Vous connaissez ce moment précis où quelque chose se dérobe sous vos yeux sans vraiment disparaître ? Ziggy Chen l’a saisi pour sa collection automne 2026. Le créateur sino-japonais présente à Paris DISSPARATION, un ensemble de pièces qui refuse le spectaculaire. Rien de tapageur ici. Plutôt une proposition qui vous observe autant que vous l’observez.
Le nom lui-même mérite qu’on s’y arrête. DISSPARATION joue aux frontières de ce que l’œil perçoit immédiatement. Le vêtement ne s’impose pas : il glisse, se détache, puis se recompose selon votre propre temporalité. Cette dislocation devient un état permanent, silencieux, mais terriblement présent. Chen fait du décalage une condition d’existence pour ses créations.
| 📌 Repères clés |
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| 🧵 Créateur : Ziggy Chen 📍 Présentation : Paris 🗓️ Saison : Automne 2026 🧶 Matières : Laine, cachemire, lin, chanvre, soie 🎨 Palette : Bruns, gris minéraux, noir, jaune-gris sourd 🧠 Concept : Dislocation, reconstruction, temporalité silencieuse 👞 Accessoires : Chaussures stratifiées, écharpes en cachemire 🧥 Positionnement : Entre artisanat radical et portabilité quotidienne |

Une réinterprétation du passé sans nostalgie
Oubliez les collections qui se gargarisent de références vintage mal digérées. Chen procède autrement. Elle observe des fragments d’histoire, les déplace, puis les réassemble avec une lucidité contemporaine privilégiant l’équilibre à l’effet. Vous ne trouverez ici ni citation appuyée, ni clin d’œil complaisant au passé. Les éléments historiques apparaissent comme des observations, non comme des hommages.
Rien n’atteint jamais une résolution complète dans cet univers. Tout demeure suspendu, en tension. Cette instabilité assumée traverse la silhouette, la surface et la structure même des pièces. Le vêtement évolue avec celui qui le porte, se transforme au fil du mouvement et du temps.
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La construction du vêtement comme langage esthétique
Chen révèle ce que d’autres cachent. Les doublures remontent en surface. L’intérieur se projette vers l’extérieur sans pudeur ni artifice. Le vêtement vous parle directement à travers sa fabrication, ses coutures apparentes et ses superpositions visibles. Cette transparence constructive devient un parti pris esthétique fort.
Les motifs naissent de tracés manuels et de bribes mémorielles. Pierre, architecture, imagerie ancienne : tout devient matière première pour des créations abstraites ancrées dans le tangible. Ces dessins existent entre les époques, refusant de se laisser enfermer dans une temporalité précise.
Une palette chromatique minérale et maîtrisée
La couleur apparaît avec parcimonie. Des bruns chauds, des gris adoucis, des gris bleutés profonds, du noir absolu et ces nuances de jaune-gris sourdes qui confèrent à l’ensemble une tonalité presque minérale. Les strates s’accumulent avec discrétion, créant de la profondeur sans jamais tomber dans la lourdeur.
Chen travaille exclusivement les fibres naturelles, comme dans sa dernière collection printemps 2026 PRITRIKE. Laine, cachemire, chanvre, lin, soie : cette matérialité sincère confère à la collection une authenticité palpable. Les fils irréguliers et les textures bouclées conservent la trace du geste créatif. L’imperfection n’est ni corrigée ni dissimulée. Elle devient une signature.

Des accessoires pensés comme prolongement conceptuel
Les chaussures se construisent par strates superposées. Le cuir tressé y côtoie les éléments métalliques avec une logique implacable. Les écharpes en cachemire prolongent le vocabulaire matériel de la collection. Rien n’est gratuit, tout a une fonction. Chaque détail répond à une fonction et s’inscrit dans une cohérence d’ensemble.
Cette approche fait écho au travail de certains architectes brutalistes qui refusaient de masquer la structure. Chen applique cette philosophie au vestiaire masculin avec une rigueur désarmante.

Artisanat, portabilité et usage quotidien
DISSAPARATION réconcilie l’artisanat et la fonctionnalité quotidienne. Chaque élément a une raison d’être, chaque détail a été mesuré, pesé et questionné. Le résultat échappe à toute démonstration ostentatoire. La collection ne vous impose pas de sens préétabli. Elle le suggère par la matière, la coupe et la durabilité.
Vous portez ces vêtements, et ils vous portent en retour. Cette réciprocité est rare dans le paysage actuel de la mode masculine, souvent coincé entre l’athleisure décontracté et le tailoring rigide. Chen ouvre une troisième voie, plus contemplative et moins pressée.
Cette proposition vous invite à repenser votre rapport au vêtement. Acceptez-vous qu’une pièce ne révèle pas immédiatement tout son potentiel ? Êtes-vous prêt à laisser le temps faire son œuvre, à observer comment un manteau s’adapte à vos mouvements, comment une veste dévoile peu à peu ses subtilités ?
DISSAPARATION ne cherche pas à séduire au premier regard. Cette collection vous invite à ralentir, à observer et à ressentir. Une exigence rare qui mérite qu’on s’y attarde.






























