Il y a des rencontres qui, sur le papier, semblent presque trop évidentes. Et pourtant. Quand Marine Serre et le Louvre annoncent une collaboration, on se rend compte que personne n’y avait vraiment pensé auparavant. Pas comme ça, en tout cas.
La collection se compose de trois pièces en édition limitée. Une poignée d’objets qui circulent déjà à toute vitesse sur les réseaux sociaux, ce qui devrait rappeler à certains grands groupes que l’envie ne se fabrique pas à coups de budget communication.

Ce que Marine Serre réalise ici est simple à formuler, mais difficile à mettre en œuvre : elle redonne un autre souffle au tableau le plus célèbre au monde. Depuis cinq siècles, la Joconde fascine, attire, écrase. Les artistes, les publicitaires et les farceurs se sont emparés de cette œuvre tour à tour. Mais obtenir les droits du Louvre pour une réinterprétation couture de l’œuvre est une autre affaire. C’est un fait rare. Presque inédit.
Cette démarche part d’une réalité concrète : les archives de la boutique du musée. Des t-shirts, des médailles souvenirs… Des objets qui finissent généralement dans un tiroir ou une valisette après les vacances. Marine Serre les découpe, les assemble, les réimprime et les sertit à nouveau dans une matière renouvelée. L’objet banal devient alors une pièce de collection. C’est exactement la logique d’upcycling qui structure la maison depuis ses débuts : aujourd’hui, environ 50 % des matières utilisées sont upcyclées.
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La collection se compose de trois pièces. Le premier est un t-shirt ajusté upcyclé, l’Upcycled Baby-Fit T-Shirt, qui associe le portrait de Mona Lisa à la coupe près du corps qui a rendu Marine Serre reconnaissable entre toutes, rehaussée de l’imprimé All-Over-Moon qui signe chaque création de la maison. Prix : 410 euros. Ensuite, un crewneck classique noir, orné d’une Joconde encadrée que l’imprimé lunaire vient coloniser. 150 euros. Enfin, un porte-clés en métal doré associant un croissant de lune et une médaille à l’effigie du tableau. 130 euros. Trois objets, trois niveaux d’accès. Ce n’est pas tout à fait un accident.

Mais la capsule n’est que la partie émergée de l’iceberg. Depuis le défilé automne-hiver 2026 présenté à Paris en mars, on sait que Marine Serre a également conçu cinq modèles couture directement inspirés des collections du Louvre. Cinq tenues photographiées dans les salles du musée par Alice Mann. Cinq pièces que l’on peut qualifier de couture sans abus de langage.
Le look 01, dit La Joconde Dress, représente à lui seul 420 heures de travail. Quatre cent vingt. Prenez le temps d’y penser. C’est plus de dix-sept jours de travail continu. Pour y parvenir, Marine Serre a utilisé des puzzles à l’effigie du tableau, de ceux qu’on offre aux enfants et qu’on trouve dans les braderies, et les a agencés de façon à composer une mosaïque qui épouse les formes du corps. Le Flemish Painters Dress, lui, totalise 84 heures de travail. Le vêtement comme archive vivante. Ce concept n’est pas nouveau chez elle, mais il trouve ici une forme particulièrement juste.

On peut légitimement se demander ce que le Louvre retire de cette opération. La réponse est double. D’une part, une visibilité auprès d’un public qui ne fréquente pas forcément les salles de peinture espagnole du XVIIe siècle. Ensuite, c’est une façon de montrer que le patrimoine n’est pas condamné à rester derrière une vitrine. Pour célébrer le lancement de la collection, le musée a donné carte blanche à la créatrice Marine Serre pour investir la vitrine de sa boutique-librairie. Une vitrine, certes, mais une déclaration.
Intitulée « The Grace of Time », la collection AH26 s’inscrit dans la continuité de la réflexion de la créatrice sur le temps et la durée. Le temps, la durée, ce qui résiste à l’obsolescence : voilà les thèmes que Marine Serre aborde avec constance depuis sa collection de diplôme « Radical Call for Love », qui lui a valu le prix LVMH en 2017. Ces questions trouvent au Louvre un cadre particulièrement fertile.
Ce qui rend la démarche de Marine Serre cohérente, c’est qu’elle ne repose pas sur un seul argument. Ni purement écologique, ni purement esthétique, ni purement commerciale. Les trois dimensions coexistent. Comme elle l’a elle-même déclaré au journal Le Monde : « Je suis aussi là pour alarmer ». Alarmer, régénérer, créer. Peu importe l’ordre.
La Joconde a survécu à cinq siècles de regards, de vols et de parodies. Elle survivra très bien à un imprimé « All-Over-Moon ». Et si cela choque encore quelqu’un, c’est peut-être que Léonard de Vinci lui-même aimait les problèmes bien posés.
La collection capsule est disponible à la boutique-librairie du Louvre, sur boutique.louvre.fr et sur marineserre.com à partir du 30 avril.



