La Coupe du monde 2026 n’a pas encore débuté, et elle fait déjà parler bien au-delà des terrains. Entre l’Iran dont le statut reste suspendu dans le vide et l’Italie qui rêve d’entrer par une porte dérobée, un homme d’affaires italo-américain proche de Donald Trump a réussi à transformer une compétition sportive en terrain diplomatique. Son nom : Paolo Zampolli.
Mercredi 22 avril, Zampolli, représentant spécial des États-Unis pour les partenariats mondiaux, a formellement contacté Gianni Infantino, le président de la FIFA, pour lui soumettre une proposition aussi surprenante que directe. Il voudrait que l’Italie prenne la place de l’Iran à la Coupe du monde 2026. L’homme n’a pas cherché à nier. « Je confirme avoir proposé à Trump et à Infantino que l’Italie remplace l’Iran à la Coupe du monde », a-t-il déclaré au Financial Times. Voilà au moins quelqu’un qui assume.
Né à Milan, entretenant depuis toujours des liens personnels avec l’Italie, Zampolli n’en est d’ailleurs pas à son premier coup d’essai. Avant la Coupe du monde 2022 au Qatar, il avait déjà tenté la même manœuvre, en demandant à la FIFA d’exclure l’Iran pour violations des droits de l’homme et d’accorder sa place à la Squadra Azzurra. Cette tentative-là n’avait débouché sur rien. Cette fois, le contexte géopolitique est autrement plus explosif.
Tout a basculé fin février 2026, quand des frappes militaires américano-israéliennes ont frappé le territoire iranien. Dans ce chaos, le ministre iranien des Sports Ahmad Donyamali a pris la parole sur les médias d’État pour annoncer le retrait de son pays du tournoi. « Étant donné que ce régime corrompu a tué notre guide, nous ne pouvons pas participer à la Coupe du monde », a-t-il affirmé, selon Reuters. Des mots forts, prononcés dans un moment de rupture.
Sauf que le retrait officiel, lui, n’a jamais été notifié à Zurich. La FIFA attend toujours un document formel. Et pendant que l’institution temporise, la situation sur le terrain diplomatique évolue. Un cessez-le-feu temporaire entre Washington et Téhéran est entré en vigueur, et selon Politico, l’administration Trump s’attendrait même à voir l’équipe iranienne faire le voyage aux États-Unis. Le 23 avril, la porte-parole du gouvernement iranien Fatemeh Mohejerani a réaffirmé que l’Iran était « pleinement prêt » à participer. On nage en pleine ambiguïté.
Face à ce flou, la FIFA a posé une date butoir : son congrès annuel à Vancouver, le 30 avril. D’ici là, l’instance doit trancher sur le statut iranien. Si un retrait officiel est acté, le règlement lui laisse une latitude totale pour désigner un remplaçant, sans obligation de respecter les frontières confédérales. En clair, la FIFA n’est pas forcée de choisir une équipe asiatique pour combler la place d’une sélection asiatique.
Infantino lui-même s’était pourtant montré catégorique à la mi-avril sur CNBC : l’Iran participerait « à coup sûr » au tournoi, arguant que la sélection s’est qualifiée sportivement et que ses joueurs veulent jouer. Deux semaines plus tard, la certitude a laissé la place au doute.
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Le problème avec cette proposition, c’est qu’elle est difficilement défendable sur le plan sportif. L’Italie n’a pas raté de justesse sa qualification. Elle a été éliminée de façon humiliante, aux tirs au but, par la Bosnie-Herzégovine en finale des barrages européens, 1-1 après prolongation, 4-1 aux penalties. Pour un pays de quatre titres mondiaux, c’est une déconvenue de taille. Et c’est la troisième Coupe du monde consécutive que la Nazionale manque, après 2018 et 2022. Entrer dans un tournoi mondial par la petite porte, après avoir été sorti par la Bosnie – 66e au classement FIFA – c’est précisément ce genre de situation qui suscite le malaise.
Andrea Abodi, le ministre italien des Sports, a d’ailleurs qualifié le scénario d’« hautement improbable », en soulignant qu’une place qualificative asiatique ne peut logiquement revenir à une nation européenne. Ce n’est pas tous les jours qu’un ministre freine l’enthousiasme de son propre pays.
Du côté de l’Asie, l’Irak n’entend pas laisser passer l’opportunité sans réagir. Le staff technique irakien a fait valoir, selon les informations disponibles, que l’Irak, en tant que meilleure équipe asiatique non qualifiée, devrait logiquement être le premier candidat à une éventuelle reprise de la place iranienne. L’argument est solide sur le plan sportif. La FIFA pourrait d’ailleurs opter pour un tournoi de barrage à plusieurs équipes pour trancher la question, si elle souhaitait éviter une décision arbitraire.
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la dimension diplomatique assumée de la démarche. Selon le Financial Times, la proposition de Zampolli viserait aussi à rapprocher Trump de la Première ministre italienne Giorgia Meloni, après des frictions entre les deux dirigeants liées aux déclarations du président américain sur le pape dans le contexte de la guerre contre l’Iran. Le football comme monnaie d’échange politique, c’est un registre qui n’est pas nouveau, mais qui prend ici une ampleur rarement atteinte.
La Coupe du monde 2026 s’ouvrira le 11 juin aux États-Unis, au Mexique et au Canada. Il reste peu de semaines pour que la FIFA rende une décision claire. Et pendant que les diplomates s’agitent, 48 équipes préparent le tournoi. L’Iran est toujours officiellement l’une d’entre elles.



