De Boston à Hollywood : l’épopée de l’Onitsuka Tiger Mexico

Par
Stéphane Leonelli
Stéphane Leonelli est rédacteur numérique chez Essential Homme, où il se spécialise dans le domaine des sneakers. Son parcours professionnel comprend également la couverture de la...
9 Minutes de lecture
Onitsuka Tiger Mexico 66

Vous pensez que les baskets japonaises ont conquis le monde grâce aux collaborations hype et aux rééditions limitées ? Détrompez-vous. L’histoire de la Onitsuka Tiger Mexico commence bien avant l’avènement d’Instagram, à une époque où porter une paire de chaussures de sport était avant tout une question de survie physiologique. 1951. Shigeki Tanaka franchit la ligne d’arrivée du marathon de Boston. Il est le premier coureur japonais à remporter l’épreuve. Ses pieds sont enveloppés dans une paire de chaussures Onitsuka, l’ancêtre direct de la légende Mexico. Pour le Japon d’après-guerre, cette victoire représente bien davantage qu’un simple exploit sportif. C’est une revanche symbolique, un pied de nez au destin, la preuve qu’un pays peut se relever grâce au sport.

📌 Repères clés
🏃 1951 : victoire historique de Shigeki Tanaka au marathon de Boston
🇯🇵 Fondateur : Kihachiro Onitsuka, pionnier de la chaussure sportive japonaise
🥇 1968 : consécration aux Jeux olympiques de Mexico
🐯 Design iconique : bandes latérales inspirées du tigre
🎬 Pop culture : Bruce Lee, Game of Death, puis hommage dans Kill Bill
👟 Héritage : ancêtre direct des sneakers lifestyle modernes
🌍 Aujourd’hui : modèle culte produit par Onitsuka Tiger (groupe ASICS)
De Boston à Hollywood : l’épopée de l’Onitsuka Tiger Mexico
Le marathonien japonais Shigeki Tanaka, qui a remporté la médaille d’or au marathon de Boston de 1951, avec paire d’Onitsuka Tiger – © Photo : Onitsuka Tiger

Kihachiro Onitsuka, le fondateur visionnaire derrière la légende

Kihachiro Onitsuka fonde sa société en 1949 à Kobe. Ancien officier militaire, il constate que la jeunesse japonaise sombre dans l’inactivité. Son intuition ? Juvenal avait raison : un esprit sain dans un corps sain. Au lieu de philosopher dans le vide, il transforme cette maxime latine en semelles révolutionnaires. Ses premières créations sont rudimentaires, mais animées d’une obsession : résoudre les problèmes concrets des athlètes. Lorsqu’il interroge le marathonien Toru Terasawa sur les difficultés rencontrées lors des courses de fond, la réponse est sans appel. Les ampoules. Ces boursouflures douloureuses qui transforment les pieds en viande hachée après quarante-deux kilomètres. Les coureurs japonais acceptaient cette torture avec fatalisme, considérant les ampoules comme une épreuve supplémentaire.

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De Boston à Hollywood : l’épopée de l’Onitsuka Tiger Mexico
La paire d’Onitsuka Tiger qui a amené le marathonien japonais à la victoire au marathon de Boston de 1951 – © Photo : Onitsuka Tiger

Onitsuka refuse cette résignation. Un soir de 1960, alors qu’il prend son bain, l’eau chaude plisse la peau de ses orteils. Eurêka ! La chaleur provoque les ampoules. Il comprend alors que la circulation d’air est la clé du problème. Percer des trous dans les chaussures devient une découverte révolutionnaire. C’est de cette intuition aquatique qu’est née la Magic Runner, une chaussure plus légère et mieux ventilée que tout ce qui existait sur le marché.

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1968 : les Jeux olympiques de Mexico et l’apparition des bandes iconiques

En 1966, un tournant esthétique majeur est marqué. Onitsuka cherche alors un élément distinctif pour ses modèles. Les fameuses bandes latérales apparaissent, inspirées par l’élégance et le dynamisme du tigre, animal révéré par le fondateur. Ces rayures ne sont pas qu’ornementales. Elles renforcent également la stabilité de la tige et améliorent l’ajustement global de la chaussure. Fonctionnalité et identité visuelle fusionnent. Il n’est plus question de confondre Onitsuka avec une autre marque.

