La future Alpine A110 électrique prépare une révolution du plaisir de conduite à la française

Alors que l’électrification s’impose, Alpine avance avec prudence et ambition, cherchant à préserver l’âme de sa berlinette dans un environnement technique et économique en mutation rapide.

Par
Aurélien Ronto
Né au début des années 1990 dans la région parisienne, Aurélien Ronto est un journaliste spécialisé dans l'automobile qui a su transformer sa passion pour les...
11 Minutes de lecture
A110 R Ultime « La Bleue » (ceci n'est pas la version électrique annoncée) - © Photo : Alpine

L’Alpine A110 est au centre de toutes les attentions depuis qu’Alpine a dévoilé, en mars 2026, les grandes lignes de sa prochaine génération. La marque de Dieppe mise gros. Très gros. Après soixante-dix ans d’histoire jalonnée de berlinettes mythiques, la petite sportive française bascule vers l’électrique tout en gardant une porte entrouverte sur le thermique. Une équation délicate que peu de constructeurs ont réussi à résoudre sans trahir leur ADN.

La future Alpine A110 électrique prépare une révolution du plaisir de conduite à la française
A110 R Ultime « La Bleue » (ceci n’est pas la version électrique annoncée) – © Photo : Alpine

Une montée en puissance commerciale qui change d’échelle

Pour comprendre ce qui se trame autour de la future A110, il faut d’abord examiner le contexte dans lequel Alpine évolue actuellement. La marque a terminé l’année 2025 avec 5 381 immatriculations en France, soit une hausse de 89,5 % par rapport à l’année précédente. C’est vertigineux. Pour accompagner cette dynamique commerciale, Alpine a annoncé, le 12 mars 2026, le doublement de son réseau de distribution français, qui passera de 42 à 85 points de vente. Un changement d’échelle brutal qui traduit la volonté du constructeur de ne plus rester un acteur confidentiel.

Philippe Quetaud, directeur d’Alpine France, ne s’en cache pas : « 2026 sera l’année de la proximité, avec un réseau encore plus dense. » Ces mots sonnent comme un avertissement à l’attention de la concurrence. Alpine ne se contente plus d’un cercle restreint de passionnés. La marque vise désormais un public plus large, tout en espérant ne pas perdre l’âme de sa voiture de sport emblématique.

Côté sport automobile, les arbitrages sont eux aussi révélateurs. Alpine court en Formule 1 avec un moteur Mercedes, une solution nettement moins onéreuse qu’un programme moteur en propre. Son programme Endurance vit sa dernière saison. Les fonds sont réaffectés aux modèles de route, notamment à la prochaine A110. Le message est clair : l’avenir de la marque se joue sur les routes, et non sur les circuits.

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La future Alpine A110 électrique prépare une révolution du plaisir de conduite à la française
A110 R Ultime « La Bleue » (ceci n’est pas la version électrique annoncée) – © Photo : Alpine

ne silhouette plus expressive avec une gamme élargie

Sur le plan stylistique, les premières images officielles dévoilées par Alpine montrent une berlinette au profil sensiblement plus musclé que la génération actuelle. Le capot est creusé et sculpté, rappelant vaguement une petite Corvette. Les pontons latéraux adoptent des galbes évoquant ceux d’une Porsche 718. Le tout forme une silhouette toujours basse et compacte, mais moins épurée qu’auparavant.

La grande surprise vient de la version cabriolet. Alpine proposera en effet la nouvelle A110 à la fois en coupé fermé et en spider décapotable. C’est une première pour la berlinette dans cette génération moderne. Par ailleurs, la plateforme Alpine Performance Platform (APP) permettrait également d’envisager une version 2+2, ouvrant potentiellement la voie à une future A310. La gamme s’étoffera donc considérablement.

Ce qui reste en suspens, c’est la planche de bord. Les A290 et A390 ont en effet recyclé des éléments issus de la Renault 5 ou du Scénic E-Tech, une approche qui a fait grincer des dents chez les puristes. Espérons qu’Alpine traitera la future A110 avec davantage de singularité à ce niveau.

📌 Repères clés
⚡ Plus de 400 ch annoncés pour la future A110 électrique
🔋 Autonomie visée supérieure à 450 km
🏎️ Architecture 800 V avec recharge rapide en environ 20 minutes
⚙️ Deux moteurs arrière avec vectorisation de couple avancée
🪶 Objectif de poids autour de 1 500 kg grâce à l’aluminium
📈 Croissance de 89,5 % des ventes Alpine en 2025
🌍 Expansion du réseau de distribution en France
🔄 Possibilité technique d’une version thermique encore envisagée

Une plateforme aluminium pensée pour préserver la légèreté

La pièce maîtresse de cette nouvelle génération est la plateforme APP (Alpine Performance Platform). Alpine en a dévoilé les premiers détails techniques en mars 2026, et ils sont éloquents. L’architecture repose sur une structure entièrement en aluminium optimisée pour la légèreté grâce à un assemblage par collage et rivetage. L’objectif affiché est de plafonner à 1 500 kg, ce qui serait remarquable pour une voiture électrique de cette taille.

