Plongez au cœur de la vie raffinée d’une famille aristocratique parisienne des années 1780. L’exposition du musée des Arts décoratifs « Une journée au XVIIIe siècle. Chronique d’un hôtel particulier », du 17 février au 5 juillet 2026, invite à traverser un hôtel particulier comme si le temps s’était figé : rituels du lever, secrets de la toilette, codes sociaux, gastronomie, lectures, divertissements et nuits élégantes prennent vie grâce à plus de 550 pièces originales et une mise en scène cinématographique saisissante. Une expérience immersive qui fait revivre, le temps d’un jour, toute la poésie d’un siècle fascinant.
Plus de 550 pièces originales, majoritairement issues des collections du musée et rarement exposées, permettent aux visiteurs de pénétrer dans l’intimité d’une demeure exceptionnelle dans laquelle maîtres, domestiques et animaux familiers cohabitaient selon des codes sociaux précis.
Cette exposition ambitieuse, conçue par Ariane James-Sarazin, conservatrice générale du patrimoine, et Sophie Motsch, attachée de conservation, a été imaginée par le cabinet d’architecture FREAKS, qui a transformé les espaces d’exposition en véritables lieux de vie. La dimension cinématographique, sonore et olfactive de l’événement crée une atmosphère unique qui transcende la simple observation d’objets anciens.

Architecture et intimité d’un hôtel particulier du XVIIIe siècle
Le parcours commence par l’approche de l’hôtel particulier depuis une rue parisienne du XVIIIe siècle. Les visiteurs traversent un environnement urbain fidèlement reconstitué, où l’on entend encore les cris des marchands ambulants. Le porche majestueux marque la transition entre l’espace public bruyant et l’univers privé raffiné des propriétaires.
La cour intérieure abrite une chaise à porteurs et une table amovible de carrosse, qui témoignent des déplacements aristocratiques d’antan. Le jardin dévoile ensuite ses parterres de fleurs en porcelaine, ses treillages délicats et ses plantations disposées avec soin. Cette organisation spatiale illustre parfaitement la distribution classique des hôtels particuliers parisiens, avec une cour intérieure et un jardin.

Dans les coulisses d’une maisonnée aristocratique
L’exposition présente tous les habitants de la demeure. Le portrait de la famille Gohin, peint par Boilly, présente Monsieur et Madame : lui porte son épée de cour et elle est parée de bijoux précieux. Les enfants sont représentés à travers leurs vêtements, leurs jouets et les objets liés à leur éducation.
La domesticité nombreuse et spécialisée occupe une place centrale dans la narration. Les visiteurs découvrent les serviteurs occupés à nettoyer la vaisselle en argent, à préparer les repas, à puiser l’eau à la fontaine de cuivre, à laver et à repasser le linge. Cette présence constante des domestiques révèle la complexité du fonctionnement d’une grande maison aristocratique.
Les animaux familiers, chiens, chats et oiseaux, témoignent d’un attachement affectif nouveau au XVIIIe siècle. Une porcelaine de Meissen représentant un carlin sur un coussin illustre admirablement cette tendance.

Temps, innovations et nouveaux rythmes de vie
Une attention particulière est accordée aux progrès de la mesure du temps. Horloges, cartels, montres, semainiers et almanachs de poche aux reliures luxueuses ponctuent le parcours. Cette nouvelle précision temporelle transforme les habitudes quotidiennes de l’aristocratie, qui allonge progressivement sa journée et retarde l’heure du coucher.
Les progrès techniques concernent également l’éclairage, le chauffage et l’accès à l’eau dans les intérieurs. Ces modifications influencent directement le décor, l’ameublement et les règles de civilité.
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Rituels du matin : lever, toilette et parure sociale
La journée commence aux alentours de sept heures du matin, alors que les domestiques s’affairent depuis quatre heures. Avant de s’habiller, les maîtres font leurs dévotions, puis prennent un bouillon de viande et de légumes servi dans une écuelle à oreilles en porcelaine.
Le lever est un moment convivial où l’on reçoit amis, fournisseurs, secrétaires ou directeurs de conscience pour discuter d’affaires intimes, professionnelles ou domestiques. L’habillement et la coiffure se déroulent souvent devant un cercle restreint.
L’exposition présente une remarquable sélection d’objets liés au soin du corps. Le cabinet de bains, réservé aux plus fortunés, nécessite un chauffe-bain en cuivre pour préparer la baignoire. La toilette est ordinairement sèche et se limite à l’usage de l’aiguière et de son bassin, ainsi que de boîtes à savon et à éponge.
Les perruques, faites de cheveux naturels et poudrées, sont portées par les hommes, les femmes et les enfants. Comme le souligne le propos de l’exposition, la parure et les habits reflètent la place que l’on occupe dans la société. Parfums, fards et mouches, conservés dans des flacons et des boîtes richement décorés, complètent la toilette quotidienne.

