Kering, 2025 l’année noire : comment GUCCI a fait basculer le géant du luxe

Crise, restructuration et pari créatif : Kering joue son avenir à l’heure du doute.

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Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
8 Minutes de lecture
Boutique de GUCCI à Hong Kong - © Photo : bedobedo

Kering vient d’annoncer une perte nette de 29 millions d’euros pour l’année 2025, alors qu’il affichait encore un bénéfice net de 1,02 milliard d’euros l’année précédente. Un effondrement qui fait l’effet d’une bombe rue de Sèvres, au siège du groupe qui abrite GUCCI, Saint Laurent, Balenciaga et Bottega Veneta.

Les chiffres sont là, brutaux, sans fard. Le chiffre d’affaires du quatrième trimestre a reculé de 9 % à taux de change publiés, pour atteindre 3,91 milliards d’euros. Une baisse de 3 % en comparable, certes moins catastrophique que les prévisions des analystes qui tablaient sur un repli organique de 5 %. Mais une baisse tout de même. Il ne s’agit plus ici de ralentissement. On parle de crise.

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📌 Repères clés
📉 Résultat net : –29 millions d’euros
👛 Gucci : –22 % de chiffre d’affaires en 2025
🏬 Boutiques fermées : 75 en 2025, 100 prévues en 2026
✂️ Économies générées : 925 millions d’euros
💼 Dette nette : 8,04 milliards d’euros (–2,5 Md€ sur un an)
🎨 Direction artistique Gucci : arrivée de Demna en juillet 2025
Objectif stratégique : retour à la croissance sous 18 mois

GUCCI en chute libre : la marque qui plombe Kering

GUCCI représente 59 % des profits opérationnels du groupe. Problème : la marque italienne phare a vu ses revenus plonger de 22 % en 2025. Entre 2022 et 2025, les ventes de GUCCI ont quasiment été divisées par deux, passant de plus de 10 milliards d’euros à 6 milliards. Vous avez bien lu. Oui, divisées par deux. Comment en est-on arrivé là ? La réponse tient peut-être à une succession de changements créatifs qui ont désorienté une clientèle en quête de stabilité autant que de désir.

Sabato De Sarno, directeur créatif de GUCCI depuis 2023, a été remplacé en février 2025. Kering a alors frappé un grand coup en nommant Demna, l’ancien directeur artistique de Balenciaga, à la tête de la création chez GUCCI dès juillet 2025. Un pari audacieux. Celui qui a redéfini les codes du luxe moderne chez Balenciaga depuis 2015 doit maintenant insuffler une nouvelle dynamique créative à la maison italienne. Les résultats du quatrième trimestre montrent d’ailleurs une amélioration séquentielle : le chiffre d’affaires organique de GUCCI a reculé de 10 %, soit légèrement moins que les 11 % anticipés par les analystes.

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Luca de Meo face à la crise : le plan ReconKering

Luca de Meo n’est pas du genre à tergiverser. Ancien patron de Renault, l’Italien de 58 ans a pris les rênes du groupe avec une mission claire : redresser la barre. Son plan, baptisé « ReconKering », prévoit que toutes les marques du groupe retrouvent la croissance dans un délai de 18 mois. Il reconnaît toutefois qu’il faudra trois ans pour rétablir une performance financière optimale. Patience et lucidité.

Les mesures de restructuration ont déjà permis de dégager 925 millions d’euros d’économies en 2025, réduisant les charges opérationnelles du groupe de 9 % en un an. Kering a fermé 75 boutiques en 2025 et prévoit d’en fermer 100 supplémentaires cette année. D’autres fermetures sont à l’étude. Quelle est la stratégie ? Réduire le réseau, revoir les prix, diminuer la dépendance à Gucci.

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« 2025 n’a évidemment pas été l’année que nous voulions. Elle ne reflète pas le plein potentiel de Kering, et nous le savons tous ici », a déclaré de Meo lors d’une conférence avec les analystes et les journalistes. Vous noterez la franchise. Pas de langue de bois. « Ce niveau de chiffre d’affaires marque le point bas du cycle et le point de départ de notre rebond », a-t-il ajouté. Un rebond ? Il passe tous ses week-ends dans les boutiques du groupe, à observer les équipes, parler aux clients et sentir les produits. « L’énergie revient. Nos produits se reconnectent avec nos clients », assure-t-il.

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Les autres maisons de Kering résistent, sans compenser Gucci

Saint Laurent a affiché une performance stable au quatrième trimestre. Le groupe « Autres Maisons », qui réunit Balenciaga et Alexander McQueen, a enregistré une croissance organique de 3 %. Bottega Veneta a également progressé de 3 % en comparable. La division lunetterie et corporate a vu ses ventes comparables augmenter de 2 %. Des signaux encourageants, certes, mais qui ne compensent pas l’effondrement de GUCCI.

Le résultat opérationnel courant a en effet chuté de 33 %, pour s’établir à 1,63 milliard d’euros. La marge opérationnelle courante est passée de 14,5 % en 2024 à 11,1 % en 2025. Quant au résultat opérationnel courant de GUCCI, il a diminué de 40 % pour s’établir à 966 millions d’euros, avec une marge en baisse de 4,9 points de pourcentage, à 16,1 %.

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Dette, cessions et arbitrages financiers chez Kering

Kering a tout de même réussi à alléger son bilan. La dette nette a en effet reculé pour atteindre 8,04 milliards d’euros fin 2025, contre 10,5 milliards l’année précédente. Cette baisse de 2,5 milliards d’euros a été obtenue grâce à la cession d’actifs immobiliers stratégiques. La vente de Kering Beauté à L’Oréal, prévue pour le premier semestre 2026, devrait encore améliorer la situation financière. Les activités de beauté ont d’ailleurs été reclassées en activités abandonnées dans les comptes.

De Meo présentera sa feuille de route stratégique complète lors d’une journée investisseurs à Florence, le 16 avril prochain. Florence, berceau de la Renaissance. Un symbole ? Peut-être. Kering espère bien vivre sa propre renaissance.

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À titre de comparaison, les ventes organiques de la division phare mode et maroquinerie de LVMH ont reculé de 3 % au quatrième trimestre, un résultat globalement conforme aux prévisions. Hermès doit publier ses résultats trimestriels ce jeudi. Le luxe français tangue, mais pas à la même vitesse.

« Le momentum est réel – précoce, fragile, mais réel – et je peux vous garantir que nous allons nous en servir », a promis de Meo. Reste à savoir si cette promesse se concrétisera. François-Henri Pinault, actionnaire de référence, a reconnu lors de l’assemblée générale des actionnaires que le groupe avait « rencontré des difficultés significatives au cours des deux dernières années », mais que tout est mis en œuvre aujourd’hui pour rebondir ».

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L’histoire du luxe est faite de cycles. Kering traverse manifestement l’un des plus difficiles de son histoire récente. Demna Gvasalia parviendra-t-il à redonner à GUCCI son lustre d’antan ? Luca de Meo parviendra-t-il à transformer ce mastodonte en un groupe « plus intégré, plus agile, porté par un esprit de conquête renforcé » ? Réponse dans quelques trimestres. Pour l’instant, le luxe français retient son souffle.

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