La datation des œufs de dinosaures vient de franchir un cap inédit : grâce à une technique uranium-plomb appliquée pour la première fois directement sur des coquilles fossilisées, des chercheurs chinois ont déterminé leur âge exact. Une découverte majeure qui éclaire le climat du Crétacé et pourrait transformer notre compréhension de l’évolution des dinosaures.
Ils ont appliqué cette méthode à des fossiles découverts sur le site de Qinglongshan, dans la province chinoise du Hubei, où des milliers d’œufs de dinosaures sont conservés dans un état remarquable.
Première datation directe d’œufs de dinosaures : une avancée mondiale
Xing Cheng, géologue à l’Académie des sciences de Chine, confirme l’ampleur de cette découverte. « À notre connaissance, c’est la première fois que des âges isotopiques in situ sont rapportés pour des coquilles d’œufs de dinosaures en Chine, et très probablement dans le monde entier », explique-t-il.
L’équipe de recherche a publié ses résultats dans la revue Frontiers in Earth Science en septembre 2025. Cette technique de datation par le carbone 14 avait déjà servi à calculer l’âge de roches, de minéraux et d’ossements fossilisés, mais jamais auparavant sur un œuf de dinosaure.
Les œufs étudiés appartiennent à l’espèce Placoolithus tumiaolingensis, classée dans la famille des Dendroolithidae, un groupe caractérisé par des coquilles hautement poreuses.
Ces fossiles proviennent d’un ensemble de 28 œufs incrustés dans du siltstone, découverts à Shiyan, en Chine. Les chercheurs ont visé les échantillons de coquille avec un micro-laser qui a vaporisé la calcite, la transformant en aérosol. Cette vapeur a ensuite été analysée par spectrométrie de masse afin de mesurer ses composants gazeux et de compter les atomes d’uranium et de plomb.

Une véritable « horloge atomique » pour dater les fossiles !
Bi Zhao, paléontologue à l’Institut des géosciences du Hubei, explique le processus avec clarté. « Puisque l’uranium se désintègre en plomb à un taux constant, nous avons pu calculer l’âge en mesurant le plomb accumulé. C’est comme une horloge atomique pour les fossiles », précise-t-il.
Cette approche a révélé que les œufs de dinosaures dataient du Crétacé supérieur, il y a environ 85,91 millions d’années, avec une marge d’erreur de 1,74 million d’années. Cette période se situe environ 19 millions d’années avant l’extinction massive des dinosaures causée par l’astéroïde de Chicxulub.
Ces résultats marquent une rupture avec les méthodes traditionnelles de datation des œufs de dinosaures. Habituellement, les chercheurs datent ces fossiles indirectement en analysant les couches géologiques environnantes et en supposant que les fossiles ont le même âge.
Cette méthode peut toutefois être imprécise, car les couches terrestres peuvent s’être formées avant ou après le fossile et avoir changé avec le temps. La datation uranium-plomb, en revanche, établit une date basée sur l’œuf lui-même.
Zhao révèle à IFLScience que les découvertes ont surpris l’équipe de recherche. « Au départ, notre objectif était de déterminer l’âge de cristallisation des gros cristaux de calcite à l’intérieur des œufs afin d’estimer l’âge maximum d’enfouissement des fossiles. Nous avons été surpris de constater que la calcite de la coquille produisait des âges uranium-plomb encore plus cohérents et fiables », raconte-t-il. Les chercheurs ont rapidement réorienté leurs travaux et obtenu les résultats publiés dans leur étude.
Les limites et précautions de cette méthode révolutionnaire
Susannah Maidment, paléontologue au Muséum d’histoire naturelle de Londres, qui n’a pas participé à l’étude, soulève des questions méthodologiques importantes. Toute tentative de datation directe de fossiles doit démontrer que la minéralogie n’a pas été altérée par des processus diagénétiques, car cela entraînerait une estimation erronée de l’âge, observe-t-elle. La diagenèse désigne les transformations qui se produisent lorsque les sédiments se transforment en roche.
L’étude n’a analysé que quelques coquilles d’œufs, qui semblaient toutes avoir approximativement le même âge. Ce chiffre correspond également à l’âge indirect fourni par la datation des roches environnantes. Les chercheurs ont constaté que les meilleurs résultats de datation provenaient de la calcite biogénique, tandis que la calcite abiogénique donnait des résultats moins fiables. Cette différence pourrait être due aux structures poreuses de la calcite abiogénique qui augmentent la perméabilité et éloignent le système d’un état semi-fermé.
Ce que cette datation révèle sur le climat du Crétacé
Si ces résultats sont exacts, Zhao suggère que les structures poreuses spécialisées des œufs auraient évolué en réponse au refroidissement de la planète. Un refroidissement global avait en effet commencé plusieurs millions d’années avant la ponte de ces œufs. De nouveaux types d’œufs sont apparus partout sur Terre durant cette période de changement climatique.
Les données paléoclimatiques confirment cette tendance au refroidissement. Le climat de la fin du Crétacé a connu une transition d’un des intervalles les plus chauds des 140 millions d’années précédentes vers un régime plus frais.
Un refroidissement prononcé s’est produit il y a environ 84 millions d’années, avec une baisse des températures de 35 °C à 28 °C entre 87 et 82 millions d’années. Cette transition d’un climat chaud à un climat plus frais a probablement eu un impact considérable sur la diversité des dinosaures.
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Un nouvel horizon pour la recherche paléontologique
Les auteurs de l’étude soulignent le potentiel de leurs découvertes. Ils écrivent que cette étude souligne le potentiel des fossiles d’œufs de dinosaures pour reconstruire le monde du Crétacé dans les environnements terrestres. Les œufs de dinosaures fournissent en effet des informations cruciales sur les paléoenvironnements, le climat et l’évolution biotique.
La datation uranium-plomb des fossiles d’œufs de dinosaures est révolutionnaire pour la stratigraphie et la recherche sur les bassins sédimentaires.
Les fossiles d’œufs de dinosaures sont en effet très répandus en Chine, notamment dans les régions centrales et méridionales. De nombreux bassins d’effondrement tectonique riches en roches clastiques continentales du Crétacé supérieur, comme les bassins de Xixia, Xichuan, Nanxiong, Jiaolai, Tiantai, Heyuan, Sanshui et Ganzhou, contiennent d’abondants fossiles d’œufs de dinosaures.
L’équipe de recherche prévoit d’analyser des œufs provenant de différentes couches géologiques afin d’établir une chronologie locale des œufs de dinosaures. Les scientifiques pourraient également éclairer les migrations de dinosaures en étudiant d’autres œufs de Dendroolithidae dans les bassins voisins.
Cette méthode pourrait également aider à résoudre le débat sur la position exacte de la limite Crétacé-Paléogène dans le bassin de Nanxiong, site clé pour l’étude de l’extinction des dinosaures.
Le site de Qinglongshan offre une opportunité rare d’étudier le comportement de nidification et la dynamique environnementale du Crétacé. Des milliers d’œufs y sont semi-exposés dans leurs couches stratigraphiques d’origine, avec une déformation minimale, et sont conservés sous forme de structures tridimensionnelles intactes. Leur agencement unique et leurs schémas de nidification bien définis indiquent une perturbation post-dépositionnelle limitée.



