Un simple coup de fil a suffi Ă faire trembler tout un tournoi. Le prĂ©sident amĂ©ricain a affirmĂ© avoir appelĂ© Gianni Infantino. RĂ©sultat : Folarin Balogun, lâattaquant vedette des Ătats-Unis, a retrouvĂ© sa place sur le terrain alors quâil aurait dĂ» purger une suspension automatique. Cette affaire, sans prĂ©cĂ©dent dans lâhistoire de la Coupe du monde, continue dâagiter la planĂšte football ce lundi.
Tout a commencĂ© mercredi dernier, Ă Cincinnati, lors du huitiĂšme de finale entre les Ătats-Unis et la Bosnie-HerzĂ©govine. Balogun percute son adversaire, Tarik Muharemovic, et son crampon se loge dans la cheville du dĂ©fenseur. Lâarbitre brĂ©silien, Raphael Claus, consulte la vidĂ©o et sort le carton rouge. Sanction automatique : une rencontre de suspension. Mais rien ne sâest dĂ©roulĂ© comme prĂ©vu.
Le coup de fil présidentiel qui fait basculer le dossier Balogun
Selon plusieurs sources concordantes, dont lâAgence France-Presse et le New York Times, le prĂ©sident amĂ©ricain a personnellement appelĂ© le prĂ©sident de la FIFA dĂšs le lendemain du match. Il souhaitait comprendre pourquoi son attaquant avait Ă©tĂ© sanctionnĂ© pour un match qui nâavait pas encore Ă©tĂ© jouĂ©.
« Je nâai pas dit ce quâil devait faire. Je ne peux pas lui dire ce quâil doit faire », a assurĂ© Donald Trump depuis le Bureau ovale. Il a ajoutĂ© quâil nâavait pas cru, sur le moment, Ă lâexistence dâune faute. « Deux hommes qui courent Ă pleine vitesse et se percutent », voilĂ comment il a rĂ©sumĂ© la scĂšne.
Dimanche, la commission de discipline de la FIFA a annoncĂ© sa dĂ©cision. Elle ne se base pas sur un simple oubli de procĂ©dure. Elle invoque lâarticle 27 du code disciplinaire, qui permet de prononcer un sursis. ConcrĂštement, la suspension de Balogun est gelĂ©e pour une pĂ©riode probatoire dâun an. Il pourra donc jouer contre la Belgique.
Trump nâa pas cachĂ© sa satisfaction. Il a remerciĂ© la FIFA dâavoir, selon ses mots, rĂ©parĂ© une injustice.
Infantino invoque lâindĂ©pendance de la FIFA sous un feu politique
Face Ă la tempĂȘte, Gianni Infantino a pris la parole. Il confirme lâappel. Il refuse toutefois dâadmettre quâune quelconque pression ait Ă©tĂ© exercĂ©e sur ses services.
« Câest ainsi que fonctionne le systĂšme de la FIFA », a-t-il expliquĂ© dans un communiquĂ©, rappelant lâindĂ©pendance de ses instances judiciaires. Une formule qui nâa convaincu ni les fĂ©dĂ©rations europĂ©ennes ni les observateurs du dossier.
En effet, le contexte nâest pas favorable Ă Infantino. Les statuts de la FIFA imposent en effet une stricte neutralitĂ© politique. Or, depuis des mois, les deux hommes affichent une proximitĂ© assumĂ©e. En dĂ©cembre dernier, le prĂ©sident de la FIFA avait remis Ă Donald Trump un prix de la paix créé pour lâoccasion. La FIFA a Ă©galement installĂ© des bureaux dans un immeuble appartenant Ă la famille du prĂ©sident, Ă Manhattan.
Une plainte pour violation de la neutralitĂ© politique de la FIFA avait dâailleurs dĂ©jĂ Ă©tĂ© dĂ©posĂ©e en dĂ©cembre par une ONG. La semaine derniĂšre, cinquante eurodĂ©putĂ©s ont demandĂ© que ce dossier soit traitĂ©.
