Vous avez lancé Google Maps avant de démarrer ce matin. Vous avez suivi un itinéraire suggéré, évité un bouchon signalé en temps réel, et peut-être même opté pour ce « trajet économique » que l’application vous proposait. Puis, en sortant du véhicule, votre téléphone a mémorisé l’emplacement exact où vous vous êtes garé. Tout cela s’est passé sans que vous y pensiez vraiment. C’est précisément là que réside la force de l’écosystème Google : il transforme notre façon de conduire depuis longtemps déjà, sans que nous nous en rendions compte.
Cela fait plusieurs années que Google n’est plus seulement un moteur de recherche. Sur la route, il est devenu un partenaire de trajet permanent, discret et toujours actif. Avec Android Auto présent dans des centaines de millions de véhicules, Android Automotive OS intégré nativement chez Volvo, Renault, Polestar, Audi ou Honda, et des services embarqués en constante évolution, le géant américain occupe une place grandissante dans l’habitacle. Une présence qui mérite qu’on s’y attarde.
| 📌 Repères clés |
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| 📊 Android Auto est utilisé dans plus de 250 millions de véhicules en 2025 🚗 Android Automotive OS est intégré nativement chez Volvo, Renault, Polestar, Honda 🗺 Google HD Maps améliore la précision des systèmes d’aide à la conduite (ADAS) 🌱 Les éco-routes de Google Maps ont économisé plus d’un million de tonnes de CO₂ 🤖 Gemini remplace progressivement l’Assistant dans Android Auto et AAOS 🔄 Google et Qualcomm promettent 10 ans de mises à jour Android Automotive 📡 Les mises à jour OTA permettent d’ajouter des fonctions après l’achat 🔐 Les données automobiles deviennent un enjeu stratégique entre Google et constructeurs |
Android Auto et Android Automotive s’imposent dans 250 millions de véhicules
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En mai 2025, Google a annoncé qu’Android Auto était utilisé dans plus de 250 millions de véhicules dans le monde, contre 200 millions un an plus tôt. Une progression de 25 % en douze mois. Ce taux de pénétration, qui semblait irréaliste il y a encore cinq ans, illustre la vitesse à laquelle l’écosystème Google s’est imposé sur les tableaux de bord.
Mais Android Auto ne représente qu’une partie de l’histoire. Il repose en réalité sur le smartphone de l’utilisateur, qui projette ses applications sur l’écran du véhicule. La véritable rupture, plus profonde, se nomme Android Automotive OS (AAOS) : un système d’exploitation embarqué directement dans le véhicule lors de sa fabrication, sans smartphone requis. Volvo, Polestar, Ford, Renault et Honda l’ont déjà adopté. Le marché de cette technologie devrait atteindre 2,14 milliards de dollars d’ici 2035, avec une croissance annuelle de 9,1 %. Les constructeurs ont compris que le logiciel est désormais aussi stratégique que la mécanique.
Volvo EX90, vitrine du Google embarqué et des HD Maps
Pour comprendre concrètement ce que signifie un Google « natif » dans une voiture, le Volvo EX90 est l’exemple le plus parlant actuellement disponible. Ce grand SUV électrique embarque l’intégralité de l’écosystème Google sans nécessiter de smartphone. Google Maps y est présent avec une cartographie en temps réel, une gestion du trafic, un affichage des bornes de recharge et des suggestions d’itinéraires adaptées au niveau de la batterie. L’Assistant Google permet de contrôler la climatisation, d’envoyer et de recevoir des messages, de rechercher des points d’intérêt et de se connecter aux appareils domotiques à domicile.
Mais le Volvo EX90 va encore plus loin avec l’intégration de Google HD Maps, une cartographie haute définition conçue spécifiquement pour une utilisation automobile. Cette technologie enrichit les données des capteurs embarqués du véhicule, améliore la précision des aides à la conduite, comme le maintien de voie, et prépare le terrain pour les futures fonctions de conduite autonome. Volvo et Polestar sont les premières marques au monde à déployer cette technologie. « L’intégration de Google HD Maps sur nos prochains véhicules contribuera à l’avenir à l’introduction d’une conduite autonome sûre », déclarait alors Javier Varela, directeur général adjoint de Volvo Cars.
Éco-routes Google Maps, un levier mesurable de réduction du CO₂
L’une des contributions les moins visibles, mais les plus concrètes, de Google à la mobilité, concerne la réduction des émissions de CO₂. Depuis le lancement des « éco-routes » dans Google Maps, le principe est simple : lorsque cela est possible sans allonger significativement le temps de trajet, l’application propose l’itinéraire consommant le moins de carburant plutôt que le plus rapide. Elle prend en compte le type de motorisation du véhicule, le profil de la route et les conditions de trafic en temps réel.
Le résultat, mesuré par Google lui-même, est loin d’être anecdotique. Depuis son lancement aux États-Unis et au Canada, cette fonctionnalité a permis d’économiser plus d’un million de tonnes de CO₂, soit l’équivalent de retirer plus de 100 000 voitures thermiques de la circulation. Disponible désormais en France et dans une quarantaine de pays européens, cette fonction n’a pas fait grand bruit lors de son déploiement. Elle œuvre pourtant, trajet après trajet, à une réduction collective et silencieuse de l’impact environnemental des déplacements automobiles.
