Avec La Femme de ménage, Paul Feig sort des sentiers battus de la comédie pour adapter le best-seller de Frieda McFadden, un thriller psychologique qui cartonne depuis deux ans. Le film débarque dans les salles françaises le 24 décembre, porté par un casting explosif : Amanda Seyfried et Sydney Sweeney se livrent un duel psychologique sous le toit d’une demeure qui cache plus de secrets qu’elle n’en révèle. Deux heures et onze minutes de manipulation, de non-dits et de retournements qui réveillent les grands thrillers féminins des années 1990.

Un thriller psychologique héritier des années 1990
Feig n’a jamais caché son amour pour ces films qui remplissaient les multiplexes il y a trente ans. Single White Female, The Hand That Rocks the Cradle, ces thrillers dans lesquels les femmes s’affrontaient dans des jeux de pouvoir retors, où les apparences éclataient sous la pression des mensonges accumulés. La Femme de ménage s’inscrit dans cette lignée, assumant pleinement son côté pulp et ses excès scénaristiques. Rebecca Sonnenshine, scénariste habituée des séries à suspense, adapte le roman de McFadden en y ajoutant une fin alternative que même les lecteurs du livre ne verront pas venir.
L’autrice elle-même a validé le projet. Productrice exécutive du film, Frieda McFadden a confié sur Instagram avoir préféré l’adaptation à son propre roman. Un aveu rare qui témoigne du travail accompli par l’équipe. McFadden, neurochirurgienne de profession, avait bâti son intrigue comme un puzzle médical où rien ne devait dépasser. Le film conserve cette rigueur tout en libérant une énergie visuelle que le papier ne permettait pas.
Sydney Sweeney et Amanda Seyfried : un duel au sommet
Sydney Sweeney incarne Millie Calloway, une jeune femme en liberté conditionnelle qui accepte un poste de domestique chez les Winchester pour échapper à la voiture qui lui servait de domicile. Elle n’a pas le choix : ses conditions de libération exigent qu’elle ait un emploi et une adresse fixe. Elle porte des lunettes pour paraître sérieuse, dissimule son passé carcéral et espère passer inaperçue. Face à elle, Amanda Seyfried interprète Nina Winchester, la maîtresse de maison, dont le vernis craque dès que la porte se referme.
Les deux actrices ont développé une complicité rare sur le plateau. « Nous avons été suffisamment brûlées dans nos carrières pour savoir qu’il vaut mieux rester soudées », confie Seyfried à Good Housekeeping. Sweeney garde même une photo d’elles deux au dos de son téléphone. Cette complicité transparaît à l’écran : leurs scènes fonctionnent car elles se font confiance et jouent avec les codes du genre sans les singer.
Le tournage a duré trois mois dans le New Jersey, entre janvier et mars 2025. Pas de doublures pour les cascades : Seyfried et Sweeney brisent la vaisselle familiale, renversent le lait et détruisent le décor. « C’était effrayant de faire ses propres cascades sans répétition », explique Seyfried. « Certains verres étaient en verre véritable. L’équipe devait tout remettre en état chaque nuit. »

La maison Winchester, théâtre d’un enfer domestique
Brandon Sklenar interprète Andrew Winchester, un époux ambigu qui oscille entre sollicitude et obsession. Il vérifie compulsivement que Nina a retouché ses racines, ce qui témoigne d’un contrôle qui dépasse la simple attention conjugale. Michele Morrone interprète Enzo, le jardinier qui tente d’alerter Millie sur les dangers qui rôdent sous ce toit. Elizabeth Perkins, une figure des années 1990 de retour sur le devant de la scène, interprète la mère d’Andrew, une matrone glaciale qui méprise ouvertement sa belle-fille.
La petite Cece, sept ans, fille unique des Winchester, incarnée par Indiana Elle, ajoute une couche d’étrangeté : ballerine médiocre au regard perpétuellement méfiant, elle traite Millie avec le mépris qu’elle a appris auprès des adultes. Les mères du comité de parents d’élèves se comportent comme une meute, bavardant sur la santé mentale de Nina devant Millie, comme si elle n’existait pas.
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Une mise en scène élégante mais parfois retenue
Feig maîtrise l’art de faire surgir Nina derrière Millie, telle une vampire, créant des moments de tension pure. Il filme la demeure des Winchester comme un labyrinthe où chaque pièce recèle un piège potentiel. L’escalier en colimaçon devient un personnage à part entière : dès l’entretien d’embauche, Andrew prévient que quelqu’un finira par s’y tuer. Promesse tenue.
Mais le réalisateur, habitué aux comédies déjantées, bride parfois ses élans. Là où le scénario appelle au grand-guignol, il temporise. Là où l’excès aurait servi le propos, il recule. Le film dure 131 minutes alors que 110 auraient suffi. Certaines scènes s’étirent et répètent ce que l’on a déjà compris. Theodore Shapiro, le compositeur attitré de Feig, tente de maintenir la tension musicale, mais ne parvient pas à compenser ces longueurs.

