L’Inde sera au cœur du calendrier Pirelli 2027, avec deux photographes aux univers radicalement différents : le Norvégien Sølve Sundsbø et, à titre posthume, le maître indien Raghu Rai. Une première dans l’histoire du Cal™.
Deux photographes pour une vision inédite du calendrier Pirelli
Pirelli l’a annoncé le 4 mai 2026 depuis Milan. Pour la première fois depuis la création du calendrier en 1964, deux photographes se partageront les pages d’un même millésime. Ce choix n’est pas le fruit du hasard. Il est motivé par une circonstance à la fois tragique et émouvante : Raghu Rai, l’un des plus grands noms de la photographie documentaire mondiale, est décédé le 26 avril 2026 à Delhi, à l’âge de 83 ans. Membre éminent de l’agence Magnum, cet homme au regard acéré avait consacré sa vie à photographier l’Inde sous toutes ses facettes : les foules du Bangladesh, les ruelles de Varanasi, les portraits d’Indira Gandhi et les survivants de Bhopal. Il n’aura pas vu son travail pour Pirelli aboutir.
Pendant les trois mois précédant sa mort, il s’était pourtant pleinement engagé dans ce projet, produisant une série de photographies originales qui reflètent à la fois son héritage et sa vision personnelle du pays. Pirelli et la famille Rai ont décidé de ne pas laisser ce travail inachevé.

Une œuvre interrompue devenue projet de transmission artistique
C’est Avani Rai, la fille du photographe et elle-même photographe de renommée internationale, qui poursuivra le travail de son père pour mener à bien sa contribution au calendrier. Un geste à la fois artistique et filial, profondément personnel. « Le travail que mon père a réalisé pour Pirelli était un hommage à l’Inde, réunissant sa vision de toute une vie avec une expression plus contemporaine de son peuple et de sa diversité, un sujet qui l’a toujours profondément inspiré. Je ne peux supporter l’idée que ce projet reste inachevé. Donner vie à ce projet est quelque chose de très personnel pour moi, comme si je m’introduisais dans son regard et dans la manière dont il voyait l’Inde à travers son appareil photo. La photographie a été son cadeau pour moi, non seulement comme un art, mais aussi comme une manière de voir le monde, et c’est à travers cela que nous avons partagé un lien silencieux et profond. Poursuivre ce travail me donne le sentiment de rester proche de lui, de garder une part de lui vivante en moi », a-t-elle déclaré.
Avani Rai n’est pas une inconnue. Elle a tracé sa propre voie dans la photographie, avec une sensibilité qui lui est propre, tout en restant profondément ancrée dans le regard que son père a posé sur leur pays depuis plus de cinquante ans. Ce que Pirelli lui confie n’est pas simplement la poursuite technique d’une série photographique, mais la transmission d’une vision du monde.
Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
Sølve Sundsbø apporte une lecture esthétique et expérimentale de l’Inde
De son côté, Pirelli a choisi de reconduire Sølve Sundsbø, qui avait signé le calendrier Pirelli 2026, afin d’apporter une seconde perspective au calendrier. Né en Norvège en 1970, il s’est formé à Londres, au London College of Printing, avant de devenir l’assistant du photographe britannique Nick Knight, figure tutélaire du milieu. Sa carrière l’a mené dans les pages de Vogue, Harper’s Bazaar et i-D, ainsi que dans les campagnes publicitaires de Chanel, Gucci ou Yves Saint Laurent. On lui reconnaît une esthétique expérimentale et onirique, travaillée à la lumière comme à la technologie, avec une sophistication formelle qui le distingue nettement.
Face à la richesse sensorielle et culturelle de l’Inde, son regard étranger pourrait bien produire quelque chose d’inattendu. « C’est un immense honneur d’être à nouveau invité à contribuer au Calendrier Pirelli. Je suis très heureux de le faire aux côtés d’Avani Rai et de rendre hommage à l’héritage de son père. C’est une occasion exceptionnelle d’explorer l’Inde. Nous ferons tout notre possible pour célébrer ce pays et la mémoire de M. Rai à travers cette collaboration », a-t-il confié.
Le calendrier Pirelli évolue et redéfinit son identité éditoriale
Depuis sa première édition en 1964, confiée à Robert Freeman, le photographe des Beatles, le Calendrier Pirelli s’est imposé comme l’un des objets éditoriaux les plus exclusifs au monde. Distribué à une poignée de clients, de partenaires et de personnalités, il n’a jamais été vendu dans le commerce. Chaque millésime est associé à un grand nom de la photographie mondiale et le choix du photographe constitue un acte éditorial fort.
En faisant appel à deux photographes en 2027, cette tradition de l’œil unique est rompue. Mais l’édition 2027 ne brise pas seulement un protocole. Elle pose une véritable question esthétique : qu’advient-il lorsqu’un regard intérieur, celui de quelqu’un qui a grandi dans une culture et en connaît les nuances et les contradictions, se confronte à un regard extérieur, muni de techniques différentes et d’une curiosité intacte ? L’Inde, ce continent-pays de 1,4 milliard d’habitants, méritait peut-être deux regards plutôt qu’un.

L’Inde comme territoire majeur de la photographie documentaire et sensible
L’Inde a toujours fasciné les photographes. Raghu Rai lui-même en avait fait son territoire exclusif, documentant avec une précision implacable les événements qui ont façonné son pays : la guerre de 1971 au Bangladesh, l’état d’urgence de 1975 sous Indira Gandhi et la catastrophe de l’usine Union Carbide à Bhopal en 1984. Ses photographies ont circulé dans les plus grands médias internationaux et ses archives constituent aujourd’hui un témoignage irremplaçable sur l’Inde contemporaine.
Raghu Rai était également un poète du quotidien, attentif aux gestes ordinaires, aux lumières d’un marché ou d’un temple, ainsi qu’aux visages anonymes qui composent la réalité d’un pays aussi divers. C’est cette double dimension, le témoignage et la contemplation, que le calendrier Pirelli 2027 ambitionne de capturer.
Une édition marquée par la mémoire, l’héritage et l’émotion
Ce calendrier sera donc, inévitablement, marqué du sceau de la perte. Mais il sera aussi celui d’une transmission rare : un père transmet un projet à sa fille, qui poursuit l’œuvre de son père. Ensemble, à travers le prisme d’un grand calendrier photographique, ils expriment leur vision de la photographie de l’Inde. En choisissant de ne pas remplacer Raghu Rai, mais de le prolonger à travers sa fille, Pirelli fait un choix à la fois humain et artistiquement cohérent.
Le Cal™ 2027 sera publié à la fin de l’année, selon le calendrier habituel. On l’attend avec une curiosité particulière.



