Alessandro Sartori se définit comme le gardien de la garde-robe familiale Zegna. Cette déclaration du directeur artistique trouve son expression la plus aboutie dans la collection automne 2026, présentée hier au Palazzo del Ghiaccio de Milan. Transformer une patinoire en un immense dressing circulaire est un geste symbolique fort. Le décor parle avant même que les mannequins ne foulent le podium.
| 📌 Repères clés |
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| 🧵 Directeur artistique : Alessandro Sartori 🏛️ Lieu du défilé : Palazzo del Ghiaccio, Milan 🧥 Pièce iconique : veste Conte revisitée 🧶 Matières clés : Trofeo, cachemire, daim, jacquard innovant ♻️ Vision : vestiaire durable et transmissible 🧬 Influences : années 1970, archives ZEGNA 👥 Casting : intergénérationnel et inclusif |

L’entrée du lieu donne le ton. Face au bureau d’Ermenegildo Zegna, fondateur de la maison en 1910, trône sous verre la toute première veste taillée en 1930, entièrement confectionnée en laine australienne. Autour du podium ovale, un vestiaire imaginaire déploie ses trésors. Les pièces personnelles de Gildo Zegna et de son cousin Paolo y côtoient d’autres créations de la marque. Ce premier défilé sous la direction d’Edoardo Zegna, nouveau codirecteur général avec son frère Angelo depuis janvier 2026, marque une transition générationnelle assumée.
Sartori observe comment sa clientèle mélange ancien et nouveau, une réflexion déjà amorcée lors de la collection précédente. Le vestiaire devient alors un patrimoine sentimental comparable aux montres de collection. Ces habits peuvent se transmettre du père au fils. L’adolescent Sartori a lui-même hérité d’une vingtaine de costumes de son père, Giuseppe, dessinateur de machines textiles à Biella, dans la région piémontaise où Zegna est né. Cette expérience intime nourrit sa vision créative. Les vêtements bien conçus traversent le temps pour devenir des totems quotidiens, des héritages portables qui relient les générations, portés par une vision du vêtement pensée pour durer, tout en permettant à celui qui les porte de les adapter à son époque et à ses goûts.

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La veste Conte, pilier de la maison, s’allonge légèrement. Les poches et les boutons descendent. La structure reste la même, mais les revers hauts et pointus conservent une allure décontractée. Sartori réussit un « petit tour » ingénieux avec un troisième bouton horizontal qui transforme la silhouette du blazer croisé. Le familier devient nouveauté grâce à une recherche textile poussée. Ce qui ressemble à du pied-de-poule ou du tweed cache en réalité des motifs graphiques inédits sur un jacquard de cachemire et de papier recyclé d’une légèreté aérienne. Le public ne peut pas toucher ces matières extraordinaires pendant le défilé, mais les clients de ZEGNA le pourront.
Le Trofeo, une laine peignée superfine australienne créée en 1965, occupe une place centrale. Sartori allège même les surchemises en supprimant les poches pour jouer avec ses superpositions favorites. Les vestes en daim aux cols montants, les cardigans matelassés en cachemire reprenant certains motifs des chemises, plus nombreuses cette saison, et les tricots douillets vert sauge ou moutarde composent un message cohérent. Le fait de garder ses vêtements toute une vie permet de les associer à l’infini.

Cette collection marque un virage notable par rapport à l’uniforme semi-formel contemporain que Sartori a perfectionné ces dernières saisons, après avoir exploré une approche plus légère du vestiaire masculin. Les gros carreaux et les tons rouille et bruns des manteaux-cardigans et des pulls évoquent avec discipline les contrastes criards des années 1970. Les costumes croisés dialoguent directement avec les pièces vintage exposées derrière le podium. Ils sont construits avec un système ingénieux de boutons réversibles recouverts de cuir permettant trois façons de les porter. La palette impasto offre des notes crémeuses de stella alpina, meliga et larice, ainsi que des tons organiques de mogano, brandy, terra et corteccia, rehaussés de nuances de zaffiro et giada.
Le casting, volontairement diversifié en termes d’âge et d’origine ethnique, incluant quelques femmes, démontre la polyvalence de cette ligne. Sartori propose autant de personnages différents, potentiellement à travers diverses époques, dans une collection aussi émotionnelle que technique. Un vestiaire qui mérite ses collectionneurs.























































