndicale de la haute couture, elle est devenue, comme elle le dit elle-même, un couteau suisse. Son projet pour Hermès, qu’elle a présenté par écrit à Jean-Louis Dumas, est toujours d’actualité aujourd’hui. Des lignes simples, une coupe juste, un relief des coloris, une science des matières. Des manteaux droits rehaussés d’un double col, des peausseries riches sans être prétentieuses, des pantalons à la coupe précise et des mailles assez généreuses pour résister aux outrages du temps.
Les bottines à semelles orange qui ancraient cette collection feront certainement partie des pièces les plus recherchées. Nichanian a créé le style de l’homme Hermès avec honnêteté envers elle-même. La maison lui a donné une liberté totale pour concevoir et expérimenter avec les tissus. Elle travaille avec passion et rigueur. Son dernier conseil pour l’industrie ? Ralentir.
Le départ de Nichanian marque la fin d’une époque où les créateurs avaient le luxe et la discipline de construire une vision sur des décennies – la créatrice britannique Grace Wales Bonner prendra prochainement son relais. Où les propriétaires de marques envisageaient le temps long comme horizon. L’homme Hermès continuera d’exister, mais différemment. Nichanian laisse un vestiaire cohérent et une grammaire à l’élégance infaillible. Des vêtements conçus comme des compagnons de vie qui évoluent avec celui ou celle qui les porte, plutôt que de se faner au fil des saisons.

























































