À cinquante jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, la FIFA a décidé de remettre des billets en vente ce mercredi 22 avril. Une annonce qui tombe à point nommé, mais qui ne règle pas tout.
Cette décision était attendue. Sous pression depuis plusieurs semaines, l’instance dirigeante du football mondial a confirmé la mise en ligne de davantage de billets pour les 104 matchs du tournoi, disponibles dès 11 heures, heure de l’Est, sur le site FIFA.com/tickets. Les catégories 1, 2 et 3 sont concernées, ainsi que la nouvelle catégorie « Avant », qui cristallise toutes les tensions depuis son introduction début avril. Car c’est bien là que le bât blesse.
Une nouvelle catégorie de billets qui brouille les repères
Tout a commencé au début du mois. La FIFA a en effet introduit une catégorie inédite regroupant les places situées dans les premières rangées des tribunes inférieures. Le problème ? Des supporters qui pensaient avoir acheté les meilleurs billets disponibles, de catégorie 1, se sont retrouvés relégués dans des coins du stade, loin du terrain. Le sentiment d’avoir été floué a rapidement envahi les forums et les réseaux sociaux.
L’un d’eux, Ben Kurzman, a témoigné auprès du journal The Athletic que la FIFA avait laissé entendre qu’un billet de catégorie 1 garantissait une place dans une tribune latérale basse, près de la pelouse. Or, selon lui, ce n’est pas du tout le cas. La FIFA n’a pas daigné répondre à une demande de commentaire formulée le 9 avril.
Des prix records qui limitent l’accès au Mondial
Le contexte tarifaire est lourd. Dès décembre 2025, la FIFA avait mis en vente des places allant de 140 dollars pour un match de poule en catégorie 3 à 8 680 dollars pour la finale. Lors de la réouverture des ventes, le 1er avril, les prix avaient encore augmenté, atteignant 10 990 dollars pour les places les plus chères. Une inflation vertigineuse qui représenterait, selon Football Supporters Europe, une hausse de 370 % par rapport à la précédente édition de la compétition.
La nouvelle catégorie « Avant » pousse les curseurs encore plus haut. Certains billets pour le match d’ouverture entre le Canada et la Bosnie-Herzégovine peuvent atteindre 3 360 dollars. Pour des rencontres de huitièmes de finale à Philadelphie, certains sièges frôlent les 3 905 dollars. Des montants qui excluent de fait une grande partie du public populaire, pourtant l’âme de toute Coupe du monde.
Des stades encore loin d’être remplis malgré l’événement
Ce qui complique encore davantage la situation de la FIFA, c’est que les chiffres de vente ne sont pas au rendez-vous. Selon un document interne daté du 10 avril et révélé par le journal The Athletic, seuls 40 934 billets avaient été vendus pour le match d’ouverture des États-Unis face au Paraguay, le 12 juin à Inglewood, en Californie. Le match Iran-Nouvelle-Zélande du 15 avril affichait un peu mieux avec 50 661 places écoulées. Mais le SoFi Stadium de Los Angeles, qui accueillera ces deux rencontres, peut en accueillir environ 69 650. L’écart est conséquent.
Les raisons de cette désaffection sont multiples. Les tarifs prohibitifs en sont la principale explication. Il faut également tenir compte du contexte politique américain : plusieurs observateurs soulignent que l’annonce d’une présence renforcée des agents de l’immigration (ICE) dans les stades pendant le tournoi a clairement refroidi les supporters latino-américains, qui sont pourtant parmi les plus fidèles lors de chaque édition.
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Une stratégie commerciale ambitieuse mais contestée
La FIFA se targue d’avoir déjà écoulé plus de cinq millions de billets pour cette édition, qui s’annonce comme la plus grande de l’histoire, avec 48 équipes et 39 jours de compétition. Le record de fréquentation cumulée établi lors de la Coupe du monde 1994 aux États-Unis, avec 3,5 millions de spectateurs, est dans le viseur. L’organisation veut croire que le compte y sera.
Pour autant, la mise en vente de ce mercredi ressemble davantage à une opération de gestion de crise qu’à une décision sereine. Dans son communiqué, la FIFA rappelle que FIFA.com/tickets est la seule source officielle pour acheter des places et met en garde contre les plateformes de revente non autorisées. Elle précise également que les détenteurs de billets qui ne peuvent plus assister aux matchs peuvent les proposer à la revente via la marketplace officielle.
Une relation de plus en plus tendue avec les supporters
Il faut rappeler que cette crise tarifaire n’est pas nouvelle. Dès décembre 2025, face au tollé provoqué par les prix initiaux, la FIFA avait créé une catégorie « Supporter Entry » à 60 dollars, donnant accès aux 104 matchs du tournoi, y compris à la finale. Un geste consenti sous la pression des associations de supporters, notamment après l’appel de Football Supporters Europe à suspendre immédiatement les ventes. Mais cette concession n’a visiblement pas suffi à endiguer la controverse.
On retrouve là une constante dans la gestion des grandes compétitions modernes : la FIFA réagit lorsque la grogne devient trop forte, mais sans jamais remettre en cause sa politique commerciale. La billetterie de la Coupe du monde 2026 est, à ce jour, la plus onéreuse de l’histoire de la compétition. Et les annonces de ce mercredi, aussi bienvenues soient-elles pour certains supporters, ne changeront rien au fond.
Le tournoi débutera dans cinquante jours. La FIFA espère remplir ses stades. Pour l’heure, elle doit aussi reconquérir la confiance de ceux qui font vivre le football.



