| Piaget présente la montre Andy Warhol « Camouflage » Limited Edition, produite à 86 exemplaires en hommage à l’année 1986. Son boîtier en or blanc de 45 mm accueille un cadran de 27 fragments de sodalite, turquoise et or. Elle embarque le calibre automatique 501P1. Son prix indicatif est de 74 000 francs suisses (environ 80 610 €). |
Quatre-vingt-six exemplaires, en clin d’œil à l’année 1986. Pour cette deuxième édition annuelle en collaboration avec la Fondation Andy Warhol for the Visual Arts, Piaget s’est inspiré des autoportraits « Camouflage » peints par l’artiste américain quelques mois avant sa disparition. La nouvelle montre Andy Warhol « Camouflage » Limited Edition abandonne l’or jaune de l’an dernier pour l’or blanc. Son cadran associe sodalite, turquoise et deux ors dans une marqueterie qui a demandé plus de cent heures de travail.

Andy Warhol possédait 313 montres, dont plusieurs Piaget
Andy Warhol aimait les montres. Beaucoup. Il en possédait 313, qu’il rangeait dans les tiroirs de ses commodes plutôt que de les exposer. Sotheby’s les a dispersées en 1988 lors d’une vente de dix jours consacrée à sa succession. Sept d’entre elles portaient la signature Piaget, selon la maison (le New York Times en comptait huit), dont la référence 15102. Ce boîtier coussin à godrons de 45 mm, dessiné par Jean-Claude Gueit alors directeur artistique de la maison, a été produit en petite série de 1972 à 1977 : 26 exemplaires seulement d’après Time+Tide. Warhol l’achète en 1973. Le modèle sera plus tard surnommé Black Tie.
L’artiste avait d’ailleurs un avis sur le temps qui passe. « They always say time changes things, but you actually have to change them yourself » (« On dit toujours que le temps change les choses, mais en réalité il faut les changer soi-même »), écrivait-il en 1975 dans The Philosophy of Andy Warhol.

Piaget et la Fondation Andy Warhol officialisent leur partenariat en 2024
La maison fondée en 1874 à La Côte-aux-Fées par Georges Édouard Piaget avait déjà ressorti cette montre en 2014 sous le nom de Black Tie Vintage. Sans pouvoir parler de Warhol. Il a fallu attendre 2024 et un partenariat avec la Fondation Andy Warhol for the Visual Arts pour que la collection soit rebaptisée « Andy Warhol Watch ». Le contrat prévoit une pièce de collection par an, tirée d’une œuvre précise de l’artiste.
La première est sortie en 2025. Baptisée « Collage », elle est limitée à 50 exemplaires en or jaune et superpose sur fond d’onyx noir des aplats d’opale rose, de chrysoprase verte et de serpentine jaune de Namibie. Le site SJX Watches l’avait annoncée à 67 000 francs suisses.
Pour la fondation new-yorkaise, l’affaire dépasse la simple vitrine. Créée en 1987 selon les dernières volontés du peintre, elle a versé plus de 260 millions de dollars de subventions à plus d’un millier d’organisations artistiques, surtout aux États-Unis, en particulier à des projets expérimentaux ou peu exposés. Les revenus des licences, celle-ci comprise, alimentent directement sa dotation. Ni Piaget ni la fondation ne précisent la part qui lui revient sur chaque montre vendue.

Les autoportraits Camouflage de 1986 inspirent Piaget
La série Camouflage date de 1986. Warhol part d’un Polaroid de lui-même coiffé de sa perruque hérissée, puis recouvre son visage d’un motif militaire sérigraphié à l’acrylique. Le Philadelphia Museum of Art en conserve une version rose vif et rouge sur fond noir. Il meurt en février 1987 et ces toiles comptent parmi ses tout derniers autoportraits. On y voit souvent une réflexion sur la célébrité : l’homme le plus photographié de New York qui choisit de se dissimuler.
Reproduire le tableau sur un cadran aurait été la solution de facilité. Piaget l’a écartée.
« Notre objectif est de nous inspirer des créations d’Andy Warhol sans reproduire stricto sensu l’une de ses œuvres sur un cadran », explique Stéphanie Sivrière, directrice artistique de Piaget. Pour elle, le lien entre l’artiste et la maison tient à la couleur, et en particulier aux pierres ornementales.
Les verts kaki et les roses acides des toiles ont donc été remplacés par deux bleus minéraux. « Nous avons déconstruit le travail original d’Andy Warhol pour le réinterpréter à travers le prisme contemporain de Piaget », poursuit-elle.