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Deux packs de batteries sont intégrés dans la structure même du châssis, un à l’avant et un à l’arrière, plutôt que dans le plancher. Cette configuration, peu courante pour une voiture électrique, présente deux avantages : elle préserve la faible garde au sol indispensable à une voiture de sport et permet d’obtenir une répartition des masses de 40/60 avant/arrière. Un équilibre que l’actuelle A110 thermique considère comme son atout numéro un. La nouvelle génération semble déterminée à ne pas y renoncer.

Sur le plan électrique, l’APP adopte une architecture en 800 volts et des batteries de type « cell-to-pack », dans lesquelles les cellules sont intégrées directement dans la structure, sans passer par des modules intermédiaires. Ce procédé améliore à la fois la densité énergétique et la vitesse de recharge. Selon les estimations disponibles, la capacité nette devrait avoisiner 65 kWh, voire davantage selon d’autres sources qui évoquent 77 kWh.

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Une architecture électrique avancée au service du comportement dynamique

L’un des éléments les plus prometteurs de la future A110 est son essieu arrière. Alpine a développé un bloc arrière « 3-en-1 » inédit intégrant deux moteurs électriques distincts et un onduleur en carbure de silicium (SiC). Ce type d’onduleur permet une montée en régime plus rapide et une meilleure efficacité à haute puissance par rapport aux solutions classiques. Le système gère également l’Alpine Active Torque Vectoring, qui redistribue le couple entre la roue gauche et la roue droite toutes les dix millisecondes. À cette cadence, les corrections de trajectoire sont imperceptibles pour le conducteur, mais déterminantes pour la stabilité dans les virages rapides.

Le tout est coordonné par un calculateur central baptisé « Alpine Dynamic Model » (ADM ECU), qui centralise la gestion de la batterie, des moteurs, du freinage, de la direction et même de l’aérodynamique active. C’est ce qu’Alpine appelle l’expérience « centrée autour du conducteur ». Philippe Krief, le patron de la marque, a formulé l’ambition sans détour : Alpine veut construire « les meilleures voitures pour conducteurs de l’ère électrique ». Rien de moins.

En termes de performances pures, les estimations disponibles parlent d’une puissance minimale de 400 ch, avec des chiffres officieux allant jusqu’à 480 ch, et un 0 à 100 km/h inférieur à 3,5 secondes. L’autonomie visée dépasserait 450 km en cycle mixte, avec une recharge de 20 à 80 % en environ vingt minutes sur une borne rapide.

La future Alpine A110 électrique prépare une révolution du plaisir de conduite à la française
A110 R Ultime « La Bleue » (ceci n’est pas la version électrique annoncée) – © Photo : Alpine

Une incertitude persistante autour d’une version thermique

C’est l’un des sujets qui agitent le monde de l’automobile depuis plusieurs semaines. Philippe Krief a confirmé que la plateforme APP était techniquement compatible avec un moteur thermique. Il a lui-même précisé que la porte n’était pas fermée à une version essence. Par ailleurs, le groupe Renault a indiqué que 50 % de ses ventes hors d’Europe resteraient non électrifiées jusqu’en 2030. Or, l’Alpine A110 est destinée à être commercialisée en Asie, et potentiellement en Amérique du Nord. Ces marchés pourraient donc justifier une version thermique ou hybride.

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Les ingénieurs de Viry-Châtillon ont même été mandatés pour étudier un moteur V6 compact. Un moteur thermique dans une A110 de nouvelle génération, à vocation exclusive ou destiné à certains marchés spécifiques ? Rien n’est acté, mais rien n’est exclu non plus. L’ambiance est celle d’un constructeur qui navigue à vue dans un environnement réglementaire fluctuant, tout en essayant de préserver sa singularité face à des concurrentes telles que la Porsche 718 ou la future Lotus Emira. Cette situation est inconfortable, mais elle témoigne d’une honnêteté rare dans le monde de l’industrie.

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A110 R Ultime « La Bleue » (ceci n’est pas la version électrique annoncée) – © Photo : Alpine

Une transition industrielle qui s’accélère avant la nouvelle génération

La production de l’actuelle A110 thermique s’arrêtera à mi-2026, après la fabrication des 1 750 derniers exemplaires annoncés par la manufacture de Dieppe en octobre 2025. Depuis son lancement en 2017, près de 30 000 unités auront été produites sur ce site. Ce chiffre peut sembler faible à l’échelle de l’industrie automobile, mais il est suffisant pour avoir forgé une réputation solide, bâtie sur la légèreté, la précision de conduite et un plaisir de pilotage que peu de sportives modernes ont su reproduire.

La prochaine étape très attendue par les amateurs est la présentation publique de la nouvelle A110, vraisemblablement sous forme de show car, lors du Mondial de l’Automobile à Paris. Ce sera l’occasion de vérifier si Alpine a tenu ses promesses de légèreté et de dynamisme dans un monde où les batteries alourdissent naturellement les véhicules. La barre est haute. Mais franchement, l’envie d’y croire est là.

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