Vous connaissez cette sensation fugace au petit matin, lorsque le jour hésite encore ? IM MEN a capturé cette justesse impalpable pour sa collection automne 2026, dévoilée le 22 janvier dernier au Collège des Bernardins. Sous les voûtes gothiques du XIIIe siècle, l’équipe de designers menée par Sen Kawahara, Yuki Itakura et Nobutaka Kobayashi a présenté « Formless Form », une réflexion ambitieuse sur ce que signifie être impeccable sans être contraint.
| 📌 Repères clés |
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| 🧵 Maison : IM MEN 🧠 Direction créative : Sen Kawahara, Yuki Itakura et Nobutaka Kobayashi 📅 Collection : Automne-Hiver 2026 📍 Présentation : Collège des Bernardins, Paris 🧠 Concept : Formless Form – la formalité libérée par la matière 🔥 Innovation textile : tissus réactifs à la chaleur et volumes auto-sculptés 🎨 Palette : dégradés inspirés de l’aube au crépuscule 🧥 Silhouettes : transformables, modulables, superposables ♻️ Engagement : matières recyclées et procédés artisanaux |

IM MEN et l’héritage d’Issey Miyake : une formalité réinterprétée
L’esprit du regretté créateur japonais plane sur cette collection, sans pour autant verser dans la nostalgie paralysante. Les créateurs ont plutôt choisi d’interroger l’essence même de la formalité masculine. Leur question de départ ? Peut-on traduire cette impulsion subtile qui nous pousse à nous tenir droit face à un lever de soleil par un simple morceau de tissu ? La réponse traverse toute la collection avec une cohérence remarquable.
Le lieu choisi pour cette présentation en dit déjà long. Le Collège des Bernardins, ancienne école monastique du 5e arrondissement de Paris, confère à l’événement une dimension presque spirituelle. Imaginez ces mannequins progressant sous les arches de pierre millénaires, vêtus de tenues qui semblent défier les conventions tout en conservant une certaine solennité.
Clay : le textile sculptural réactif à la chaleur
La série Clay est la prouesse technique majeure de cette saison. IM MEN a développé un textile exclusif dont la structure, proche du tricot côtelé, se contracte sous l’effet de la chaleur. Le résultat ? Des volumes sculpturaux impossibles à concevoir avec de simples patrons plats. Une combinaison noire présentée en ouverture de défilé illustre parfaitement ce principe : manches amples, pantalon spacieux, le tout façonné dans cette matière organique qui épouse le corps avec une élasticité naturelle.
Sur cintre, ces pièces paraissent ordinaires. Une fois portées, elles se transforment complètement. L’élasticité naturelle du tissu offre une liberté de mouvement rarement atteinte dans des vêtements formels. Vous pouvez les porter aussi bien dans un contexte décontracté qu’habillé.

Une palette inspirée du ciel : dégradés et teintures artisanales
Les designers ont puisé leur inspiration colorimétrique dans les levers et couchers de soleil. La série Dawn incarne cette recherche chromatique avec des gradations de couleurs teintes à la main qui reproduisent les nuances changeantes d’un ciel matinal. Chaque rouleau de tissu est teint individuellement, ce qui garantit des motifs uniques.
Un manteau croisé attire particulièrement l’attention : bleu océan au niveau du col, il évolue vers le gris, puis vers un bleu ciel pâle, avant de se fondre dans un rose poudré. Cette technique artisanale appliquée à la main transforme la couleur en architecture. Les pans avant, inspirés de la superposition d’une large étole, peuvent se croiser pour créer différentes variations stylistiques.
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Vêtements transformables : la superposition comme principe créatif
La polyvalence est au cœur de la collection. La série Overlap présente des manteaux transformables dont la cape de pluie épouse d’abord la silhouette longue, puis se détache pour se porter comme un poncho. Des attaches permettent de relever le tissu au-dessus des épaules pour créer des silhouettes alternatives.
Ce tissu en coton et nylon léger offre un toucher naturel tout en conservant la rigidité nécessaire à la tenue du vêtement. Un lavage de finition enrichit la matière et révèle une surface texturée. Cette série comprend également un pantalon à la coupe ample et décontractée qui vient compléter l’ensemble.
Laine dégradée et tailoring modulable
Gradation Wool propose des pièces en laine dont chaque rouleau est teint individuellement. La veste courte et la combinaison forment un ensemble deux-pièces modulable grâce à leurs fermetures éclair latérales. Le pantalon ample est doté d’une large ceinture évoquant celle d’un smoking, apportant une touche de formalité sophistiquée à des matières raffinées.
Ailleurs dans la collection, des tissus kasuri aux carreaux irréguliers en noir et bleu sont utilisés pour créer des tenues superposées qui semblent empiler le tissu sur le corps. L’effet produit évoque moins la fonctionnalité qu’une atmosphère nomade et méditative.

Accessoires et vêtements utilitaires sublimés
Les accessoires méritent également une mention particulière. La série To Go s’inspire directement des gobelets à café jetables. En transposant cette silhouette familière dans différents matériaux, notamment le cuir, les créateurs attirent l’attention sur la beauté discrète des formes du quotidien. Ce clin d’œil ludique à la beauté fonctionnelle révèle l’humour sous-jacent de la collection.
La série Raft propose des vêtements d’extérieur matelassés dans un tissu texturé au fini mat, rembourrés de fibres de polyester recyclées. Au-delà de leur design singulier, ces manteaux volumineux emprisonnent l’air et procurent une chaleur comparable à celle du duvet.
Vers une élégance masculine libérée des codes rigides
Cette collection prouve qu’il est possible d’avoir l’air sophistiqué sans avoir recours à un tailleur rigide. Il suffit de laisser la matière s’exprimer pour obtenir une allure à la fois nonchalante et parfaitement maîtrisée. IM MEN ne rejette pas la forme : la marque propose plutôt des valeurs qui refusent d’être confinées par celle-ci.
La progression chromatique du défilé, de l’aube au crépuscule, structure l’ensemble avec une logique poétique. Les tenues d’ouverture, dans un noir précédant l’aube, incluent cette combinaison ceinturée dont les épaules sont maintenues par des clips élastiques en forme de crocodile. Le noir se transforme progressivement en gris grâce à une déconstruction surdimensionnée du tailoring, terminée par des liens à la cheville et des baskets aux rabats plissés accordéon.
Pour l’équipe d’IM MEN, les vêtements ne sont pas des objets achevés, mais des entités qui évoluent continuellement dans le temps et sur le corps. Formless Form ne propose pas une révolution formelle, mais plutôt une réinterprétation douce et ferme de ce que les vêtements peuvent devenir. Un simple morceau de tissu prend tout son sens par le mouvement et le geste.









































