Vendredi soir, dans un parking souterrain délabré du Marais. Vous descendez les marches, la lumière se fait rare. Louis Gabriel Nouchi vous attend là, à 21 heures précises, pour vous raconter ses cauchemars d’enfant. Ceux qu’il fabriquait tout seul dans sa chambre pendant que ses parents regardaient Alien au salon. Il n’avait pas le droit de regarder le film de Ridley Scott. Alors, il écoutait. Les cris, la bande-son, les bruits de viscères. Terrifiant.
Cette peur mêlée de fascination, le créateur de 38 ans l’a transformée en vêtements pour sa collection automne 2026, présentée lors de la Fashion Week parisienne. Chez LGN LOUIS GABRIEL NOUCHI, on ne fait pas dans la dentelle. On assume une sensualité frontale, parfois dérangeante, mais toujours sincère. Le défilé commence. Obscurité presque totale. Les mannequins surgissent entre les piliers de béton, certains portant des casques faciaux tressés par Charlie Le Mindu, évoquant les facehuggers du film. Ces parasites qui s’accrochent au visage de leurs victimes. Vous frissonnez. C’est normal.
| 📌 Repères clés |
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| 👤 Créateur : Louis-Gabriel Nouchi 👗 Collection : LGN LOUIS GABRIEL NOUCHI automne-hiver 2026 🎬 Inspiration principale : Alien (Ridley Scott) 🧵 Matières dominantes : latex, cupro filmé, nylon, laine 🧠 Thématiques : peur, désir, corps, altérité, inclusivité 🌍 Présentation : Fashion Week de Paris 🔞 Extension de marque : lancement d’un compte OnlyFans éditorial |

Silhouettes allongées et proportions extrêmes : l’esthétique LGN
Nouchi étire tout. Les vestes de smoking deviennent interminables, les proportions sont statuaires. Les pantalons légèrement évasés allongent encore davantage la jambe. Les manteaux arborent des épaules puissantes, signature de la griffe LGN LOUIS GABRIEL NOUCHI, créant l’illusion d’un corps prolongé. Au bout de ces silhouettes filiformes, les Bunny Boots militaires imposent un pied massif, presque comique dans son exagération. On songe alors au Xénomorphe du film, cette créature longiligne qui oscille entre l’humain, l’insecte et le félin. Le créateur français n’a rien copié. Il a capté une émotion, un malaise, et l’a transposé en coupes impeccables.
Les plis des vestes de smoking convergent vers le nombril. Un clin d’œil discret au ventre, zone de naissance et d’émotion centrale de la saga cinématographique. Certains tops semblent emprisonner les visages des mannequins, comme si leur tête émergeait d’une membrane textile. Le cupro filmé glisse sur les peaux, rappelant les parois organiques d’un vaisseau spatial. Ce n’est pas un défilé que vous regardez, mais une autopsie esthétique de la peur érotique à laquelle vous assistez.

OnlyFans, sensualité et stratégie : LGN étend son territoire créatif
Puis arrive ce moment. Un mannequin porte un débardeur blanc moulant avec un mini-slip. Une référence évidente à la tenue iconique de Sigourney Weaver. Sauf que sur le haut, on peut lire « OnlyFans ». Louis-Gabriel Nouchi vient d’ouvrir un compte sur cette plateforme souvent associée au contenu pour adultes. Il s’explique sans détour. Selon lui, OnlyFans est un espace privé où l’on peut parler de corps, de sensualité et d’inclusivité, loin des censures et des jugements des réseaux sociaux traditionnels. Privé ne signifie pas pornographique, insiste-t-il. On paie pour accéder à un contenu spécifique, comme on achète un magazine. Son compte proposera des lectures érotiques, de l’ASMR et des coulisses de la marque. Une façon de prolonger l’univers LGN LOUIS GABRIEL NOUCHI au-delà des podiums.
Vous vous demandez s’il s’agit de génie marketing ou d’une vraie conviction. Probablement les deux. Nouchi appartient à cette génération qui refuse les cases, qui veut déconstruire les codes du désir masculin et qui trouve oppressants les standards imposés aux corps gays. Il crée donc un espace où les règles changent. Où les corps de tous types deviennent des objets de désir. Où la sensualité élevée côtoie le fétichisme détourné.
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Latex, cupro et matières organiques : la peur comme texture
La palette chromatique reste sobre. Des gris chauds et froids, de l’écru mastic, des tonalités étouffées. Le nylon craquant, la laine couleur terre, le coton matelassé et les polaires moelleuses évoquent un vaisseau spatial aseptisé. Puis viennent les matières gluantes. Le latex noir recouvre les larges cravates, les trench-coats surdimensionnés et les pantalons dignes d’une chambre noire. Ces surfaces brillantes rappellent la peau visqueuse des créatures du film, leur allure à la fois répugnante et fascinante. Les jacquards imitent les reflets d’huile. Le denim noir délavé joue avec les contrastes.
Nouchi travaille également les trompe-l’œil techniques. Des bombers graphite s’associent à des pantalons cargo non ceinturés pour recréer l’esprit utilitaire de la combinaison de Ripley. Une polaire crème raccourcie se porte avec un mini-short et dévoile la ligne de sous-vêtements emblématique de LGN LOUIS GABRIEL NOUCHI. La peau nue s’expose. Zone de désir, zone de pouvoir. Chez Nouchi, montrer n’est jamais gratuit. C’est toujours graphique, pensé, chargé de sens.

Diversité des corps et manifeste inclusif chez Louis-Gabriel Nouchi
Les mannequins qui défilent représentent une diversité de corps, d’âges et de styles. Nouchi refuse l’uniformité. La marque cherche à créer des vêtements confortables et portables, qui peuvent passer inaperçus dans le monde hétéronormatif, tout en conservant une certaine provocation pour rester excitants. Cette approche rappelle l’ancien Helmut Lang. Du subversif portable. Vous pouvez porter un manteau LGN LOUIS GABRIEL NOUCHI au bureau. Personne ne remarquera la coupe subtile qui transforme votre allure. Mais vous, vous le saurez.
Le créateur français n’oublie pas que le mot « alien » sert aujourd’hui à déshumaniser des populations entières, en particulier aux États-Unis. Il trouve cela choquant. Il se sent parfois lui aussi étranger, « alien », dans certains contextes. Sa collection devient alors un manifeste silencieux. Unir plutôt qu’exclure. Créer des vêtements qui rassemblent sans jamais édulcorer leur charge provocatrice.
Vous quittez le parking souterrain la tête pleine d’images. Des corps allongés, des latex luisants, des visages cachés sous des masques capillaires. Louis-Gabriel Nouchi vous a fait visiter ses terreurs d’enfant. Et vous avez trouvé cela magnifique.


































