Pour l’automne 2026, Paul Smith ouvre grand les portes de ses archives. Aux côtés de Sam Cotton, nouveau directeur du design homme, le créateur britannique revisite 50 ans de costumes, tweeds et détails iconiques pour composer une élégance masculine intemporelle, instinctive et profondément contemporaine.
À 79 ans, Paul Smith garde cette énergie qui ferait pâlir bien des créateurs trentenaires. Pour sa collection automne 2026, le créateur britannique a confié une partie de son héritage créatif à Sam Cotton, fraîchement nommé directeur du design homme il y a six mois. Voilà un homme qui sait reconnaître le talent. Il a rencontré et mentoré Cotton lorsqu’il formait le duo londonien Agi & Sam, et ce dernier a depuis fait ses armes chez Valentino et Lemaire. Smith l’a embarqué dans une aventure qui aurait pu être périlleuse : plonger dans les 5 000 pièces que la maison conserve précieusement à Nottingham.
| 📌 Repères clés |
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| 🎨 Créateur : Paul Smith 🧵 Directeur du design homme : Sam Cotton 🗂️ Archives exploitées : plus de 5 000 pièces (depuis 1977) 🧥 Pièces centrales : costume déconstruit, tweeds Harris, lainages Donegal 🖋️ Influence artistique : Jean Cocteau 🇬🇧 ADN : élégance britannique, éclectisme, savoir-faire textile |

L’archive comme moteur créatif
L’archive. Ce mot peut inspirer l’ennui ou provoquer des frissons. Ici, il provoque l’étincelle. Cotton et son équipe ont déniché des trésors remontant jusqu’à 1977. Leur démarche ne relève pas de la nostalgie facile. Ils cherchent plutôt à comprendre comment Smith déconstruisait déjà le costume à la fin des années 1980. Le costume retourné de 1999, que tout le monde a copié ensuite, fait son grand retour. Les topstitches jaunes qui soulignent la construction intérieure d’une veste deviennent des éléments graphiques à part entière. Vous portez le vêtement comme on expose un mécanisme d’horlogerie suisse.
Les tweeds Harris et les lainages Donegal sont de retour. Ces étoffes britanniques robustes se parent de teintes automnales boueuses évoquant les sous-bois de novembre. Smith ne cherche pas à plaire à tout prix. Il conçoit une garde-robe pour les hommes qui savent ce qu’ils veulent. Le tombé des costumes reste ample et décontracté, avec cette touche de négligé calculé qui fait toute la différence.

Jean Cocteau, figure clé de l’esthétique Paul Smith
Jean Cocteau traverse cette collection comme un fantôme bienveillant. L’artiste français portait quotidiennement chemise et cravate, comme un uniforme personnel. Smith, qui porte un costume tous les jours depuis des décennies, reconnaît là un esprit frère. Cette référence se traduit par des détails subtils : des manchettes superposées, des matières transparentes qui jouent avec la lumière, des cache-boutons qui semblent provenir d’une autre époque.
Le designer a également puisé dans les archives photographiques de son père, photographe amateur, pour imprimer certains clichés sur des tissus rayés classiques. Voilà qui donne une dimension intime à la collection. Les traditionnels motifs Fair Isle se retrouvent bousculés et réinterprétés en laine alpaga. Vous les portez comme des écharpes par-dessus des pardessus en tweed ceinturés dont la texture reste douce au toucher plutôt que rugueuse.
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Le « magpie dressing », ADN stylistique de Paul Smith
Cotton parle de « magpie dressing », cette manie qu’ont les pies voleuses de collectionner tout ce qui brille. Smith pratique cet éclectisme depuis toujours. La collection reflète cet instinct de chineur et cette capacité à associer des pièces qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Une chemise western blanche à boutons nacrés dont les rabats de poches angulaires datent d’environ 1989 côtoie un costume bleu marine dont la construction intérieure devient motif décoratif.
Les vestes de chasse en tweed sombre ou en sergé bleu sont dotées de poches cartes à la hanche droite. Un costume bleu profond se compose d’un pantalon plissé légèrement cintré et d’une veste croisée qui descend bas sur la taille. Portée avec une chemise à plastron ton sur ton, la silhouette oscille entre formalisme, décontraction et sophistication. Les anoraks et les chemises utilitaires se glissent dans des pantalons amples qui respirent la liberté de mouvement.

Détails, accessoires et mémoire textile
L’artiste Colin Barnes réapparaît lui aussi dans cette histoire. En 1978, Smith n’avait pas fait appel à des photographes pour son défilé parisien. Barnes avait alors réalisé des croquis de la collection. Ces dessins ornent désormais certaines chemises, témoignage vivant d’une époque où la mode se documentait différemment.
Les accessoires portent la patine du vécu. Les sacoches en daim semblent tout droit sorties des années 80, une période bénie pour les cravates dont Smith possède assez d’exemplaires pour habiller plusieurs agences de publicité. Le cuir tuméfié des sacs et des ceintures apporte cette touche d’usure désirable.
L’espace de présentation lui-même raconte une histoire. Les invités sont assis sur des bancs en bois sérigraphiés d’images d’objets oubliés : lunettes égarées, pièces de monnaie renversées, ciseaux. Une fresque murale de Barnes accueillait les visiteurs. Ce trompe-l’œil créait des moments ludiques, rappelant que la mode peut sourire sans perdre son sérieux.

Une collection automne 2026 portée par une énergie nouvelle
Les Henleys amples, au poids de pull, provoquent un désir instantané. Les manteaux légers à dos cape apportent cette touche romantique que personne n’attendait vraiment. Le classicisme domine avec des costumes bleus marine, des chemises blanches et des vestes de voiture en cuir. Toutes ces bonnes idées reviennent au premier plan, car elles fonctionnent encore.
Smith le dit lui-même : ses jeunes collaborateurs lui redonnent de l’énergie. Leurs regards neufs l’aident à voir les choses différemment. Cette vitalité se ressent dans la collection. Elle ne cherche pas à révolutionner quoi que ce soit. Elle affirme simplement que certaines manières de s’habiller traversent le temps parce qu’elles répondent à un besoin fondamental : celui de porter de vrais vêtements.
Cotton résume bien la philosophie de Smith : montrer son éclectisme. Les beaux tissus britanniques, les vestes de chasse, les épingles élégantes : tout a été trouvé, puis appliqué aux vêtements pour créer cette association douce de styles et d’influences. Smith assume pleinement cet éclectisme, qui le définit.




