Navigation, trafic et stationnement, un continuum de services sans rupture
L’écosystème Google ne s’arrête pas quand le moteur s’éteint. Fin 2025, Google Maps a déployé discrètement une fonctionnalité très attendue : l’enregistrement automatique de l’emplacement de stationnement. Le mécanisme est simple, mais efficace : dès que la connexion entre le téléphone et le véhicule (via USB, Bluetooth ou CarPlay) est coupée, Maps comprend que le trajet est terminé et enregistre automatiquement la position du véhicule sur la carte. Finie la corvée de mémoriser le numéro de la rangée P3, niveau -2 : l’application s’en charge.
Cette chaîne, qui comprend un itinéraire optimisé, le trafic en temps réel, le guidage et le stationnement enregistré, forme un continuum de services couvrant l’intégralité d’un trajet. Google a construit, brique par brique, un accompagnement de bout en bout. Ce qui était, il y a dix ans, une série d’applications distinctes est devenu un flux continu, intégré et presque invisible dans l’expérience de conduite quotidienne.
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Gemini dans Android Auto, l’IA générative au service de la conduite
L’évolution en cours dépasse la simple navigation. Depuis mai 2025, Google remplace progressivement son assistant classique par Gemini, son intelligence artificielle générative, d’abord dans Android Auto, puis dans Android Automotive OS. Cette transition marque un saut qualitatif important. Alors que l’Assistant se contentait d’exécuter des commandes simples (lancer de la musique, passer un appel, régler la climatisation), Gemini peut traiter des requêtes complexes, croiser des données issues de plusieurs applications simultanément et proposer des réponses contextualisées en quasi temps réel.
Concrètement, il est désormais possible de demander à Gemini de trouver un restaurant sur le trajet, d’en résumer les avis, de vérifier les horaires d’ouverture et d’ajouter automatiquement l’adresse comme étape dans Maps, le tout sans quitter la route des yeux. Gemini peut également adapter les itinéraires en fonction du niveau de batterie d’un véhicule électrique, recommander des arrêts de recharge ou anticiper les besoins du conducteur en fonction du contexte de navigation. La reconnaissance vocale fonctionne désormais pour tous les occupants du véhicule, et pas seulement pour le conducteur, via le bouton du volant ou la commande « OK Google ».
Software Defined Vehicle, la voiture évolutive grâce aux mises à jour OTA
Derrière ces services grand public se profile une transformation plus profonde de l’industrie automobile. La notion de « Software Defined Vehicle » (SDV), ou voiture définie par son logiciel, s’impose progressivement comme la nouvelle norme. En janvier 2026, Google et Qualcomm ont annoncé conjointement un support de dix ans pour les mises à jour d’Android Automotive, afin d’éviter l’obsolescence logicielle qui guette les voitures connectées. Cette promesse de longévité répond à l’une des inquiétudes majeures des constructeurs : investir dans un système qui ne serait plus maintenu avant même la sortie du véhicule de leur chaîne de production.
Ce partenariat entre Qualcomm et Google, basé sur la plateforme Snapdragon Cockpit, s’appuie également sur des capacités de télémétrie et d’intelligence artificielle pour améliorer les services tout au long de la vie du véhicule, grâce à des mises à jour à distance (OTA). Autrement dit, la voiture que vous achetez aujourd’hui pourra acquérir demain des fonctionnalités que ses concepteurs n’ont pas encore imaginées. C’est un changement de paradigme fondamental pour une industrie habituée à considérer le produit comme figé à la sortie de l’usine.
Données automobiles et souveraineté, les tensions entre Google et constructeurs
Ce tableau serait incomplet sans évoquer les questions que soulève cette intégration croissante. L’écosystème Google dans l’automobile, c’est aussi, et surtout, un flux massif de données. Vos trajets, vos habitudes, vos temps de pause, vos destinations régulières : tout cela alimente des serveurs. Les « arrangements » entre constructeurs et Google sur le partage des données restent, pour reprendre les termes d’un observateur du secteur, « discrets », voire flous. La question de la souveraineté des données automobiles, c’est-à-dire à qui elles appartiennent et dans quel but elles sont utilisées, reste entière.
Certains constructeurs ont d’ailleurs commencé à réagir. General Motors a ainsi décidé de retirer Apple CarPlay et Android Auto de ses nouveaux véhicules, électriques comme thermiques, afin de reprendre la main sur l’expérience utilisateur et sur les données. Une posture minoritaire pour l’instant, mais qui témoigne des tensions entre l’attrait des services Google et la volonté des marques de ne pas devenir de simples carrossiers au service d’un système d’exploitation tiers.
Voiture connectée et futur de la conduite, ce que change l’écosystème Google
La trajectoire est claire. L’écosystème Google se densifie, s’approfondit et s’intègre toujours plus étroitement aux systèmes mécaniques et électroniques du véhicule. Avec Google HD Maps qui alimente les systèmes d’aide à la conduite (ADAS), Gemini qui gère les requêtes complexes et des mises à jour logicielles qui font évoluer la voiture après l’achat, le copilote numérique de demain n’aura plus grand-chose à voir avec le GPS additionnel que l’on collait sur le pare-brise il y a quinze ans.
La voiture connectée n’est plus une simple promesse de salon automobile. Elle circule déjà sur nos routes, guidée en silence par des algorithmes que l’on voit peu et que l’on interroge encore trop peu. Comprendre comment cet écosystème fonctionne, ce qu’il fait de nos données et jusqu’où il entend aller est aujourd’hui une question qui concerne tous les automobilistes, pas seulement les passionnés de technologie.



