U2 sort « Days of Ash », un EP surprise engagé sur l’Ukraine, l’Iran et Gaza

Six chansons, six crises mondiales

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
10 Minutes de lecture
© Photo : U2

Personne ne les attendait là, pas maintenant, pas comme ça. Le 18 février 2026, U2 a déposé sans prévenir six nouvelles chansons sur les plateformes de streaming, sous le titre Days of Ash. Un EP brûlant d’actualité qui aborde les grandes crises contemporaines : les rafles de l’ICE aux États-Unis, la répression des femmes en Iran, la guerre en Ukraine, les colonies israéliennes en Cisjordanie. Le groupe affiche une urgence que l’on n’avait pas vue depuis longtemps.

Quarante ans de carrière, et U2 choisissent encore de mettre les pieds dans le plat. C’est peut-être ce qu’il y a de plus frappant avec cet EP : le groupe irlandais ne fait pas semblant. Depuis « Sunday Bloody Sunday » en 1983, « Pride (In the Name of Love) » en 1984 ou « Mothers of the Disappeared » en 1987, Bono, The Edge, Adam Clayton et Larry Mullen Jr. ont toujours revendiqué le droit, voire le devoir, de prendre position sur les grandes fractures du monde. Days of Ash s’inscrit dans cette lignée, mais avec une intensité particulière, comme si l’état actuel de la planète rendait toute prudence stylistique superficielle.

- Publicité -
📌 Repères clés
🎸 Sortie surprise le 18 février 2026
🌍 6 titres consacrés à l’Ukraine, l’Iran, Gaza et l’ICE
🎙 Collaboration avec Ed Sheeran et Taras Topolia
🎛 Production assurée par Jacknife Lee
📖 Relance du fanzine historique Propaganda
💰 Bénéfices reversés à Amnesty International et au HCR
U2 sort « Days of Ash », un EP surprise engagé sur l’Ukraine, l’Iran et Gaza
© Photo : U2

Six chansons pour six crises géopolitiques majeures

L’EP s’ouvre avec « American Obituary », dédié à Renée Good, une mère de trois enfants et citoyenne américaine de 37 ans, tuée par un agent de l’ICE lors d’une manifestation à Minneapolis en janvier 2025. Le titre dit tout : une nécrologie américaine. Bono y adopte une cadence qui rappelle celle de Bob Dylan dans « It’s Alright Ma (I’m Only Bleeding) », avec une inversion poignante : c’est ici la mère qui chante à ses enfants, et non l’inverse. Le morceau fait également référence à Patti Smith, dont le refrain « The power of the people is so much stronger than the people in power » (« Le pouvoir du peuple est tellement plus fort que celui des personnes au pouvoir ») vient clore le titre comme un ultime acte de résistance.

« The Tears of Things » emprunte son titre au livre de Richard Rohr, The Tears of Things: Prophetic Wisdom for an Age of Outrage, paru en 2025. La chanson prend la forme d’un dialogue imaginaire entre Michel-Ange et sa statue de David, qui rechigne à l’idée de devoir « devenir Goliath pour le vaincre ». Une métaphore directe du conflit israélo-palestinien, traitée avec une sobriété qui fait mouche. Bono évoque la proximité du groupe avec Rohr, une figure mystique et un penseur profond selon ses propres mots, dont les écrits les ont profondément marqués.

- Publicité -

« Song of the Future » rend hommage à Sarina Esmailzadeh, une lycéenne iranienne de 16 ans battue à mort par les forces de sécurité iraniennes en 2022, après avoir participé au mouvement « Woman, Life, Freedom ». Le titre est frontal, sans artifice, et c’est The Edge lui-même qui chante : « If you put a man into a cage and rattle it enough / A man becomes the kind of rage that cannot be locked up » (« Si vous mettez un homme en cage et que vous le secouez suffisamment, un homme devient la rage qui ne peut être emprisonnée. ») Une violence sourde que le groupe transforme en accusation directe contre les dirigeants qui instrumentalisent la religion pour écraser la dissidence.

