Avec Poussière d’or, Stephan Eicher revient à l’essentiel. Pour célébrer quarante ans de carrière, l’artiste suisse renoue avec l’enregistrement analogique dans un studio vintage près de Zurich. Un album artisanal, intime et lumineux, façonné comme autrefois : lentement, minutieusement, avec de vrais musiciens et une liberté totale.
Un retour assumé aux méthodes d’enregistrement traditionnelles
L’artiste a fait un choix radical pour cet album. Après avoir enregistré ses précédents albums dans des lieux insolites, comme une chambre d’hôtel pour son classique Carcassonne en 1993, il a souhaité revenir aux méthodes traditionnelles. Le studio choisi dégage une atmosphère particulière, presque surannée, qui contraste avec les productions contemporaines.
Martin Gallop, musicien canadien établi à Berlin, a réalisé l’album. Les deux hommes avaient déjà collaboré sur Homeless Songs, en 2019. Cette fois, Gallop a parcouru mille kilomètres à vélo depuis Berlin pour proposer ses idées de production. Son objectif était de placer la voix du chanteur au centre du disque en la rendant très proche de l’auditeur.
Un financement atypique pour un album entièrement artisanal
Pour financer cet album coûteux, Stephan Eicher a trouvé une solution originale. Il a en effet vendu les actions Spotify qu’il avait accumulées au fil des années grâce aux revenus du streaming. Cet argent lui a permis de ne se priver de rien : séances d’enregistrement à Hambourg, ajout de cordes, enregistrement final des voix chez lui.
Le résultat est un disque à la fois dépouillé et richement arrangé. Vous y trouverez un fourmillement de trouvailles sonores subtiles, fruit d’un travail méticuleux sur les arrangements et les harmonisations. L’artiste compare cet album à un plat « très riche et maigre en même temps, selon la manière dont on l’écoute ».
Les collaborations fidèles : Djian, Suter et Hildebrandt
Trente-cinq ans après leur rencontre, Philippe Djian continue d’écrire pour Stephan Eicher. Pour Poussière d’or, le chanteur lui a demandé une trentaine de textes. Il les a accrochés au mur, attendant qu’une histoire commune finisse par apparaître. Martin Suter a également contribué aux paroles.
La pochette de l’album est signée par Gregor Hildebrandt, plasticien et ami du chanteur. Il a reconstitué un portrait réalisé par Jean-Baptiste Mondino en 1983 à l’aide de jaquettes de cassettes audio. Ce souhait souligne l’époque révolue que cet album célèbre.
Une hyperactivité scénique qui nourrit sa créativité
Parallèlement à la sortie de l’album, Stephan Eicher multiplie les projets scéniques. Il tourne depuis un an avec Seul en scène, un spectacle coécrit avec le metteur en scène suisse François Gremaud. Cette création originale mêle théâtre et concert, avec des moments tour à tour bouleversants et loufoques.
Il propose également Duo Dolce avec Osomo, alias Simon Baumann, son batteur. Ce spectacle explore les territoires de l’électro et de la new wave. Un troisième projet est actuellement en préparation pour l’Olympia, en février prochain.
Cette débauche d’activités répond à un besoin profond. Le musicien explique qu’il est constamment en tournée, car c’est ce qui stimule le mieux son cerveau. Il utilise ses 24 heures de manière plus intense que les autres, porté par l’amour de son métier.
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Une discipline quotidienne née après la pandémie
Depuis la période du Covid-19, Stephan Eicher s’est imposé une routine matinale. Il s’assoit devant un piano et se met à chanter dès le réveil. Cette pratique le rend heureux, lui qui n’aurait jamais cru pouvoir chanter toute sa vie.
Pourtant, il se définit avant tout comme musicien. Il n’a jamais eu la vocation de chanteur au sens traditionnel du terme. Il décrit sa voix, qu’il trouve voilée, comme un complexe. Pour cet album, il a utilisé un micro particulier, brut, qui ne permet aucune tricherie. Il le surnomme Dark Vador.
Un parcours unique, entre audace artistique et fidélité à soi
Après plus de quarante ans de carrière, Stephan Eicher conserve un appétit créatif intact. Aucun de ses albums ne ressemble au précédent. Il a constamment pris des risques et inventé de nouvelles formes de spectacle.
Le succès massif du début des années 1990, avec des tubes comme Déjeuner en paix ou Pas d’ami comme toi, ne l’a pas égaré. Il a dépensé l’argent gagné en vivant un an à l’hôtel Raphaël plutôt que d’investir dans l’immobilier ou les voitures de sport.
Vous ne lirez pas son autobiographie de sitôt, même s’il noircit trois ou quatre carnets par an depuis l’âge de dix-sept ans. Il y dessine, écrit et photographie ses chambres d’hôtel. Son grand dessein reste de réunir une équipe humaine motivée par l’utopie d’une vie harmonieuse.
Poussière d’or n’est pas seulement un album, c’est la fermeture d’un chapitre. Le chanteur affirme qu’on ne fait plus de disques comme ça, car cela coûte trop cher. Ce projet, réalisé avec de vrais musiciens et sans intelligence artificielle, témoigne d’une époque révolue.



