La Sécurité routière vient de dévoiler son programme pour 2026, qui annonce une transformation majeure du contrôle automatisé sur nos routes. Avec le déploiement massif des radars urbains et le renforcement des dispositifs mobiles, les automobilistes devront redoubler de vigilance dans les mois à venir.
Le projet de budget met en avant deux axes prioritaires qui redéfiniront la stratégie répressive du gouvernement. La première mesure concerne l’installation de nouveaux radars urbains dans plusieurs dizaines de villes françaises. Ces équipements de dernière génération remplaceront progressivement les anciens dispositifs, notamment les radars de feu rouge, dépassés sur le plan technologique.
Un marché de plusieurs milliards pour un déploiement massif
Le déploiement prévu représente un investissement colossal pour les collectivités territoriales. Un premier lot de 340 mini-tourelles sera installé dès 2026, mais ce chiffre pourrait varier en fonction des décisions des maires et des instances locales. Ces élus financeront l’installation via l’Ugap, la centrale d’achat de l’État, avec le soutien technique de la Sécurité routière, qui débloquera 8 millions d’euros pour accompagner cette mutation.
Le marché global atteint des proportions impressionnantes. Pas moins de 5 000 appareils devront être installés au cours des dix prochaines années. Le choix du fournisseur unique de ce matériel interviendra prochainement, ouvrant un contrat particulièrement lucratif pour l’entreprise qui remportera cet appel d’offres.
Des mini-tourelles multifonctions dopées à la technologie
Ces nouveaux radars urbains surpassent largement les deux modèles actuellement en service dans cinq villes françaises : Belfort, le Doubs, Marseille, Montpellier et Toulouse. Leur capacité technique constitue un bond en avant significatif par rapport aux équipements existants.
La particularité de ces mini-tourelles réside dans leur polyvalence. Elles peuvent en effet contrôler simultanément la vitesse et le franchissement des feux rouges. Mais leur potentiel va bien au-delà de ces deux infractions classiques. Le cahier des charges prévoit l’ajout progressif d’autres fonctionnalités qui transformeront ces dispositifs en outils de surveillance multifonctions.
Parmi les fonctionnalités prévues, on compte la détection de l’utilisation du téléphone au volant, le contrôle du port de la ceinture de sécurité et la surveillance de la circulation sur les voies réservées. Cette évolution technologique permettra aux collectivités de verbaliser une large gamme de comportements dangereux ou interdits.

Des municipalités désormais aux commandes du financement
Le système de financement marque une rupture avec les pratiques antérieures. Les maires et les instances locales deviennent les principaux décisionnaires et financeurs de ces installations. Cette décentralisation vise à impliquer davantage les élus locaux dans la politique de sécurité routière de leur territoire.
L’État continue néanmoins d’assurer un rôle d’accompagnement technique par l’intermédiaire de la Sécurité routière. Le budget de 8 millions d’euros alloué permettra d’assurer le transfert de compétences et la formation des équipes municipales. Ce partenariat entre l’administration centrale et les collectivités territoriales devrait permettre le déploiement rapide de ces nouveaux équipements.
Une pression renforcée avec radars mobiles et voitures privatisées
La seconde priorité du programme 2026 est d’intensifier le sentiment de surveillance permanente chez les automobilistes. Le gouvernement entend poursuivre une logique de couverture globale du réseau routier. Cette stratégie repose sur le développement du parc de radars déplaçables et mobiles.
Le nombre de radars autonomes, surnommés « radars de chantier », va augmenter de manière significative. Environ 700 exemplaires seront déployés, malgré les dégradations dont ils sont régulièrement victimes. Ces dispositifs surveilleront près de 14 000 kilomètres de routes à travers la France.
La privatisation des voitures radars se généralise également. Pas moins de 86 départements confient désormais la conduite de ces véhicules au secteur privé. Cette externalisation permettra d’assurer une présence renforcée sur le terrain, avec 300 véhicules qui circuleront de manière intensive grâce à des chauffeurs employés par des entreprises privées.
Un parc de radars en pleine expansion jusqu’en 2026
D’ici la fin de l’année 2026, le parc français comptera 4 880 radars, soit 127 unités de plus qu’au début de l’année 2025. Cette progression s’inscrit dans le cadre d’un important renouvellement du matériel existant. En deux ans, 685 anciens radars auront été remplacés par des modèles modernes.
La répartition par type de dispositifs illustre clairement les orientations stratégiques. Les radars tourelles passeront à 1 600 unités, tandis que les radars classiques diminueront de 200 unités pour n’en compter que 400. Cette substitution progressive témoigne de la volonté d’adopter des technologies plus performantes et discrètes.
Les radars de feux rouges de première génération seront également moins nombreux. Il en restera environ 320, soit 50 de moins qu’actuellement. Leur remplacement s’accélère au profit des nouveaux radars urbains multifonctions, qui offrent des capacités étendues.
L’intelligence artificielle au cœur des futurs contrôles
Le document budgétaire révèle l’adoption de technologies innovantes, comme l’extension de l’utilisation de l’intelligence artificielle pour l’analyse automatisée des comportements. Cette évolution technologique marque un tournant dans les méthodes de contrôle routier.
L’IA permettra de développer des outils d’analyse des données pour détecter les infractions autorisées par la loi. Concrètement, les autorités prévoient d’optimiser le déploiement des radars mobiles et des missions de voitures radars externalisées grâce à ces algorithmes sophistiqués.
La détection de l’usage du téléphone au volant figure parmi les priorités de cette transformation numérique. Les nouveaux logiciels et algorithmes analyseront les données de conduite afin d’identifier ces comportements dangereux. Ces fonctionnalités devront être finalisées et opérationnelles dès le 1er janvier 2026.
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Un budget en hausse pour réparer, moderniser et étendre le réseau
Les recettes prévues pour 2026 s’élèvent à 693 millions d’euros, soit un niveau à peine supérieur à celui de 2024 (658 millions). Cette progression modeste s’explique par les difficultés rencontrées l’année précédente, marquée par une série de déboires.
Le vandalisme, les changements laborieux de société de maintenance et les problèmes techniques, comme des photos floues des tourelles, ont affecté la rentabilité du système. L’investissement de 54 millions d’euros dans le renouvellement du parc vise précisément à corriger ces dysfonctionnements.
Cette enveloppe servira à remplacer les équipements les plus anciens, dont certains ont plus de 10 ou 12 ans de service. La modernisation des différents modèles et l’acquisition de nouveaux équipements, notamment des radars urbains et mobiles, sont les principales destinations de ces fonds.
Un programme ambitieux menacé par le contexte politique
Le programme ambitieux de la Sécurité routière pourrait néanmoins subir des modifications en fonction de l’évolution du contexte politique. Le document budgétaire lui-même soulève cette interrogation. La crise politique actuelle pourrait en effet déboucher sur l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle majorité qui remettrait en cause ce programme.
Certains observateurs estiment qu’une volonté de ménager les automobilistes-électeurs pourrait conduire à un assouplissement de cette stratégie répressive. Toutefois, les engagements pris auprès des collectivités territoriales et les contrats signés avec les fournisseurs rendent un changement radical peu probable à court terme.
La multiplication des dispositifs de contrôle fait l’objet de critiques récurrentes. Des associations d’automobilistes dénoncent en effet régulièrement une politique axée exclusivement sur la rentabilité du parc de radars, au détriment d’une approche globale de la sécurité routière. Ces voix contestataires pourraient trouver un écho lors des débats politiques à venir.