Les Jeux olympiques de Mexico en 1968 propulsent ces chaussures sous le feu des projecteurs internationaux. Les athlètes japonais foulent les pistes mexicaines, chaussés de ces modèles ornés des griffures latérales désormais emblématiques. Le modèle prend alors le nom définitif de « Onitsuka Tiger Mexico », porteur de l’ADN d’une victoire géographique et sportive. Le cuir très fin s’adapte particulièrement bien aux foulées des sprinteurs. Le monde entier commence alors à remarquer cette griffe nippone en pleine ascension.

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De Boston à Hollywood : l’épopée de l’Onitsuka Tiger Mexico
Bruce Lee dans « Le Jeu de la mort » (1978) de Bruce Lee et Robert Clouse

De la piste au cinéma : Bruce Lee et la consécration culturelle

  1. Bruce Lee est mort depuis cinq ans déjà, mais le film Le jeu de la mort sort enfin sur les écrans. Le Petit Dragon y porte une combinaison jaune et noire devenue mythique. Et aux pieds ? Une paire de Tai-Chi, un modèle dérivé utilisé dans les arts martiaux, arborant la même construction que la Mexico. Le jaune et noir de la chaussure épouse parfaitement la tenue. La scène finale de combat avec Kareem Abdul-Jabbar a gravé cette image dans la mémoire collective. La sneaker acquiert une dimension légendaire, devenant le symbole de la puissance et de la technique martiale.

Vingt-cinq ans plus tard, Quentin Tarantino rend hommage à Bruce Lee dans Kill Bill. Uma Thurman y porte une paire similaire, réactivant ainsi l’héritage cinématographique de cette basket japonaise. Voilà comment une basket de course devient un artefact culturel qui traverse les décennies. La Onitsuka Tiger Mexico ne se limite plus à la performance sportive. Elle dialogue avec le septième art, la pop culture et l’imaginaire collectif des années 1970.

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Uma Thurman dans « Kill Bill: Volume 1 » (2003) de Quentin Tarantino – © Photo : Lionsgate

Phil Knight, Onitsuka Tiger et la genèse de Nike

  1. Phil Knight, coureur de demi-fond et étudiant en MBA, y rencontre Kihachiro Onitsuka. Il cherche alors à importer ces chaussures japonaises pour son étude de marché. Fasciné par la qualité des produits, il fonde Blue Ribbon Sports pour distribuer les Onitsuka Tiger sur le sol américain. Bill Bowerman, entraîneur légendaire et mentor de Steve Prefontaine, se joint à l’aventure. Onitsuka Tiger crée même la Tiger Cortez à la demande de Blue Ribbon Sports.

Cette collaboration ne durera pas éternellement. Blue Ribbon Sports deviendra Nike et prendra son envol en toute indépendance. En 1977, Onitsuka Co. Ltd. fusionnera avec deux autres sociétés pour former ASICS Corporation. La marque Onitsuka Tiger survit aujourd’hui en tant que ligne lifestyle au sein du géant ASICS, perpétuant l’héritage esthétique des premières créations.

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Onitsuka Tiger Mexico Rio Runner

Pourquoi l’Onitsuka Tiger Mexico reste une icône lifestyle aujourd’hui

Aujourd’hui, la Onitsuka Tiger Mexico continue d’être produite, réinterprétée et célébrée. Les amateurs de sneakers fouillent les brocantes pour dénicher des modèles vintage, les maisons de mode collaborent avec la marque et les nouveaux modèles reprennent les codes des années 1960. Certains y voient du rétro-marketing. D’autres, plus lucides, comprennent qu’une chaussure ayant permis de gagner le marathon de Boston en 1951, d’équiper les Jeux olympiques de 1968 et d’accompagner Bruce Lee au cinéma possède une légitimité qui transcende les effets de mode.

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Onitsuka Tiger Mexico 66 Mid Runner

Kihachiro Onitsuka voulait redonner confiance à la jeunesse japonaise par le sport. Il a bâti un empire sur une intuition de baignoire et une admiration pour les félins rayés. Pas mal pour un ancien officier devenu cordonnier philosophe !

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