| Rafael Nadal a été proposé le 4 novembre 2026 pour intégrer le conseil d’administration du Real Madrid. Sa nomination doit être ratifiée le 21 novembre par les socios délégués. Les statuts exigent vingt ans d’ancienneté pour briguer la présidence. Même en comptant depuis 2011, Nadal ne serait éligible qu’en 2031 au plus tôt. |
Le message posté sur X se compose d’une photo et de quelques lignes. On y voit Rafael Nadal enfant, en maillot blanc du Real Madrid. Quelques heures plus tôt, le club avait annoncé vouloir le faire entrer à sa Junta Directiva, le conseil d’administration merengue, où il siégera « avec beaucoup d’enthousiasme, l’envie d’apprendre et d’apporter tout ce que je peux ». Deux ans après avoir posé sa raquette, le Majorquin passe au costume de dirigeant. Reste la question de la présidence, qui le suit depuis des années. Elle bute sur un nombre : vingt, comme les années d’ancienneté exigées par les statuts du club. Nadal ne les atteindra pas avant 2031. Le mandat de Florentino Pérez court jusqu’en 2030.
L’annonce est tombée mercredi 4 novembre. Réunie ce jour-là, la direction du club a décidé à l’unanimité de soumettre à l’assemblée des socios compromisarios la ratification de la nomination de Rafael Nadal Parera, membre numéro 67 778. Le club ne s’attend à aucune difficulté. Rendez-vous est donné le samedi 21 novembre à la cité sportive : l’assemblée extraordinaire s’ouvrira juste après l’assemblée ordinaire, avec un seul point à l’ordre du jour, l’entrée de Nadal à la direction. Une formalité sur le papier. À Madrid, personne n’imagine que les délégués pourraient dire non au plus grand sportif espagnol de l’histoire.
Enfant, Nadal suivait l’équipe depuis sa maison de Majorque, alors que son oncle Miguel Ángel Nadal portait le maillot du FC Barcelone. Drôle de configuration familiale qui n’a jamais entamé sa fidélité. En mars 2011, Florentino Pérez lui a remis le titre de membre d’honneur, un privilège rare au Real. Depuis, on le croise régulièrement en tribune du Bernabéu, souvent à quelques sièges du président.
Le communiqué du club salue sa dimension sportive et humaine et déroule un palmarès impressionnant : 92 titres en simple, dont 22 en Grand Chelem, deux médailles d’or olympiques et cinq Coupes Davis avec l’Espagne. Une carrière qui s’est refermée avec une retraite actée après la Coupe Davis de novembre 2024, à Málaga.
Dans le monde du tennis, la nouvelle a fait sourire. Carlos Alcaraz, qui le compte parmi ses grands modèles, s’est dit surpris et espère le croiser lors de ses prochaines visites au Real Madrid.
Le tennisman à la retraite ne composera pas l’équipe de José Mourinho et ne négociera pas les droits télévisuels. Un siège à la Junta Directiva lui donnera une voix autour d’une table où se prennent les décisions collectives du club, sous l’autorité d’un président qui garde la main sur l’exécutif. Nadal arrive pour apprendre. Il l’a écrit lui-même.
Il ne débarque pas pour autant les mains vides. Depuis plusieurs années, il dirige son académie de Manacor et s’est associé à des projets hôteliers. Les contrats, les sponsors, les marques : il connaît tout cela. Surtout, il apporte au Real une image que le club ne pouvait pas acheter : une crédibilité sportive intacte et une réputation sans tache. Sa popularité, elle, dépasse de très loin les frontières de l’Espagne.
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Florentino Pérez le sait depuis longtemps. Dès 2018, il confiait au quotidien El Confidencial que « Nadal serait un choix magnifique pour la présidence du Real Madrid ». Huit ans plus tard, il lui ouvre les portes du conseil d’administration. Pour l’instant, rien de plus.
Pour s’asseoir dans le fauteuil présidentiel, le chemin est long et semé d’embûches. Les statuts du club exigent notamment d’être espagnol, d’avoir été socio sans interruption pendant au moins vingt ans, de ne pas occuper d’autre poste dans le football et de fournir une garantie bancaire égale à 15 % du budget du club, adossée au patrimoine personnel.
C’est l’ancienneté qui pose problème. Selon le journal AS, un doute persiste sur la possibilité de faire valoir le statut de membre d’honneur, une figure à peine mentionnée dans les statuts. Même dans l’hypothèse la plus favorable, avec un compteur lancé en mars 2011, Nadal ne remplirait cette condition qu’à partir de 2031.
Le calendrier électoral, lui, ne l’attendra pas. En juin, Florentino Pérez a été reconduit avec 65 % des voix face à Enrique Riquelme, pour un mandat qui court jusqu’en 2030. L’élection a été disputée, la première depuis deux décennies, et le perdant n’a pas caché ses intentions le soir du scrutin : « Le Real Madrid ne restera pas encore vingt ans sans élection. » La prochaine échéance tombera donc avant que Nadal ne coche la case des vingt ans. Sauf réforme des statuts.
Vu de France, ce décalage a de quoi amuser. L’homme des quatorze Roland-Garros, sacré pour la première fois Porte d’Auteuil en 2005 et pour la dernière en 2022, va désormais voter les orientations d’un club de football, avec le même problème que n’importe quel socio ambitieux : attendre son tour.
L’intéressé avance prudemment. En mai, alors que Florentino Pérez convoquait les socios aux urnes, il avait coupé court aux rumeurs de candidature : « Je ne suis ni dans ce moment ni dans cette situation. » Il en avait profité pour placer Florentino Pérez au sommet des présidents de l’histoire du club, aux côtés de Santiago Bernabéu. On a connu prétendant plus pressé.
La porte, pourtant, n’a jamais été fermée. Fin 2025, face à Jorge Valdano, il reconnaissait que l’idée lui plaisait sur le principe et qu’il la jugeait stimulante, avant d’ajouter : « Je le vois lointain et difficile, mais on ne sait jamais. »
Lointain, sans doute. Florentino Pérez a 79 ans et a déjà tracé la feuille de route des quatre prochaines saisons. Nadal en a 40. Il a le temps d’observer, de voter, de se tromper aussi, à l’abri des projecteurs d’une campagne. À Madrid, on appelle ça un apprentissage.
Le 21 novembre, il prendra place à la table, en costume sombre, à quelques chaises de l’homme dont tout Madrid le voit déjà comme le successeur.


