Stellantis vient de détailler l’avenir du site de Poissy. Avec plus de cent millions d’euros d’investissement, « zéro licenciement » et SUSTAINera comme colonne vertébrale du projet, le groupe automobile issu de la fusion PSA-FCA entend transformer cette usine historique des Yvelines en un centre industriel tourné vers l’économie circulaire, la fabrication de pièces et l’impression 3D. Cette annonce, faite lors d’un comité social et économique (CSE) ce jeudi 16 avril 2026, met fin à plusieurs mois d’incertitude pour les quelque mille ouvriers du site.
La production de véhicules se poursuivra jusqu’à la fin de l’année 2028 au moins, avant l’arrêt définitif de l’assemblage automobile. La question n’est donc plus de savoir si Poissy survivra, mais sous quelle forme.
Un basculement industriel acté pour l’usine de Poissy
Le plan présenté par Éric Haan, directeur du site, s’articule autour de quatre axes industriels complémentaires. Le premier concerne la production de pièces automobiles : Stellantis prévoit une troisième ligne de presse pour l’emboutissage, la modernisation de l’atelier de ferrage, la création d’un nouvel atelier de peinture et d’une ligne d’assemblage de moteurs. Le deuxième pôle porte sur la valorisation des pièces dans une logique d’économie circulaire : une nouvelle ligne de démontage permettra de reconditionner des composants pour les commercialiser ensuite. Le troisième concerne la préparation et la transformation de véhicules (séries spéciales, véhicules utilitaires, flottes d’entreprise). Le quatrième, plus inédit, ouvrira un centre dédié à l’impression 3D de pièces pour petites séries et prototypes de recherche et développement.
C’est précisément SUSTAINera qui donne sa cohérence à l’ensemble. Cette division de Stellantis, entièrement dédiée à l’économie circulaire, fonctionne selon une stratégie dite des 4R : remanufacture, réutilisation, réparation et recyclage. L’objectif est simple : prolonger la durée de vie des composants automobiles plutôt que de les jeter, les remettre en état et les réinjecter dans la chaîne de valeur sous forme de pièces d’origine certifiées.
« À Poissy, nous avons œuvré ensemble pour construire un avenir pérenne autour de quatre nouvelles activités industrielles qui seront progressivement développées d’ici 2030 », a déclaré Éric Haan lors du CSE de ce matin.
L’exemple de Turin valide la stratégie industrielle du groupe
Stellantis ne part pas de rien. Le premier centre SUSTAINera a ouvert ses portes à Mirafiori, en banlieue de Turin, en novembre 2023. Après sa première année d’activité, le bilan est le suivant : 10 000 moteurs remanufacturés, 10 000 boîtes de vitesses traitées, 1 000 batteries reconditionnées et 5 000 véhicules remis en état. Le site emploie aujourd’hui près de 500 salariés qualifiés, soit un an d’avance sur les prévisions initiales. Un deuxième centre a ouvert ses portes à São Paulo, au Brésil, en août 2025. Un troisième est annoncé dans une nouvelle région, et Poissy apparaît comme le candidat le plus sérieux.
Ces chiffres turinois ont manifestement nourri la réflexion stratégique concernant Poissy. Stellantis met en avant ce bilan de 500 emplois créés à Mirafiori, soit précisément le nombre de postes supprimés à Poissy dans le cadre de la restructuration en cours. Ce parallèle ne semble pas fortuit.
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Des pièces reconditionnées qui bouleversent le marché après-vente
L’argument commercial de SUSTAINera repose sur un écart de prix considérable avec les pièces neuves. Selon Laurence Hansen, directrice générale de la circularité mondiale chez Stellantis, « ces composants peuvent être jusqu’à 70 % moins chers que les pièces neuves, tout en garantissant fiabilité, qualité et traçabilité complète ».
C’est un positionnement fort sur le marché de l’après-vente. Le catalogue SUSTAINera représente déjà 27,4 % de l’offre totale de Stellantis Parts & Services. Les activités de réparation ont progressé de 48 % en un an, soutenues par un réseau de 30 centres E-Repair spécialisés dans les batteries haute tension à travers le monde. En 2025, le volume d’énergie issu de batteries de véhicules électriques revendues pour une utilisation en seconde vie a été multiplié par plus de quatre, pour atteindre 123 000 kWh. Sur le front du recyclage, la coentreprise Valorauto a atteint des taux de recyclage de 89,9 % et de valorisation de 97,7 % en 2025, dépassant ainsi les normes européennes.