Un cadran de 27 fragments de sodalite, turquoise et or
Sur le cadran, 27 fragments s’imbriquent : de la sodalite et de la turquoise, entre lesquelles s’intercalent des pièces d’or jaune satiné et d’or rose poli. La sodalite, d’un bleu profond parfois veiné de blanc, tranche avec la turquoise, plus claire et plus laiteuse. Le métal apporte un relief que la toile de Warhol, parfaitement plate, ne cherchait pas. L’idée tient la route : le camouflage militaire repose sur des taches qui brouillent les volumes, et Piaget lui donne au contraire une profondeur.
Ce travail de la pierre ne date pas d’hier chez Piaget. La maison a introduit les pierres ornementales sur ses cadrans dès 1963, et plus d’une trentaine figuraient déjà à son catalogue à la fin de la décennie, du lapis-lazuli au corail en passant par le jade et l’opale. Une matière capricieuse. Les plaques cassent à la découpe et les veines ne se commandent pas, si bien qu’aucun des 86 cadrans ne présentera exactement le même dessin.
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Un boîtier en or blanc de 45 mm animé par le calibre 501P1
Le boîtier coussin à godrons, ces gradins qui encadrent le cadran, conserve ses 45 mm de large pour 8,08 mm d’épaisseur, en or blanc 18 carats rhodié cette fois. Les aiguilles dauphine polies affichent les heures et les minutes, rien de plus. Sous le fond plein travaille le calibre automatique de manufacture 501P1. Dérivé du 430P, un mouvement extra-plat à remontage manuel, il mesure 3,63 mm d’épaisseur, fonctionne à 4 Hz (28 800 alternances par heure, soit la cadence courante d’une montre mécanique moderne) et offre 40 heures de réserve de marche. Le fond porte la signature de Warhol et le numéro de l’exemplaire, gravés. Étanche à 30 mètres, la montre se porte sur un bracelet en alligator bleu à boucle ardillon.
Tout n’est pas irréprochable pour autant. SJX Watches estime que le mouvement « reste efficace mais sans relief » et aimerait un calibre plus élaboré, avec davantage d’autonomie. Cette remarque pèse d’autant plus que l’article a été publié en partenariat avec Piaget. Le même site note toutefois que la montre semble plus petite que ses 45 mm ne le laissent croire, grâce à des cornes intégrées à la carrure : elle ne mesure en effet que 43 mm d’une extrémité à l’autre. Le choix du fond plein se comprend, puisque l’intérêt de la pièce se trouve côté cadran.

Piaget n’affiche pas de prix public. Monochrome Watches avance le chiffre de 74 000 francs suisses, soit 7 000 de plus que la « Collage ». Pour comparaison, l’Andy Warhol Clou de Paris de la collection permanente, en or blanc et cadran météorite, était lancée à 56 000 francs suisses en 2024. La marqueterie et la série limitée se paient donc environ 18 000 francs suisses, pour 40 heures de réserve de marche qui paraissent courtes à ce niveau de prix. Les 86 exemplaires sont distribués dans les boutiques de la marque et chez ses revendeurs agréés.
Le contrat avec la fondation est toujours en vigueur et une troisième édition est attendue en 2027. Warhol a laissé des boîtes de soupe Campbell’s, des billets d’un dollar, des fleurs sérigraphiées et des centaines de Polaroid. Autant de pistes pour Stéphanie Sivrière et ses artisans, à condition de garder la règle fixée dès le départ : s’inspirer de l’œuvre sans jamais la recopier. La Camouflage la respecte et c’est sa marqueterie, bien plus que la signature gravée au dos, qui l’empêche de passer pour un produit dérivé de luxe.