Espaces privés : lecture, loisirs et quête de savoir
La bibliothèque est un lieu moins formel que le reste de l’hôtel particulier. Les gentilshommes y cultivent leur goût pour la science, la philosophie, les arts et leur curiosité pour l’ailleurs, notamment la Chine et le Japon. On peut y être simplement vêtu d’une robe de chambre, d’un bonnet d’intérieur et de mules aux soieries colorées.
Le boudoir de Madame constitue le pendant féminin de la bibliothèque. Installée dans une ottomane, elle se livre à la lecture, à l’écriture sur son « bonheur-du-jour », au dessin ou aux travaux d’aiguille. Elle confectionne des ouvrages en perles tissées ou s’adonne à la fabrication de nœuds et de cordelettes en fils de soie à l’aide de navettes luxueuses.
Arts de la table : raffinement gastronomique et codes du repas
Le dîner, pris entre 14 h et 16 h, se déroule dans la salle à manger, une pièce spécialisée qui apparaît dans les demeures aristocratiques au XVIIIe siècle. Le mobilier permanent comprend une fontaine murale pour se laver les mains, des chaises souvent cannées, des consoles-dessertes et des rafraîchissoirs dans lesquels verres et bouteilles sont conservés au frais.
La grande table, composée de simples tréteaux jusqu’à la fin du siècle, est dressée autour d’un somptueux surtout de table en verre filé destiné à stimuler la conversation. Le service « à la française » consiste à disposer tous les plats garnis simultanément sur la table. Les verres sont apportés à la demande, conformément aux usages de l’époque.
La collation occupe une place importante dans l’après-dîner. Le chocolat, le thé ou le café, produits de luxe importés et réservés à l’élite, sont servis dans des pièces d’orfèvrerie et de porcelaine spécialement conçues à cet effet. Pour éviter de se brûler, on renverse la boisson de la tasse dans la soucoupe, que l’on porte directement à ses lèvres.
Le souper est pris de plus en plus tard, entre 20 h 30 et 23 h. Ce repas intime, pris en petit comité, entraîne la création de meubles « volants » et légers, à roulettes, aisément déplaçables.

Jeux, musique et élégance des soirées aristocratiques
Priser le tabac est une pratique très en vogue au XVIIIe siècle. Le proposer à autrui est un signe d’honneur et de distinction. Le tabac est conservé dans des tabatières fabriquées dans des matériaux rares et précieux, assorties à la tenue selon la saison et l’heure de la journée.
Le jeu a généralement lieu le soir. Un mobilier spécifique est progressivement conçu : des tables pour le trictrac, l’hombre, le quadrille, le brelan ou la bouillotte, respectivement rectangulaires, carrées, triangulaires et circulaires. Les menuisiers inventent également les voyeuses et les ponteuses, des sièges sur lesquels on s’assoit à genoux ou à califourchon.
La pratique musicale occupe également les soirées. Comme le précise le commissaire, « c’est le règne des petits genres musicaux, comme la cantate française, la sonate, les suites et les arrangements des grands airs d’opéra à la mode, interprétés par deux ou trois instrumentistes ». La harpe, le clavecin, la guitare, la flûte traversière et le violon sont particulièrement prisés des amateurs qui se produisent devant un petit cercle d’intimes.
Le coucher : la fin d’une journée sous le signe du luxe et de la civilité
L’exposition se clôt sur l’heure du coucher. Hommes et femmes enfilent une chemise de nuit blanche après s’être nettoyé le visage. Monsieur couvre sa tête d’un bonnet de nuit, tandis que Madame protège sa chevelure dans un bonnet dit « dormeuse ». Une collation est parfois laissée sur la table de chevet et une veilleuse diffuse sa pâle lueur.
Après une soirée mondaine et divertissante, parfois conclue par un medianoche, il est largement minuit lorsque les maîtres s’endorment. Cette journée minutieusement reconstituée illustre parfaitement la citation de Talleyrand qui figure en exergue de l’exposition : « Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c’est que le plaisir de vivre. »
Cette exposition est une référence incontournable pour comprendre l’art de vivre de l’aristocratie française à son apogée. La richesse des objets présentés (boiseries, papiers peints, mobilier, céramique, orfèvrerie, vêtements, accessoires de mode, jouets, bijoux) offre une vision complète et nuancée d’une époque révolue. Le parti pris immersif et sensoriel transforme la visite en une expérience mémorable qui dépasse largement la simple contemplation d’objets historiques.

Questions fréquentes
Quelle est la durée idéale pour visiter l’exposition ?
La visite dure environ 1 h 15 à 1 h 30 selon le temps passé dans chaque espace immersif.
L’exposition convient-elle aux enfants ?
Oui, grâce aux mises en scène visuelles et sonores, mais elle reste surtout adaptée aux adolescents et aux adultes.
Combien d’objets sont présentés ?
L’exposition réunit plus de 550 pièces originales issues des collections du musée et rarement montrées au public.
L’exposition est-elle entièrement immersive ?
Oui, la scénographie inclut sonorisation, atmosphères visuelles et évocations olfactives pour recréer la vie quotidienne en 1780.



