Pour son premier défilé européen, SHINYAKOZUKA investit Florence et transpose l’hiver tokyoïte à Pitti Uomo. Neige artificielle, gants perdus et pièces utilitaires raffinées : Shinya Kozuka affirme une vision sensible et artisanale de la mode masculine, prête à séduire un public international.
La neige artificielle recouvre la Fortezza da Basso, à Florence, habituellement fermée aux défilés. Les mannequins avancent lentement, les cheveux poudrés de blanc, tandis qu’Ólafur Arnalds accompagne le défilé avec For Now I Am Winter. L’atmosphère est mélancolique, presque contemplative. Florence accueille les codes visuels d’un créateur qui puise son inspiration dans ses trajets nocturnes à Tokyo, une bière à la main.
| 📌 Repères clés |
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| 🇯🇵 Créateur : Shinya Kozuka, designer japonais basé à Tokyo 🇮🇹 Lieu : Fortezza da Basso, Florence 👔 Événement : Pitti Uomo (invité d’honneur) 🍂 Saison : Collection homme automne 2026 🧤 Motif central : les gants perdus, métaphore du retour et de la mémoire 🧵 Savoir-faire : artisanat textile, needle-punching, jacquard, tricot 🌕 Pièce forte : manteau orné de 1 300 boutons cousus à la main 🔵 Couleur signature : bleu cobalt |

Les gants perdus, symbole poétique de l’hiver tokyoïte
Mais pourquoi ces gants solitaires qui ponctuent la collection ? Shinya Kozuka observe les rues de sa ville natale. Il repère ces accessoires abandonnés sur les trottoirs, vestiges du passage des citadins regagnant leur domicile. Le designer transforme ces objets familiers en symbole du retour aux sources. Les mannequins portent des moufles dépareillées ornées de fausse fourrure. D’autres gants sont suspendus aux poches des tabliers et d’autres encore apparaissent en bleu cobalt sur les vestes de laine grâce à la technique du needle-punching.
Le créateur refuse la linéarité narrative. Il préfère suggérer et évoquer des émotions que les machines ne peuvent reproduire. Les promenades solitaires, l’hiver, la lune et le bleu vif sont des motifs récurrents dans son travail. Florence permet à Kozuka d’éditer son propos et de clarifier son vocabulaire stylistique pour un auditoire qui le découvre pour la première fois.
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Une mode masculine entre utilitaire contemporain et artisanat japonais
La collection s’ouvre sur des manteaux en melton et des costumes dont les blazers sont allongés. Des éclaboussures de peinture blanche sur les bas évoquent les tempêtes de neige. Les empreintes de pas sur la neige fraîche se matérialisent en impressions sur un duster coat en coton flocké, porté avec un simple survêtement. La gadoue urbaine inspire les motifs jacquard des mailles épaisses, qui s’impriment sur des ensembles fluides pantalon-haut accompagnés de courtes sur-jupes.
Les références utilitaires traversent la collection – une approche qui rejoint cette idée de vêtement pensé pour le quotidien. On y trouve des vestes de travail légèrement allongées et dotées de multiples poches, des bombers militaires assortis de pantalons coordonnés, ainsi que des tabliers entiers ou demi-tabliers superposés sur des silhouettes épurées. Des culottes aux plis volumineux engloutissent plusieurs mètres de coton lourd. Certains tabliers affichent une citation mélancolique : « Youth is gone. Moon is there. Winter stands ». D’autres sont tricotées, démontrant l’inventivité technique du créateur.
La toile de Jouy orne les foulards. Les jacquards folkloriques animent les chemises surdimensionnées et les culottes volumineuses. Le bleu cobalt apparaît sur les tabliers en toile et les pantalons de travail, fruits d’une collaboration avec Dickies. La pièce la plus impressionnante reste ce manteau de la dernière collection, orné de 1 300 boutons cousus pendant une semaine entière par l’équipe. Ces boutons dessinent une lune, motif fétiche de Kozuka.

SHINYAKOZUKA, un créateur japonais qui réintroduit la sensibilité dans le menswear
Lors d’une présentation privée, le créateur résume son approche : son travail conceptuel repose sur la narration, car la mode ne se limite pas aux vêtements. Le son, les scènes et les gens forment ensemble ce qu’il nomme « Picturesque Scenery ». Selon lui, le prêt-à-porter masculin manque actuellement de romance et de sensibilité – d’autres créateurs cherchent également à questionner la silhouette plutôt que de la « corriger ». Kozuka comble ce vide en proposant des pièces désirables et bien confectionnées.
L’enthousiasme dans la salle témoigne de son succès. Les applaudissements résonnent longuement après la fin du défilé. Sous adrénaline, le créateur savoure ce moment charnière. La marque prévoit de continuer à présenter ses collections en Europe. Lorsque Shinya Kozuka reprendra ses promenades nocturnes à Tokyo, une bière à la main, son univers aura grandi.
Bien que la collection soit empreinte de poésie et d’ambiance, elle peine légèrement à établir une clarté totale sur le vocabulaire mode central du créateur pour un public international. Les trompe-l’œil de boutons et d’appliqués en nacre sur le manteau de clôture réaffirment néanmoins l’intensité artisanale qui caractérise Shinya Kozuka. Florence marque un tournant. Le créateur japonais prouve qu’il possède les outils nécessaires pour séduire au-delà de son marché domestique.
























