Le parc Georges-Brassens, situé aux confins du 15e arrondissement de Paris, vibre au rythme d’une playlist hip-hop. Nelly, Missy Elliott, Kendrick Lamar… Les classiques des années 2000 résonnent dans l’air glacé de ce matin de janvier. Les invités oscillent entre surprise et amusement face à cette ambiance de concert matinal. Certains hochent la tête au rythme de la musique, d’autres esquissent des sourires complices. Personne n’attendait une telle déferlante sonore pour un défilé de mode masculine.
| 📌 Repères clés |
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| 🧵 Créateur : Emeric Tchatchoua 🗓️ Saison : Automne 2026 📍 Lieu du défilé : Parc Georges Brassens, Paris 🕊️ Hommages : Ludovic Tchatchoua, Amy Winehouse 🎨 Palette : noir, burgundy, turquoise, vert profond ✝️ Thèmes : deuil, spiritualité, résilience, mémoire 👞 Collaboration : UGG 👥 Vision : vestiaire inclusif, sans genre ni âge |

Émeric Tchatchoua a choisi ce parc pour des raisons profondément intimes. Le créateur de 3.PARADIS y a passé son enfance. Son ancien immeuble se dresse encore à quelques mètres, témoin muet de cette boucle temporelle. Présenter sa collection automne 2026 ici n’est pas le fruit du hasard. Ce lieu raconte l’histoire d’un gamin devenu créateur, celle d’un quartier populaire devenu podium éphémère.
Le défilé s’ouvre sur une scène saisissante. Deux silhouettes masculines avancent main dans la main, vêtues de costumes noirs strictes et parapluies déployés. L’évocation funéraire s’impose sans ambiguïté. La musique festive s’est tue. Le silence qui suit fait frissonner. Puis, le défilé bascule. Le cuir turquoise apparaît sur un ensemble de sport. La laine vert intense habille un long manteau. Le burgundy surgit, riche et cérémonial. Tchatchoua refuse le noir total. Son deuil est coloré.

Un visage masculin revient de façon obsessionnelle sur les pièces. Un jeune homme noir entouré de colombes, surmonté de l’inscription « Rest in Paradis ». Ce portrait est brodé sur les revers de vestes, agrandi sur des pulls oversize et enchâssé dans d’énormes broches évoquant les bijoux mortuaires d’autrefois. Il s’agit de Ludovic Tchatchoua, le frère du créateur, disparu voilà sept ans. En coulisses, Émeric confiera que ces absences précoces pèsent plus lourd que certaines présences. Ludovic hante cette collection comme une présence fantomatique, mais puissante.
Amy Winehouse rejoint ce panthéon textile. La chanteuse britannique, icône du chaos créatif, apparaît sur un bomber en cuir travaillé en intarsia. Cette technique méticuleuse constitue désormais la signature de 3.PARADIS. Winehouse apparaît également en collage photographique sur différentes pièces. Son visage déchiré et magnétique dialogue avec celui de Ludovic. Deux destins fauchés trop tôt. Deux sources d’inspiration majeures pour cette collection automne 2026.
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Les codes vestimentaires se télescopent. Des cravates noires fines se portent sous des cardigans en mohair doux. D’autres se fondent en trompe-l’œil sur des sweats brodés de messages spirituels. Des jupes épaisses en laine se superposent aux pantalons, rappelant les tenues cérémonielles de diverses traditions religieuses. Tchatchoua assume sa spiritualité sans détour. Le burgundy renvoie au sang du Christ et au vin sacramentel. Le bleu évoque les messages d’outre-tombe selon certaines croyances. Chaque couleur porte un symbole, chaque choix textile raconte une croyance, jusque dans une collaboration tout aussi symbolique avec des maisons au savoir-faire historique.
Les matières enveloppent, réconfortent et protègent. Le mohair et la laine bouillie procurent cette sensation d’étreinte que Tchatchoua recherchait. Accompagner les défunts exige une certaine élégance vestimentaire. Les tissus devaient traduire cette dignité du recueillement. Les coupes privilégient les volumes arrondis et les drapés enveloppants. Rien de rigide ni de contraignant. Les silhouettes respirent et les corps circulent librement dans ces vêtements conçus pour honorer et pour vivre.

UGG apporte sa touche californienne à cette liturgie streetwear. Les bottines de la marque se déclinent en dégradés de couleurs et sont ornées de colombes blanches. Cette alliance surprend au premier abord. Elle fonctionne pourtant remarquablement bien. Les tenues sportswear dialoguent avec les costumes en cuir intégral. Des casquettes plates viennent parfaire des tenues sombres. Des pendentifs Jesus Piece massifs pendent sur des maillots amples. Tchatchoua abolit les frontières entre les genres vestimentaires, assumant pleinement son lien avec la culture street et populaire.
Sa vision du client 3.PARADIS s’élargit. Des hommes aux tempes argentées défilent aux côtés de jeunes femmes arborant des tenues asymétriques évoquant le style déstructuré de Winehouse. Le créateur refuse les cibles marketing étroites. Ses vêtements s’adressent à ceux qui osent, quel que soit leur âge ou leur genre.

Il aura fallu sept années pour transformer le chagrin en création. Sept ans pour oser broder le visage de Ludovic sur des vestes et le porter en emblème, comme on porterait une médaille sacrée. Le travail de deuil ne suit pas de calendrier imposé. Il avance à son rythme, selon ses propres nécessités. Tchatchoua semble avoir trouvé dans cette collection automne 2026 un moyen de faire cohabiter absence et présence, larmes et célébration.
Présenter cette collection en extérieur en janvier à Paris constitue un pari audacieux. Le temps peut basculer en quelques minutes et le froid décourager les plus téméraires. Mais ce matin-là, le soleil s’est montré complice. Comme si quelqu’un, quelque part, veillait. La musique hip-hop du début trouve alors toute sa justification. Ces tubes rappellent qu’après les funérailles, vient le moment de danser, de rire et de vivre encore.
Tchatchoua a transformé 3.PARADIS en un reliquaire contemporain, prolongeant cette réflexion à travers une autre méditation vestimentaire autour du temps et de l’errance. Ses vêtements portent la mémoire et honorent les disparus, mais refusent le pathos. Le deuil s’habille ici de cuir coloré, de laine confortable et de broderies précieuses. Les morts continuent de vivre quelque part, inscrits dans le tissu même de la création.































