La collection automne 2026 d’Ann Demeulemeester a été présentée dans la pénombre du Couvent des Cordeliers, un lieu chargé d’histoire qui fut autrefois le repaire de la maison, avant que sa fondatrice ne s’en éloigne en 2013. Ce choix n’était pas anodin. Stefano Gallici aime les espaces qui ont une mémoire. Il aime aussi les gens qui en ont une. Depuis qu’il a pris les rênes de la griffe belge en 2023, le jeune directeur artistique d’origine italienne construit, saison après saison, quelque chose de rare dans le paysage de la mode masculine actuelle : une communauté.
| 📌 Repères clés |
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| 📍 Le défilé automne 2026 se tient au Couvent des Cordeliers, ancien repaire historique de la maison. 🎸 Stefano Gallici poursuit la transformation d’Ann Demeulemeester depuis sa nomination en 2023. 🧥 Vestiaire masculin mêlant style preppy, influences victoriennes et esthétique rock. ✂️ Ourlets bruts, vêtements patinés et pièces volontairement imparfaites. 📓 Le vêtement devient un support d’expression personnelle, presque un journal intime. 🎤 Billy Idol sur le podium, Jimmy Page au premier rang, performance du duo Beguiling Junior. 🖤 Une mode pensée comme un sentiment d’appartenance entre générations. |

Pour cet automne 2026, Ann Demeulemeester et son directeur artistique poursuivent une trajectoire entamée au printemps : un vestiaire masculin ancré dans l’ère victorienne, mais profondément imprégné d’une énergie de cours de récréation saccagée. Les uniformes d’école arrivent froissés, les ourlets sont laissés bruts et les doublures dépassent, comme si l’on avait couru toute la nuit. Ce n’est pas de la négligence. C’est une posture.
Les blazers en velours frappé, ornés d’écussons et portés sur des jeans aux bandes latérales en or effilochées, résument bien l’ambition de cette collection automne 2026 : revisiter les codes du style preppy en y apportant une touche rock. Les pantalons d’uniforme transformés en carnets de croquis, couverts de notes personnelles imprimées, témoignent d’une vocation : faire du vêtement un journal intime à porter. Les pulls en mohair en V délavés, les vestes de style varsity patinées, les blousons zippés en patchwork de shearling et de cuir clouté : tout porte ici la trace d’un vécu.

Gallici n’a jamais caché ses références. Adolescent à Téor, dans le Frioul, il lisait Arthur Rimbaud, jouait dans un groupe, noircissait ses cahiers et gribouillait sur ses jeans. Cette autobiographie transparaît dans chaque pièce. Les capes et les manteaux rappellent l’influence régimentaire qui structure sa vision depuis ses premières collections. Les vestes Napoléon, dont il fut l’un des premiers à relancer la silhouette, reviennent en version raccourcie et plus affûtée. Les blousons biker, signes de reconnaissance entre initiés de la maison, se déclinent dans de nouvelles versions.
Ce qui est nouveau, c’est l’ouverture à un style preppy assumé et déconstruit. Alors que le printemps jouait sur des touches sportswear, l’automne 2026 convoque les campus, les clubs, les salles de sport abandonnées et les vestiaires le soir après le match. Le résultat est cohérent, parfois très juste, et confirme que Gallici a trouvé son propre rythme, distinct de l’héritage d’Ann Demeulemeester, sans jamais le trahir.
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La scénographie du défilé prolongeait cette logique de clan. Billy Idol a foulé le podium dans une cape en cuir à franges. Rhian Teasdale, du groupe Wet Leg, était également présent. Jimmy Page, le guitariste de Led Zeppelin, occupait une place dans la salle. La performance live en ouverture, assurée par le duo Beguiling Junior (Oli Burslem et Okay Kaya), donnait le tempo nocturne d’une soirée qui ressemblait moins à un défilé qu’à une réunion de personnes qui se reconnaissent.
C’est précisément ce que Gallicci cherche : des vêtements qui créent un sentiment d’appartenance. Pour les jeunes générations qui découvrent Ann Demeulemeester aujourd’hui, mais aussi pour ceux, comme Jimmy Page en première rangée, qui portent leurs années comme des médailles.


















