La Chine défie le HDMI et l’USB avec le câble GPMI. Un câble pour les dominer tous ?

Un seul câble pour la 8K, les données et l’alimentation : le pari technologique chinois face aux standards américains.

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Christian Morizot
Christian Morizot
Pigiste ardu
Christian Morizot, c’est un peu le couteau suisse du numérique : pigiste depuis presque dix ans, il a roulé sa bosse dans la tech et le...
8 Minutes de lecture
© Photo : GPMI

Avec le câble GPMI, la Chine veut bouleverser l’écosystème mondial des connectiques. Capable de transmettre de la 8K, des données et jusqu’à 480 watts via un seul câble, ce nouveau standard ambitionne de remplacer HDMI, USB et Ethernet tout en contestant la domination technologique américaine. L’ambition est démesurée, mais les spécifications techniques donnent le vertige.

Derrière cette offensive technologique se cache une alliance de plus de cinquante entreprises chinoises menée par Huawei, TCL, Hisense et Skyworth. Leur objectif affiché dépasse la simple guerre des formats. La Chine entend imposer son propre standard là où les États-Unis règnent depuis des décennies. Le timing n’a rien d’innocent sur le plan politique.

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📌 Repères clés
Nom : GPMI (General Purpose Media Interface)
Origine : Chine (Alliance UHD 8K – Shenzhen)
Lancement officiel : 2025
Débit maximal : jusqu’à 192 Gbps
Puissance : jusqu’à 480 W
Formats : Type-C (USB-C) et Type-B propriétaire
Fonctions : vidéo 8K, données, réseau, alimentation
Objectif : remplacer HDMI, USB, Ethernet
Enjeu stratégique : réduire les royalties américaines

Deux versions du câble GPMI : Type-C et Type-B

Le câble GPMI existe en effet sous deux formats distincts aux performances radicalement différentes. La version Type-C utilise le connecteur USB-C existant et offre une bande passante de 96 Gbps tout en délivrant une puissance de 240 watts. Une capacité largement suffisante pour alimenter un ordinateur portable de jeu ou diffuser de la 8K à 60 Hz sans compression.

La version Type-B va beaucoup plus loin grâce à son connecteur propriétaire. Elle double la mise avec une bande passante de 192 Gbps, soit quatre fois celle du HDMI 2.1 et deux fois celle du DisplayPort 2.1. La puissance grimpe à 480 watts, de quoi faire fonctionner un écran 8K gourmand ou une station de travail puissante sans bloc d’alimentation externe. Sur le papier, aucun standard actuel ne peut rivaliser avec de telles performances.

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Le GPMI intègre également des fonctionnalités réseau et un protocole de contrôle bidirectionnel similaire au CEC du HDMI. Vous pouvez ainsi connecter plusieurs appareils en série via un système de chaînage (daisy chain) et les contrôler depuis un seul périphérique. Votre console pourrait ainsi allumer automatiquement votre téléviseur, votre barre de son et votre amplificateur avec un seul câble traversant toute la chaîne. Finis les ballets de télécommandes !

La Chine défie le HDMI et l’USB avec le câble GPMI. Un câble pour les dominer tous ?
© Photo : GPMI

Origine du GPMI : un projet stratégique né à Shenzhen

L’histoire du GPMI commence en 2019 à Shenzhen, la capitale chinoise de la technologie. L’Alliance pour l’industrie vidéo UHD 8K a progressivement réuni les principaux acteurs locaux autour d’un constat partagé. Les normes occidentales, comme HDMI et DisplayPort, appartiennent à des consortiums américains qui perçoivent des redevances sur chaque appareil vendu.

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Les entreprises chinoises doivent donc payer des licences pour utiliser des technologies qu’elles ne contrôlent pas. Le GPMI est une tentative frontale de renverser cet équilibre économique. En décembre 2024, l’organisation USB a officiellement autorisé le GPMI à utiliser le connecteur Type-C. Cette reconnaissance par un organisme international confère une légitimité cruciale au projet chinois.

Les premiers prototypes ont circulé dès 2023, mais la publication de la norme officielle n’a eu lieu qu’en avril 2025. Plusieurs grands fabricants chinois, comme Lenovo, BOE et Xiaomi, ont déjà annoncé des produits compatibles pour la fin de l’année 2025. Huawei a même dévoilé sa Mate TV équipée de ports GPMI en septembre dernier.

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Adoption du câble GPMI : une ambition encore très chinoise

Pour l’instant, aucun constructeur japonais, coréen, américain ou européen n’a rejoint l’alliance GPMI. Samsung, LG, Sony, Panasonic et Philips sont absents de la liste des partenaires. Cette fracture géographique pose une question cruciale pour l’avenir du standard. Un câble universel qui ne fonctionne que sur des appareils chinois n’a rien d’universel.

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La stratégie de déploiement prévoit trois phases distinctes. La première cible le marché domestique chinois avec les téléviseurs, les enceintes et les décodeurs. La deuxième vise le secteur de l’automobile, où un seul port pourrait connecter les écrans, les capteurs et les caméras embarqués. La troisième ambitionne de s’imposer dans le secteur industriel pour piloter des machines et des robots grâce à une connectique simplifiée.

Les organismes de normalisation internationaux, comme l’IEEE ou l’ITU, n’ont pas encore validé le GPMI comme standard mondial. La Chine espère obtenir cette reconnaissance afin d’imposer son câble au-delà de ses frontières. Cependant, les États-Unis et leurs alliés pourraient bloquer cette démarche pour des raisons de sécurité nationale ou de protectionnisme économique.

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La Chine défie le HDMI et l’USB avec le câble GPMI. Un câble pour les dominer tous ?
© Photo : GPMI

Les obstacles à une adoption mondiale du GPMI

Remplacer des standards établis depuis vingt ans est un véritable parcours du combattant. Le HDMI équipe en effet plusieurs milliards d’appareils vendus chaque année. Les consommateurs possèdent des dizaines de câbles HDMI chez eux. Leur demander de tout racheter pour adopter le GPMI nécessiterait un argument commercial implacable.

Le GPMI offre certes des performances supérieures, mais la plupart des utilisateurs n’exploitent jamais les capacités maximales de leurs câbles actuels. Diffuser un flux Netflix en 4K SDR ne mobilise qu’une infime partie des 48 Gbps du HDMI 2.1. Seuls les joueurs sur PC et les professionnels de l’image réclament vraiment la 8K à 120 Hz avec un HDR dynamique.

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Les constructeurs devront aussi adapter leurs chaînes de production pour intégrer des ports GPMI. Ce coût supplémentaire sera répercuté sur le prix de vente. Les consommateurs accepteront-ils de payer plus cher pour une technologie qu’ils ne comprennent pas forcément ? La bataille commerciale s’annonce rude face aux géants historiques qui défendent leurs parts de marché.

Pékin mise gros sur le GPMI. Une réussite signifierait s’affranchir des royalties américaines et contrôler un maillon stratégique de la chaîne de valeur technologique. Échouer renforcerait la domination des standards occidentaux pour une génération supplémentaire. Les prochains mois diront si ce câble chinois restera une curiosité locale ou si, au contraire, il bouleversera réellement nos habitudes.

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