Florence, sous la pluie de janvier, ressemble à un tableau flamand. Les pavés luisent, les touristes courent se réfugier sous les arcades, et Swaim Hutson débarque dans la capitale de la Toscane pour présenter sa vision de la marque. Cela fait vingt ans que ce créateur évolue dans l’univers de la mode masculine new-yorkaise. Vingt ans à observer, créer, parfois échouer. Obedient Sons & Daughters, puis The Academy New York. Des projets qui n’ont jamais explosé, mais qui lui ont forgé un œil aiguisé.
| 📌 Repères clés |
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| 👔 Designer : Swaim Hutson 🧵 Maison : Rag & Bone 📍 Présentation : Pitti Uomo, Florence 📆 Saison : Automne 2026 👖 Pièces clés : denim brut, workwear, tailoring souple 🎯 Vision : élégance masculine portable, durable et sincère 🇺🇸 ADN : héritage américain, esprit new-yorkais |

Hutson débarque chez Rag & Bone avec des bagages. Pas ceux qu’on exhibe fièrement sur Instagram. Plutôt ceux qui pèsent et enseignent. Il a connu les hauts chez 3.1 Phillip Lim, les transitions chez Club Monaco et les consultations pour Skims, lorsque Kim Kardashian a voulu habiller les hommes. Maintenant, il dirige le prêt-à-porter masculin d’une maison que Marcus Wainwright a presque entièrement bâtie après le départ de David Neville en 2016.
La collection automne 2026 de Rag & Bone sent le vécu. Hutson ne débarque pas en conquistador, mais en artisan respectueux. Il connaît trop bien la fragilité des maisons de mode pour jouer les révolutionnaires. Son truc, c’est le tailoring. Mais attention, pas celui des vieux messieurs du club londonien. Celui qui se porte avec des baskets usées et un air de ne pas y toucher.

Dans son showroom florentin, il a épinglé une photo de Jean-Michel Basquiat devant une Mercedes anthracite. Brooklyn Heights, années 1980, quand l’artiste haïtien explosait et que New York transpirait encore une certaine forme de danger créatif. Cette image résume parfaitement sa démarche. Le luxe sans prétention. La rue sans folklore. Entre les deux, un espace où la mode masculine américaine honnête peut s’exprimer.
Les couleurs qu’il a choisies parlent aussi. Rouge cerise vif, bleu Carolina profond. Rien de neutre, rien de tiède. Des teintes qui claquent sur le denim brut qu’il travaille obsessionnellement. Chez Rag & Bone, le denim reste en effet la pierre angulaire. Wainwright a fondé la marque en 2002 sur un jean parfait – et la maison continue d’avancer avec les innovations denim de la marque. Vingt-quatre ans plus tard, Hutson perpétue cette religion du tissu indigo.
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Ce qui frappe dans cette collection, c’est la clarté du propos. Hutson déteste l’esbroufe. Ses pantalons de travail en toile oil wash ont cette patine authentique que les hipsters tentent vainement d’obtenir en trois lavages. Ses vestes zippées n’ont rien de conceptuel. Elles répondent à une question simple : comment s’habiller pour être élégant sans ressembler à son père ?
Le tailoring qu’il insuffle ne rigidifie rien. Des séparations en flanelle rayée craie qu’on porte avec un pull jacquard. Des chemises à carreaux black watch qui dialoguent avec des chinos usés. Hutson refuse la segmentation. Son homme n’habite pas dans des cases étanches. Il passe du bureau au dîner, du métro au vernissage sans changer de tenue trois fois.

Être présenté à Pitti Uomo en janvier 2026 n’est pas anodin, c’est là que s’est jouée sa première collection. Ce salon reste le baromètre de la mode masculine sérieuse. Loin du cirque des Fashion Weeks parisiennes, Florence jauge, compare, valide ou élimine. Les acheteurs japonais, les détaillants italiens, tous ces gens qui achètent vraiment des vêtements, et non des concepts fumeux.
Hutson le sait. Son parcours l’a immunisé contre les illusions. À plus de cinquante ans, il ne cherche plus à séduire les photographes de street style. Sa collection s’adresse aux hommes qui recherchent des vêtements portables. Pas des déguisements pour les réseaux sociaux. Des pièces qui vieillissent bien, se patinent et racontent une histoire.
Avec lui, Rag & Bone retrouve une forme d’urgence tranquille. Après des années à chercher son identité entre le style preppy et l’urbain, la marque trouve enfin son équilibre – quitte à explorer une relecture plus « prep » du vestiaire new-yorkais. Hutson ne la brusque pas. Il la guide vers ce qu’elle aurait toujours dû être. Une garde-robe masculine américaine débarrassée du superflu. Robuste, désirable, sincère.























