Les fins choisies sont préférables à celles subies. White Mountaineering et Yosuke Aizawa viennent d’offrir l’une de ces fins rares, où quelqu’un part parce qu’il a décidé de le faire. La collection automne 2026, présentée il y a quelques jours à Paris, marque la sortie du créateur japonais de sa propre maison. Vingt ans après l’ouverture de ce minuscule atelier à Daikanyama, Aizawa tire sa révérence. Les ventes n’ont jamais été aussi bonnes. La presse applaudit. Les acheteurs suivent. Alors, pourquoi partir maintenant ? Peut-être justement pour ça.
En coulisses, le créateur a lâché cette phrase : « J’ai toujours rêvé de créer ma propre marque et de défiler à Paris, et j’ai réalisé ce rêve. Ces 20 dernières années sont passées à toute vitesse. Je suis très reconnaissant envers tous ceux qui m’ont accompagné jusqu’à présent. Ce fut une période merveilleuse. » Avoir toujours voulu défiler à Paris, avoir construit sa griffe : mission accomplie. Chez d’autres, cela sonnerait creux. Chez lui, cela résonne juste. Aizawa ne fait pas dans le pathos. Il a appris chez Junya Watanabe, qui a été formé par Rei Kawakubo. Cette école n’enseigne pas les effusions. Elle forge des constructeurs. Des architectes du vêtement.
| 📌 Repères clés |
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| 🏔️ Marque : White Mountaineering (fondée en 2006) 🧑🎨 Créateur : Yosuke Aizawa 📍 Défilé : Paris Fashion Week 🍂 Saison : Automne / Hiver 2026 🎨 Collection : Post De Stijl 🧵 ADN : Vêtement technique, élégance fonctionnelle, gorpcore 📈 Contexte : Départ volontaire sur fond de performances commerciales records 🧭 Après la mode : Enseignement, design d’espaces, uniformes (Toyota) |

Yosuke Aizawa, pionnier du gorpcore et du vêtement technique contemporain
Au début des années 2000, le vêtement technique se trouvait encore dans le rayon sport ou dans le rayon surplus militaire. Personne n’aurait imaginé qu’une parka de randonnée puisse se porter avec une chemise Oxford et un pantalon fuselé. Aizawa, si. Diplômé en design textile de la Tama Art University, il voyait dans les tissus Gore-Tex et les fermetures étanches autre chose que leur fonction première. Une matière à sculpter. Un vocabulaire formel à détourner.
C’est de cette intuition qu’est né White Mountaineering en 2006. Le nom même en dit long. La montagne blanche. Pas la montagne hostile. Pas l’Everest des héros. Non, celle qu’on admire de loin, celle qui inspire, dont on emprunte les codes pour vivre en ville. Aizawa a compris que les citadins rêvaient d’aventure sans quitter leur environnement. Il leur a donné des armes élégantes. Des poches zippées qui ne servaient à rien, mais qui structuraient une silhouette. Des capuches qui protégeaient surtout du regard des autres. Du tweed doublé de Gore-Tex pour passer du métro au restaurant sans transition.
Cette vision lui a valu des collaborations avec Moncler, adidas et Colmar. À chaque fois, il apportait sa science des coupes et son obsession du détail. Les Italiens de chez Colmar ont même dit de lui qu’il insufflait une vision technique et contemporaine à leur siècle d’expérience. Pas mal pour un gamin de Fussa, cette ville près de Tokyo où stationnait l’armée américaine et où l’Occident s’infiltrait par tous les pores.

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Post De Stijl : une collection automne 2026 manifeste et épurée
Pour ses adieux, Aizawa a choisi un entrepôt en béton. Deux étages. Pas de fioritures. La collection s’intitulait Post De Stijl, en référence à ce mouvement néerlandais qui croyait dur comme fer aux lignes pures et aux aplats de couleur. Sauf qu’ici, les rouges et les bleus primaires s’effaçaient. Il ne restait que des tons crème, greige, brun terre, bordeaux profond, vert discret et ce violet raisin qui ponctuait l’ensemble comme une signature.
Les créateurs qui maîtrisent vraiment leur métier finissent par épurer. Moins de gestes. Plus d’impact. Les manteaux à capuche tunnel d’Aizawa incarnaient cette économie de moyens. Les pantalons taillés au cordeau aussi. Rien à prouver. Tout à montrer. La différence tient à peu de choses, mais elle est abyssale.
Quatorze mannequins sont sortis en même temps pour le défilé de clôture. Ils portaient des pulls à col rond dans des teintes précieuses. Nina Simone chantait Feeling Good. Aizawa a fait son tour de piste sous les acclamations. Puis, il a sorti une bière de sa poche et en a bu une gorgée face au public. Voilà. C’était fini. Pas de larmes. Pas de discours fleuve. Une bière et un sourire.

Après White Mountaineering : héritage, transmission et nouveaux horizons créatifs
White Mountaineering continuera sans lui, probablement. Les chiffres sont bons. La distribution tient bon. Mais ce sera une autre histoire. Aizawa, lui, enseigne déjà à la Tama Art University. Il conçoit des espaces pour des hôtels. Il crée également des uniformes pour Toyota. La mode reste son domaine de prédilection, mais il explore d’autres territoires. Peut-être défileront-ils un jour sous une autre bannière. Peut-être pas. L’essentiel, c’est qu’il parte de lui-même, quand il le décide.
Cette collection automne 2026 restera comme un manifeste. Celui d’un créateur qui aura prouvé que le vêtement technique pouvait prétendre à l’élégance sans renier sa fonction. Que le gorpcore n’était pas qu’un mot marketing, mais une véritable proposition esthétique. Qu’il était possible d’être japonais, formé à l’école Comme des Garçons, et de rendre hommage à De Stijl dans un hangar parisien sans que cela ne semble incongru.
Cette sortie méritait d’être saluée. Pour avoir montré qu’on peut partir dignement. Pour avoir fait de la parka un objet de désir. Et pour cette bière sur le podium. Tout cela restera.















































