Le grand retour des produits fermentés dans nos assiettes

Santé, goût, écologie : les produits fermentés reconnectent nos assiettes au vivant.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
8 Minutes de lecture
Le kimchi coréen - © Photo : fudio

Longtemps relégués au rang de pratiques oubliées, les produits fermentés opèrent un retour spectaculaire. Santé, écologie, créativité culinaire : cette technique ancestrale séduit à nouveau foyers et restaurants, jusqu’à devenir un véritable marqueur de notre époque.

📌 Repères clés
🦠 Principe : transformation naturelle des sucres par des bactéries ou levures
🥬 Aliments concernés : légumes, boissons, pains, sauces, produits laitiers
💪 Bénéfices santé : microbiote renforcé, meilleure digestibilité
🌱 Impact écologique : conservation sans énergie, réduction du gaspillage
🍽 Tendance culinaire : très prisée par la gastronomie contemporaine
🏠 Accessibilité : réalisable à la maison avec peu de matériel

Fermentation alimentaire : un savoir-faire ancestral remis au goût du jour

Fermenter est un geste technique simple, mais qui demande une compréhension minimale du vivant. L’absence d’oxygène empêche la putréfaction. Les bactéries transforment les sucres, produisent de l’acide lactique et font ainsi baisser le pH. Résultat : aucun pathogène ne survit dans ce milieu acide. C’est propre, efficace et sans chichi.

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La fermentation était l’apanage des initiés du potager, de ceux qui savaient. Puis, en 2020, le confinement a changé la donne. On a sorti les bocaux, pesté contre les levures récalcitrantes et observé les bulles monter. Le levain est devenu la star des réseaux sociaux. On photographie son bocal comme on montrerait son enfant. Il y a quelque chose de touchant dans cette attention portée à ces organismes invisibles.

Le grand retour des produits fermentés dans nos assiettes
Le thé fermenté Kombucha – © Photo : bhofack2 (Depositphotos)

Bienfaits nutritionnels des produits fermentés sur le microbiote

La conservation s’améliore considérablement. Les saveurs se développent, se complexifient et surprennent. Il est impossible de reproduire à l’identique une fermentation : la météo change, l’humidité varie et les bactéries s’adaptent. Cette imprévisibilité fascine les cuisiniers lassés des standards industriels.

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Sur le plan nutritionnel, les arguments s’accumulent. La teneur en vitamine C de la choucroute est supérieure à celle du chou cru. Le microbiote s’enrichit, se diversifie et se renforce grâce à ces probiotiques. Consommer des bactéries vivantes n’a rien de répugnant, c’est même intelligent. Notre système digestif réclame cette diversité microbienne que l’alimentation moderne aseptisée lui refuse.

Lacto-fermentation des légumes : une pratique simple et écologique

Radis, courgettes, ail, choux, cornichons : tous acceptent la transformation. Les légumes biologiques sont plus adaptés à cet exercice. Les pesticides freinent en effet le développement des bonnes bactéries. La fermentation présente donc une évidente dimension écologique. On valorise des produits locaux et on les conserve sans avoir recours à la congélation ni à la stérilisation énergivores.

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Cette technique séduit particulièrement les jeunes chefs engagés. Ils y trouvent un moyen de travailler les saisons différemment. Les surplus de l’été se transforment en ressources pour l’hiver. Finies les pertes alimentaires massives ! La fermentation constitue une réponse concrète au gaspillage.

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Produits fermentés asiatiques : miso, kimchi et sauces emblématiques

Le miso, cette pâte fermentée à base de fèves de soja, s’installe dans les placards. Le kimchi coréen trouve également sa place dans les réfrigérateurs. Ces préparations venues d’ailleurs bousculent nos habitudes. Elles apportent des saveurs umami puissantes, salées et complexes. Les ateliers de fermentation affichent complet. Les participants souhaitent maîtriser ces techniques venues d’Asie.

Cette influence asiatique transforme notre approche des condiments. On réalise que la sauce soja, le nuoc-mâm et le tamari sont tous issus de longues fermentations. Ces préparations nécessitent des mois, voire des années. Elles exigent patience et attention. Deux qualités que notre époque pressée peine à cultiver.

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Kombucha : la boisson fermentée qui concurrence les sodas

Cette boisson à base de thé fermenté envahit les rayons des supermarchés. Son apparence rebute : un disque gélatineux flotte à la surface, résultat de la culture de bactéries et de levures. Pourtant, le breuvage séduit. Il est légèrement pétillant, acidulé et rafraîchissant. Il promet de prendre soin du microbiote sans les tonnes de sucre des sodas classiques.

Les influenceurs s’emparent du produit. Les marques se multiplient. Les parfums se multiplient. Gingembre, fruits rouges, hibiscus, yuzu : le kombucha se décline à l’infini. Cette démocratisation rapide pose question. Le produit artisanal devient industriel. Les promesses marketing enflent. Reste à vérifier si la qualité est au rendez-vous.

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Fermenter chez soi : une pratique accessible sans matériel complexe

Fermenter ne requiert ni matériel sophistiqué ni compétences particulières. Il suffit d’un bocal, du sel, de l’eau et des légumes. Il suffit de peser, de mélanger et d’attendre. Les premières bulles apparaissent au bout de quelques jours. Les saveurs se développent progressivement. Au bout d’une semaine, on peut goûter. Trop fade ? On laisse encore un peu. Trop acide ? On consomme rapidement.

Les erreurs font partie de l’apprentissage. Un bocal qui sent le pourri finit à la poubelle sans regret. On recommence. La pratique enseigne l’humilité. On ne contrôle pas tout. Ce sont les bactéries qui décident. Notre rôle se limite à créer des conditions favorables à leur développement.

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Produits fermentés au restaurant : de la tendance à la technique

Les cartes affichent fièrement leurs légumes lacto-fermentés. Les chefs jouent avec ces saveurs acides pour rehausser leurs créations culinaires. Une purée de carottes fermentées accompagne le poisson. Des betteraves marinées décorent l’assiette. Le levain devient un argument commercial. On vante les heures de fermentation, la qualité des farines et le respect du temps long.

Cette appropriation par la haute gastronomie légitime la pratique. Ce qui relevait du folklore paysan devient une technique culinaire noble. Les écoles de cuisine intègrent désormais des modules sur la fermentation. Les futurs chefs apprennent à maîtriser ces processus. La transmission s’organise.

Les produits fermentés sont-ils une mode ou une révolution durable ?

La fermentation survivra-t-elle à l’effet de mode ? Probablement. Les arguments écologiques sont de taille. La lutte contre le gaspillage alimentaire impose en effet de trouver des solutions de conservation peu énergivores. Les bienfaits pour la santé sont indéniables. Le plaisir gustatif est indéniable.

Reste à savoir si cette pratique perdurera dans les foyers. Faire son pain demande du temps. Surveiller ses bocaux demande de l’attention. Notre mode de vie favorise les produits prêts à consommer. Pourtant, certains persistent. Ils trouvent dans ces gestes simples une forme de résistance. Ils reprennent le contrôle de leur alimentation. Ils réapprennent à observer, à sentir et à goûter. La fermentation leur offre une reconnexion au vivant. Pas si mal pour quelques bactéries dans un bocal !

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