Le Palais Brongniart, ancienne Bourse de Napoléon, était le cadre idéal pour un procès. Celui que Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran, le duo derrière Matières Fécales, intentent à la collection automne 2026, aux ultra-riches, à leurs codes vestimentaires et à leur fascination morbide pour la jeunesse éternelle. Tout, du lieu à la distribution du casting, était pensé pour poser une question : jusqu’où la corruption du pouvoir absolu peut-elle aller ?
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| 🧵 Matières Fécales poursuit son exploration d’une mode critique et conceptuelle. 🏛 Le défilé se tient au Palais Brongniart, ancienne Bourse de Paris. 👥 Hannah Rose Dalton et Steven Raj Bhaskaran. 💰 Une critique des codes vestimentaires des ultra-riches. 🧑🔬 Présence de l’entrepreneur Bryan Johnson, symbole du culte de la jeunesse. 👔 Pulls côtelés, pantalons droits, cardigans structurés et silhouettes plus portables. 🎭 Échos à Galliano chez Dior et au premier Demna chez Balenciaga. |

Personne n’aurait pu prévoir la présence de Bryan Johnson, l’entrepreneur américain célèbre pour avoir dépensé des millions afin d’échapper au vieillissement, au milieu d’une galerie de figures aussi reconnaissables qu’inquiétantes. Avec des gants d’opéra aux paumes rouge sang, des masques évoquant des liasses de billets et des bandages post-chirurgie, Matières Fécales dresse le portrait d’une caste, celle du premier centile mondial, avec une précision acérée. Ce n’est pas de la satire pour faire sourire. C’est un regard frontal, posé sans trembler, sur ceux qui détiennent trop.
Pour leur troisième collection, Dalton et Bhaskaran ont voulu explorer une tension qui leur est personnelle : leurs origines sociales radicalement opposées et la question de ce que l’argent fait à ceux qui en ont trop. La réponse se trouve dans des costumes, des prothèses ingénieuses et des silhouettes que l’on reconnaît sans avoir besoin de lire un carton d’invitation.

Ce qui frappe, passé le spectacle visuel, c’est la qualité d’exécution. Dans le showroom, les détails révèlent une maîtrise technique rare : une ceinture confortable dissimulée dans une jupe qui semble contraindre, des tweeds déchirés à la main, un cardigan sévère dont la structure intérieure dément la simplicité apparente. La formation en patronage des deux créateurs se lit dans chaque pièce, y compris les plus accessibles : denim, sweat-shirts, mailles — portées ici avec la même conviction que les options les plus spectaculaires.
Pour les hommes, la collection automne 2026 de Matières Fécales propose des pièces que l’on peut porter sans endosser le costume de super-vilain. Un pull côtelé ajusté sur un pantalon droit, un quart de zip en laine grise légèrement sinistre, une robe bomber en jersey à capuche frappée du motif croix cousu de la maison : autant d’options pour ceux qui souhaitent faire passer un message à travers leurs vêtements, sans pour autant adopter les proportions extrêmes du vestiaire haute couture du défilé.

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Les références sont là pour qui sait les lire : un écho à Galliano chez Dior, une silhouette qui rappelle le premier Demna chez Balenciaga, un tweed frappé comme un hommage ironique à la bourgeoisie qu’il caricature. Mais Matières Fécales ne se résume pas à ces citations. En une décennie, la maison a développé une identité propre, subversive sans être inaccessible.
Ce que cherchent Dalton et Bhaskaran, c’est un luxe qui parle. Pas le luxe silencieux, discret jusqu’à la complicité. Un luxe qui exige une prise de position. La collection automne 2026 de Matières Fécales ne pointe pas du doigt ; elle observe avec le détachement froid d’un historien et l’œil acéré d’un satiriste. Les hommes qui s’y intéressent ne cherchent pas la validation sociale. Ils cherchent autre chose : des vêtements qui ont une personnalité.



