Des retournements de situation volontairement déstabilisants
Il est impossible de dévoiler les rebondissements sans gâcher le plaisir. Disons simplement que personne dans le triangle central n’incarne le rôle qui lui est assigné. La victime et le bourreau échangent leurs places, la manipulation change de camp et la violence éclate quand on ne l’attend plus. Des éléments #MeToo s’infiltrent progressivement, ajoutant une dimension sociale au thriller psychologique pur.
Sweeney excelle lorsque Millie cesse de subir pour riposter. L’actrice, passionnée par les thrillers psychologiques, explique : « J’aime ces personnages qu’on ne peut pas totalement croire. En tant qu’actrice, tu dois explorer différents niveaux selon que ton personnage ment ou dit la vérité. » Cette ambiguïté traverse tout le film. Seyfried, elle, passe de l’extase mystique de The Testament of Mrs. Lee à l’hystérie calculée de Nina, jonglant entre folie apparente et lucidité totale.

Un thriller de Noël à contre-courant
La Femme de ménage arrive à point nommé pour ceux qui souhaitent échapper aux réunions familiales. Le film offre exactement ce qu’on attend de lui : du suspense sordide, des relations toxiques poussées à leur paroxysme et des rebondissements qui font ricaner autant qu’ils surprennent. Feig et Sonnenschein ne prétendent pas réinventer le genre, ils le ressuscitent avec ses codes et ses excès.
Le roman de McFadden s’est vendu à plus de quatre millions d’exemplaires, devenant le livre le plus vendu en France en 2024. Cette popularité garantit au film une audience curieuse de découvrir comment l’intrigue se déploie à l’écran. Les lecteurs découvriront des changements significatifs, notamment une fin alternative qui redéfinit tout ce qui précède.
Lionsgate, le studio qui produit et distribue le film aux États-Unis, a misé gros sur ce projet tourné en trois mois et sorti sept mois plus tard. La rapidité de la production n’a pas nui à la qualité visuelle : les intérieurs de la demeure Winchester, filmés à la Saint Elizabeth University, dans le New Jersey, impressionnent par leur opulence froide.
Vers une franchise cinématographique ?
McFadden a déjà écrit plusieurs suites au roman, suivant les personnages dans de nouvelles configurations. Elle n’exclut pas de reproduire son rôle de productrice exécutive si d’autres adaptations voient le jour. Le succès commercial de La Femme de ménage déterminera si Hollywood mise sur cette franchise ou non.
Pour l’instant, le film tient ses promesses : à la sortie de la salle, le spectateur a envie de débattre des choix des personnages, de reconstituer le puzzle des mensonges et de réévaluer ce qu’il croyait avoir compris. Feig livre un divertissement efficace, imparfait, mais assumé, qui rappelle pourquoi ces thrillers féminins ont marqué toute une génération. Parfois, on a juste besoin de voir des gens riches se détruire mutuellement dans une belle maison. La Femme de ménage remplit ce contrat sans états d’âme.
Questions fréquentes
La Femme de ménage est-il adapté d’un livre ?
Oui. Le film est adapté du roman La Femme de ménage de Frieda McFadden, best-seller international vendu à plus de quatre millions d’exemplaires.
Le film est-il fidèle au roman ?
Globalement oui, mais Paul Feig et la scénariste Rebecca Sonnenshine proposent une fin alternative, validée par l’autrice elle-même.
Quel genre de thriller est La Femme de ménage ?
Un thriller psychologique domestique, dans la lignée de Single White Female ou The Hand That Rocks the Cradle.
Le film est-il violent ?
Oui, psychologiquement et physiquement. La violence est progressive, sourde, puis brutale.
Une suite est-elle prévue ?
Le roman compte plusieurs suites. Leur adaptation dépendra du succès commercial du film.