La maîtrise du recyclage devient un levier stratégique clé
Ce qui distingue fondamentalement la démarche de Stellantis, c’est la volonté d’internaliser le démantèlement des véhicules hors d’usage (VHU). Le groupe ne souhaite plus confier cette activité à des prestataires extérieurs. Il entend ainsi maîtriser l’ensemble de la chaîne, du démontage à la revente des pièces reconditionnées. À terme, l’usine de Poissy pourrait ainsi traiter des voitures en fin de vie, en extraire les composants encore utilisables et les remettre en circulation sous le label SUSTAINera.
Ce modèle répond également à une logique de décarbonation. Stellantis s’est en effet fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone en 2038. Produire des pièces reconditionnées consomme en effet beaucoup moins de ressources que de fabriquer des pièces neuves. L’économie circulaire n’est donc pas qu’un argument de communication : elle s’inscrit dans une feuille de route industrielle qui engage le groupe sur le long terme.
Une transition industrielle encore entourée d’incertitudes
Malgré l’ampleur de l’investissement annoncé (cent millions d’euros sur l’ensemble du projet), plusieurs questions restent en suspens. Stellantis n’a pas encore précisé publiquement le volume de véhicules hors d’usage qui seraient traités sur le site de Poissy, ni les profils de postes qui seraient créés en priorité. Les métiers de l’économie circulaire (techniciens de démontage, spécialistes de la remanufacture, opérateurs d’impression 3D) diffèrent sensiblement de ceux liés à l’assemblage automobile traditionnel. La question de la reconversion des salariés est donc centrale.
En novembre 2025, lors d’un premier CSE, Brahim Aït Athmane, secrétaire adjoint FO à Poissy, avait qualifié l’investissement dans les lignes d’emboutissage de « premier signal fort du maintien de l’activité industrielle ». L’annonce de ce jeudi confirme cette orientation, mais les syndicats attendront sans doute des garanties plus précises concernant la nature des 1 000 postes maintenus à l’horizon 2030.
Un engagement social sous surveillance syndicale
Xavier Chéreau, Chief Human Resources & Sustainability Officer de Stellantis, a tenu à préciser les intentions du groupe : « Dans une industrie automobile en pleine transformation, ce projet, coconstruit avec les partenaires sociaux, garantit un avenir pérenne au site industriel de Poissy, avec des activités résolument tournées vers l’avenir. C’est une illustration de notre politique sociale responsable. »
La direction s’est engagée à ne procéder à aucun licenciement. Les ajustements d’effectifs se feront par des départs naturels ou des mesures individuelles basées sur le volontariat. Des parcours de formation seront mis en place pour accompagner les salariés vers les nouveaux métiers. Une promesse que les syndicats auront tout le loisir de vérifier dans les mois à venir.
Poissy entre héritage industriel et nouveau modèle hybride
Poissy produit des voitures depuis des décennies. La DS3 et l’Opel Mokka y sont encore assemblées aujourd’hui. Leur fin de production, programmée et confirmée pour l’après-2028, aurait pu signifier la mort lente du site. L’annonce d’un investissement de cent millions d’euros change la donne.
Ce que Stellantis propose à Poissy n’est pas une simple reconversion de façade. La combinaison de l’emboutissage, de l’économie circulaire via SUSTAINera, de la transformation de véhicules spéciaux et de l’impression 3D constitue en effet un modèle industriel hybride, adapté aux contraintes du marché automobile contemporain. Un marché où les volumes de production baissent, où les pièces détachées prennent de la valeur et où la durabilité est devenue un argument commercial à part entière.
Reste à savoir si ce modèle sera suffisant pour absorber les 500 suppressions de postes d’assemblage annoncées et si les formations promises se concrétiseront dans des délais acceptables pour les salariés concernés. L’avenir de Poissy se joue maintenant, et tous les regards sont tournés vers 2030.