U2 sort « Days of Ash », un EP surprise engagé sur l’Ukraine, l’Iran et Gaza
© Photo : U2

« Wildpeace » fait une entorse au format habituel : il s’agit d’un poème de l’écrivain israélien Yehuda Amichai, lu par la Nigériane Adeola Fayehun, du collectif Les Amazones d’Afrique, sur une composition du producteur Jacknife Lee. Bono dit ne pas pouvoir écouter la voix de Fayehun sans être traversé par quelque chose d’insupportablement beau, et par les conflits oubliés du continent africain, le Soudan en tête.

- Publicité -

« One Life at a Time » a été écrite pour Awdah Hathaleen, père de trois enfants, militant non violent et enseignant palestinien, tué en juillet 2025 dans son village de Cisjordanie par un colon israélien. Le titre reprend une phrase prononcée par le cinéaste Basel Adra lors des funérailles d’Hathaleen, une formule qui exprime à la fois la modestie et la gravité de chaque existence. Le groupe s’est directement inspiré du documentaire No Other Land, oscarisé en 2025.

L’EP se termine avec « Yours Eternally », sur lequel apparaissent Ed Sheeran et le chanteur ukrainien Taras Topolia. Bono et The Edge avaient rencontré Topolia lors de leur voyage à Kiev au printemps 2022, quand ils avaient joué dans une gare à l’invitation du président Zelensky. La chanson prend la forme d’une lettre envoyée depuis le front. Sheeran a accepté d’y participer, mais non sans une forme d’hésitation bienveillante : il ne voulait pas se mêler à une « polémique politique ». Bono reconnaît lui avoir peut-être menti sur ce point. Une touche d’humour qui détend légèrement une atmosphère autrement très chargée. Un court-métrage documentaire accompagnant ce titre doit être publié le 24 février, date anniversaire de l’invasion russe de l’Ukraine.

- Publicité -

Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.

Jacknife Lee aux commandes

Tout l’EP a été produit par Jacknife Lee, collaborateur de longue date du groupe dont le travail avec U2, Weezer ou Taylor Swift lui a forgé une réputation de touche-à-tout rigoureux. Sa patte est sensible sur « Wildpeace », dont l’arrangement dense et organique tranche avec le reste du projet.

- Publicité -

Il faut également noter que les six titres sont accompagnés de vidéos lyriques individuelles, et que le groupe a simultanément relancé Propaganda, son fanzine officiel, dans une édition anniversaire intitulée U2 Days of Ash : Six Postcards From the Present… Wish We Weren’t There. Ce numéro numérique, également disponible en version imprimée dans certains points de vente, contient les paroles des chansons, des essais signés par chacun des membres du groupe et des liens vers des articles sur les politiques d’immigration de l’ICE. La table des matières est en partie masquée, à la manière des fichiers Epstein, ce qui semble être une provocation délibérée et assumée.

U2 face à son héritage : continuité militante depuis les années 1980

Ce qui frappe dans Days of Ash, c’est que U2 ne cherche pas à sonner jeune ou moderne. Ils assument leur histoire, leur longueur d’onde morale et leur identité sonore. Larry Mullen Jr., absent des concerts au Sphere de Las Vegas en 2023 pour raisons de santé, revient en force et revendique la légitimité de ces nouveaux titres, face à un public qui pourrait légitimement se demander si le monde a vraiment besoin d’un nouvel enregistrement du groupe. Sa réponse, sobre et directe, est la suivante : cela dépend de la qualité de la musique. Selon lui, ces chansons tiennent la comparaison avec ce que le groupe a fait de mieux.

- Publicité -

Adam Clayton livre dans le fanzine une liste de ses lectures et de ses écoutes récentes : Geese, Fela Kuti et Mike Scott des Waterboys, tandis que The Edge publie un texte dans lequel il défend un monde où les frontières ne sont pas effacées par la force et où la dignité humaine n’est pas négociable. Des mots simples pour des convictions solidement ancrées.

Days of Ash n’est pas l’album que U2 prépare pour la fin de l’année. Bono l’a précisé : les titres en cours pour le prochain LP sont des chansons de célébration, pas de lamentation. Cet EP est une réponse à l’urgence du présent, une façon de ne pas attendre que le monde se calme pour dire ce qu’il y a à dire. Les bénéfices générés seront reversés à Amnesty International, au Comité pour la protection des journalistes et au Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

- Publicité -
- Publicité -
ÉTIQUETTES :
Partager cet article