| Courrèges a présenté sa collection printemps 2027 mercredi au Palais de Tokyo, première signée Drew Henry, installé à Paris en mai après Nicolas Di Felice. Elle mêle pantalons amples en lime, vert Kelly ou rouge tomate, vestes aux bords bruts et robe trapèze unisexe. |
Un chapeau orange citrouille informe est posé sur une table du showroom tout blanc de la marque. On jurerait que quelqu’un s’est assis dessus. Voilà le ton que Drew Henry a donné au printemps 2027, présenté mercredi au Palais de Tokyo, et la maison change nettement d’humeur.
Drew Henry est sorti d’une bonne école. Né en Afrique du Sud, il a été formé à Central Saint Martins, puis a travaillé pour Phoebe Philo chez Céline, pour sa propre marque, pour Jonathan Anderson et pour Daniel Lee chez Burberry. Il s’est installé à Paris en mai, après le départ de Nicolas Di Felice. Ce dernier avait passé cinq ans à affûter Courréges, avec des coupes précises et une palette presque monochrome. Passer de cette rigueur à ce défilé en quelques mois, c’est moins un ajustement qu’un changement de cap.












Henry, lui, n’avait que quelques semaines pour préparer son défilé. Ça se voit, et c’est plutôt agréable. Il ne cache pas que la rigueur de la maison le gêne un peu. Ce qu’il cherche, c’est sa part de douceur. « Je trouve cette maison très chaleureuse, pas froide du tout », dit-il.
Le défilé ne s’adresse pas qu’aux hommes, loin de là. Regardons pourtant ce qu’ils peuvent y trouver.
Les vestes et les manteaux étroits ont des bords laissés bruts, des logos en métal et de larges ceintures portées haut sur la taille. Les pantalons, eux, sont amples et se déclinent dans des teintes rarement vues sur un homme : lime, vert Kelly, rouge tomate, pastels crayeux. C’est probablement l’entrée la plus accessible de la collection : un pantalon coloré engage bien moins qu’une robe, et c’est lui qui peut réellement transformer une silhouette masculine sans costume de scène. Le pantalon à fente sur l’ourlet, vieux réflexe de la maison, fait son retour. Quant à la robe trapèze, pièce fétiche de Courrèges, Henry la retourne devant derrière et la déclare unisexe.
Les codes de la maison restent présents, avec des mailles côtelées et des vestes en vinyle, mais Henry les aborde sans cérémonie. Son passage chez Philo transparaît dans des pièces solides : tuniques fines et mailles près du corps, faciles à adopter.
Je ne vous promets pas de croiser la robe au bureau. Je dis seulement qu’elle existe et qu’elle change la donne.
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Henry a passé du temps dans les archives, du côté des débuts de la maison, avant la collection spatiale de 1964 signée André Courrèges. Il y a déniché ce chapeau en forme de citrouille dessiné par Jean Barthet. Il a également retrouvé une cloche futuriste rouge tomate, écrasée depuis des décennies au fond d’une boîte et connue uniquement par des photos en noir et blanc. Il l’a fait refaire en plusieurs exemplaires pour le podium. Ce qui l’amuse, c’est précisément que l’objet soit un peu raté, un peu de travers. Cet humour-là, dit-il, se retrouve dans les vêtements et dans sa manière de travailler.
Les bottines de la collection Moon Girl de 1964 sont de retour. Des chapeaux excentriques et des guirlandes de fleurs en volume complètent le tableau. L’homme qui porte un bonnet sans y penser a de quoi réfléchir.
Sur le tableau d’inspiration de Henry, on trouve James Baldwin, Tracy Chapman et Cher. Trois personnes qui se moquaient de l’opinion des autres. Il y voit l’esprit des débuts de Courrèges, « un côté plutôt punk, et j’adore ça », précise-t-il. Pour un lecteur masculin, Baldwin n’est d’ailleurs pas la référence la plus mal choisie.
Que retenir, concrètement ? Une veste aux bords bruts sur une chemise toute simple. Un pantalon ample dans une couleur franche plutôt que l’éternel gris. Un seul élément un peu fou, comme un chapeau ou une ceinture, et pas trois. Les tailleurs sérieux s’en offusqueront. Tant pis pour eux. L’objectif n’est pas de ressembler à un mannequin de défilé, mais d’apporter une touche d’humour à une garde-robe trop sage, et cette saison s’y prête bien. Les prix ne sont pas encore connus et les pièces n’arriveront en boutique que dans plusieurs mois. Pour l’instant, l’intérêt est de repérer cette tendance avant qu’elle ne s’impose partout.
Soyons honnêtes. Cette première collection n’est pas parfaite. Henry le sait sans doute. Elle montre pourtant quelqu’un qui a des idées à revendre et qui ne cherche pas à plaire à tout prix. Le chapeau, lui, me laisse perplexe : il est amusant, certes, mais il ressemble vraiment à un coussin écrasé.
La saison prochaine dira ce que Drew Henry garde de cet élan et ce qu’il laisse de côté. Reste que, dans un vestiaire masculin qui se prend souvent trop au sérieux, ce Courrèges-là rappelle qu’il est possible de s’habiller avec humour sans être ridicule, et c’est déjà beaucoup.



