Un peu plus d’un an après avoir pris les rênes créatives de la maison Dries Van Noten, Julian Klausner affirme son territoire. Cette deuxième collection pour homme – après ses débuts au printemps 2026 – révèle un directeur artistique qui n’a pas peur de la complexité, du volume ni de l’accumulation. Vous savez, ces moments où un créateur se sent tellement à l’aise qu’il veut tout montrer à la fois ? Klausner traverse précisément cette phase.
| 📌 Repères clés |
|---|
| 🏛️ Maison : Dries Van Noten 🧵 Créateur : Julian Klausner (2ᵉ collection homme pour la maison) 🍂 Saison : Automne-Hiver 2026 🧶 Savoir-faire central : Maille et jacquards complexes 🎓 Narration : Adolescence, héritage, identité masculine 🎨 Palette : Tons sourds ponctués d’accents chromatiques issus des archives 👞 Accessoires clés : Chaussures plates, bottines, sacs oversize |

Julian Klausner, une ambition créative assumée chez Dries Van Noten
Le Belge de 33 ans multiplie les motifs avec une audace qui frise parfois l’excès. Des motifs floraux photographiés au Polaroïd, des jacquards botaniques, des Fair Isle traditionnels, des rayures, des paisleys, des carreaux et des imprimés géométriques se succèdent sur le podium. Vous pourriez vous demander si cette profusion ne frôle pas l’indigestion visuelle. Klausner assume pleinement ses choix. Il veut stimuler ses équipes, se challenger lui-même et explorer toutes les possibilités techniques offertes par les ateliers de la maison.
Diplômé de La Cambre en 2016, ce créateur, qui a travaillé chez KENZO et Maison Margiela avant de rejoindre Dries Van Noten en 2018, possède désormais huit années d’expérience au sein de la maison belge. Il a d’abord dessiné les collections féminines aux côtés du fondateur pendant six ans, puis a pris la direction artistique complète. Cette proximité avec Dries Van Noten lui donne accès aux archives, un trésor dans lequel il puise sans retenue. Les kilts qui parsèment la collection ? sont directement inspirés de ceux que Van Noten présentait au début des années 2000.

La maille au cœur de la collection
Vous remarquerez immédiatement l’omniprésence de la maille dans cette collection automne-hiver. Klausner explique que la maison n’avait pas mis l’accent sur ce savoir-faire depuis longtemps. Or, certains membres de l’équipe de tricot travaillent chez Dries Van Noten depuis trois décennies. Leur expertise transparaît dans les cols amovibles qui ornent les manteaux ajustés, ainsi que dans les cardigans à côtes rayées dont les épaules légèrement structurées sont agrémentées de panneaux géométriques cousus sur le devant.
Les bonnets trappeur superposent des motifs nordiques à des formes péruviennes. Les débardeurs en maille rétrécie se portent sous des chemises ornées d’écussons universitaires ou sous des maillots en jersey. Klausner crée même une pièce hybride qui imite les pans et l’ourlet d’une chemise, mais qui se porte en réalité comme une ceinture autour de la taille. Ce vêtement énigmatique brouille les codes entre le haut et le bas, entre l’intérieur et l’extérieur.
Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
L’adolescence masculine comme fil narratif de la collection
Le créateur construit sa narration autour de ce moment fragile où l’on quitte l’enfance sans être encore pleinement adulte. Imaginez un jeune homme qui part de chez lui pour la première fois, qui remplit sa valise d’objets et de vêtements qui lui sont chers, comme le manteau de son grand-père ou le blazer de ses années collège. Cette thématique explique les références académiques qui émaillent la collection : écussons de poche, capes de remise de diplôme taillées dans des tissus traditionnels du vestiaire masculin, grands sacs d’écolier.
Les coiffures à raie centrale, les lunettes de premier de la classe et les chapeaux en tricot confèrent à l’ensemble un esprit juvénile. Les proportions jouent délibérément sur le maladroit, le spontané et l’inachevé. Certaines pièces semblent avoir rétréci au lavage, tandis que d’autres flottent démesurément. Cette approche libère Klausner des conventions et lui permet d’expérimenter sans craindre la perfection.

Couleurs, archives et références artistiques chez Dries Van Noten
Face à cette profusion de motifs, le créateur opte pour une palette de couleurs majoritairement sourdes. Les gris, les bleus et les tons neutres dominent, permettant de construire des ensembles cohérents malgré l’accumulation. Toutefois, il n’hésite pas à puiser dans la collection automne 2009 de Dries Van Noten, inspirée par Francis Bacon (déjà évoquée dans le dernier défilé de Dries Van Noten), pour en extraire quelques teintes audacieuses. Ces emprunts chromatiques ponctuent le défilé sans le dénaturer.
Les imprimés floraux créés à partir de Polaroids méritent une attention particulière. Ces motifs photographiques ornent des manteaux à capuche et des capes en satin imprimé. Un modèle de trench à capeline en satin imprimé de fleurs Polaroïd, doublement surteint en rouge et pétrole, se distingue par sa richesse visuelle. Les parkas en jacquard floral olive ton sur ton sont superposées à des doublures matelassées orange brûlé. Le patchwork apparent de panneaux contrastés mais complémentaires structure les manteaux et les vestes intermédiaires.

Accessoires et détails : les signatures du style Dries Van Noten
Klausner démontre un talent certain pour les détails qui comptent. Ses chaussures en cuir ultra plates, ses bottines de catch et ses sangles de sac démesurément larges apportent une touche d’excentricité maîtrisée. Le col blanc récurrent qui encadre le visage sans basculer dans la formalité crée un rappel visuel efficace. Les pantalons paper bag, présentés dans de multiples clash de motifs, jouent sur la perception : leurs sections supérieures contrastées évoquent tantôt une chemise ample, tantôt un pantalon taille basse qui se sépare du sous-vêtement.
Klausner précise que cette caractérisation n’a rien d’autobiographique. Il fantasme plutôt sur les étapes de l’exploration de soi, sur ce processus de découverte qui définit progressivement une identité. On sent chez ce créateur une volonté d’embrasser toutes les possibilités qui s’offrent à lui et de tester les limites de la maison qu’il dirige désormais. Reste à savoir s’il parviendra à affiner son propos dans les saisons à venir, ou s’il continuera de privilégier l’abondance à l’épure. Pour l’instant, il choisit résolument la première option.
































































