Mardi 22 avril, le groupe Moncler a publié des résultats trimestriels qui ont pris de court plus d’un analyste. Le groupe affiche un chiffre d’affaires consolidé de 880,6 millions d’euros pour les trois premiers mois de 2026, en hausse de 12 % à taux de change constants par rapport à la même période l’an dernier. Dans un secteur du luxe qui peine à retrouver son souffle – LVMH, Kering et Hermès ont tous déçu ces dernières semaines -, Moncler fait figure d’exception.
Une performance trimestrielle qui surprend le marché du luxe
Les analystes tablaient en effet sur environ 827 millions d’euros. Le groupe en a livré 880,6. L’écart est suffisamment net pour que Piral Dadhania, analyste chez RBC Europe, qualifie Moncler de « marque de luxe de haute qualité dotée de références de premier plan dans le vêtement et les vêtements d’extérieur », dans un contexte saisonnier qu’il juge par ailleurs « terne ». La marque Moncler, qui représente l’essentiel du groupe, a généré 766,5 millions d’euros sur la période, soit une hausse de 12 % à taux constants. Stone Island a suivi avec 114,1 millions d’euros, en hausse de 11 % selon le même indicateur.
Ce n’est pas anodin. Le groupe avait en effet traversé une phase de décélération au premier semestre 2025, avec une progression du chiffre d’affaires de seulement 1 %. Le rebond de ce début d’année 2026 témoigne d’une reprise sérieuse et non d’un simple rattrapage conjoncturel.
Une dynamique asiatique qui redessine l’équilibre du groupe
La région Asie-Pacifique, Japon et Corée confondus, a progressé de 22 % pour Moncler, à 433 millions d’euros. Tous les pays de la zone ont contribué positivement. La Chine et la Corée ont surpassé les autres marchés. Luciano Santel, directeur général des affaires corporate et de la supply chain, se montre toutefois prudent : « Je ne suis pas certain que les problèmes en Chine soient terminés », reconnaît-il, en évoquant les tensions liées au marché immobilier et aux revenus disponibles. Mais il ajoute aussitôt : « Nous percevons plus d’énergie qu’avant. La Chine et le cluster chinois performent très bien pour nous. »
Stone Island confirme, de son côté, un mouvement de fond. Les revenus de la marque en Asie ont augmenté de 25 % à taux constants, pour atteindre 35,5 millions d’euros. Il s’agit du troisième trimestre consécutif que la marque affiche une croissance à deux chiffres dans la région. Elena Mariani, directrice de la planification stratégique, a également signalé la montée en puissance de la ligne Ghost, la plus élaborée de la marque, reconnaissable à ses motifs ton sur ton, qui représente désormais 10 % des ventes de Stone Island.
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Les Amériques deviennent un levier stratégique en construction
Les Amériques ont reculé de 2 % en termes nominaux pour Moncler, mais ont progressé de 7 % à taux de change constants, grâce à une croissance locale et à une bonne tenue du commerce de gros. Santel se dit « heureux de la performance aux États-Unis, où nous restons encore sous-représentés ». Il cite notamment le défilé Moncler Grenoble à Aspen, qui a été un succès commercial, ainsi que l’ouverture imminente d’une grande boutique sur la Cinquième Avenue à New York. « Nous avons de grandes attentes, ce sera un long chemin, mais nous sommes confiants », conclut-il.
Stone Island a progressé de 24 % à taux constants dans les Amériques, pour atteindre 7,5 millions d’euros. Un marché encore modeste en valeur absolue, mais dont la dynamique est notable.
Une zone EMEA fragilisée par les tensions géopolitiques
L’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique ont, eux, pesé sur les résultats. Les revenus de Moncler dans la région ont reculé de 2 % pour s’établir à 238,5 millions d’euros. Santel et Mariani ont expliqué que le mois de mars avait été particulièrement difficile : la réduction des liaisons aériennes en raison du conflit au Proche-Orient a diminué le nombre de touristes asiatiques se rendant en Europe. Le Moyen-Orient ne représente guère plus de 2 % des revenus de la marque, mais il a subi une forte contraction. « Cela n’a pas eu d’impact matériel sur l’activité globale », a précisé Santel. Stone Island, de son côté, a légèrement progressé de 2 % dans la région EMEA, l’Italie étant en tête de zone, avec une nouvelle boutique ouverte à Naples au cours du trimestre.
Le canal de distribution directe (DTC) reste le pilier de la croissance. Chez Moncler, il a progressé de 14 % à taux constants pour atteindre 674,5 millions d’euros. Le canal physique surperforme le canal numérique, qui reste en baisse, mais affiche une légère amélioration. Au 31 mars 2026, le groupe comptait 342 boutiques Moncler et 105 boutiques Stone Island. Cette dernière marque a également enregistré une hausse de 17 % de ses ventes en direct à taux constants, portée par toutes les régions.
Une transition de gouvernance pensée dans la continuité
Derrière les chiffres, une transition de gouvernance se joue en douceur. Depuis le 1er avril 2026, Leo Rongone, ancien directeur général de Bottega Veneta, occupe le poste de directeur général du groupe Moncler. Remo Ruffini, fondateur et figure tutélaire, prend le titre de président exécutif et conserve la direction créative ainsi que la stratégie de marque. Remo Ruffini a lui-même commenté l’arrivée de Rongone en ces termes : « Cela ne se produit pas par hasard. Cela reflète un état d’esprit clair : valoriser ce qui rend chaque marque unique, tout en évoluant constamment et en repoussant les limites à travers les produits et les expériences. »
C’est un pari sur la continuité autant que sur le renouveau. Rongone hérite d’un groupe en bonne forme, avec une vision claire. La suite s’écrira sur les marchés, dans les boutiques phares et peut-être sur les sommets enneigés d’Aspen.