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La Belgique et lâUEFA dĂ©noncent une ligne rouge franchie
De son cĂŽtĂ©, la FĂ©dĂ©ration royale belge de football nâa pas mĂąchĂ© ses mots. Elle rĂ©clame des explications depuis dimanche. Elle nâen a reçu aucune.
Un appel a bien été déposé, mais il a été rejeté.
En confĂ©rence de presse, le sĂ©lectionneur belge Rudi Garcia nâa pas cachĂ© son amertume. Il a comparĂ© le 5 juillet Ă un 1er avril footballistique, expliquant que son Ă©quipe ne dĂ©fendait ni son maillot ni sa fĂ©dĂ©ration, mais lâintĂ©gritĂ© mĂȘme du jeu.
LâUEFA, lâinstance qui gouverne le football europĂ©en, est montĂ©e au crĂ©neau dans la foulĂ©e. Dans un communiquĂ©, elle a dĂ©noncĂ© une dĂ©cision qui, selon elle, avait franchi une ligne rouge. Dâanciens grands noms du football se sont Ă©galement exprimĂ©s. Wayne Rooney a parlĂ© dâune disgrĂące absolue. Gary Neville a jugĂ© la dĂ©cision insupportable pour lâimage du sport.
Du cÎté américain, en revanche, la tonalité est bien différente.
La FIFA face au soupçon dâun traitement rĂ©servĂ© aux stars
Ce nâest pas la premiĂšre fois que lâarticle 27 du code disciplinaire refait surface au cĆur dâune polĂ©mique. Cristiano Ronaldo en avait lui aussi bĂ©nĂ©ficiĂ© cette annĂ©e, lors des qualifications, aprĂšs un coup de coude litigieux. Deux rencontres de suspension sur trois avaient alors Ă©tĂ© suspendues, ce qui lui avait permis de disputer lâouverture de la Coupe du monde avec le Portugal.
Certains y voient une tendance de fond. La FIFA trouverait rĂ©guliĂšrement le moyen de maintenir ses plus grandes stars sur le terrain, quitte Ă assouplir ses propres rĂšgles. Lâan dernier dĂ©jĂ , lâinstance avait modifiĂ© les critĂšres dâaccĂšs Ă la Coupe du monde des clubs pour intĂ©grer lâInter Miami, le club de Lionel Messi.
Mauricio Pochettino, le sĂ©lectionneur de lâĂ©quipe amĂ©ricaine, a prĂ©fĂ©rĂ© dĂ©fendre son joueur plutĂŽt que la procĂ©dure elle-mĂȘme. Selon lui, ce nâĂ©tait pas un carton rouge. Il a rappelĂ© que son Ă©quipe avait dĂ©jĂ payĂ© le prix fort en jouant Ă dix contre la Bosnie-HerzĂ©govine pendant une demi-heure.
Folarin Balogun, meilleur buteur de lâĂ©quipe amĂ©ricaine avec trois rĂ©alisations, a fait preuve de prudence dans ses dĂ©clarations publiques. Il a Ă©voquĂ© son envie de montrer lâexemple aux plus jeunes qui le regardent. Ses coĂ©quipiers, eux, nâont pas cachĂ© leur soulagement. Christian Pulisic a racontĂ© avoir vu un immense sourire sâafficher sur le visage de son coĂ©quipier dĂšs lâannonce de la nouvelle.
Quand la Maison-Blanche entre dans la mécanique disciplinaire du football
Plusieurs relais politiques et juridiques amĂ©ricains se sont mobilisĂ©s dans les jours qui ont suivi le match. Le secrĂ©taire dâĂtat Marco Rubio a mĂȘme jugĂ© que lâĂ©quipe nationale avait Ă©tĂ© lĂ©sĂ©e par lâarbitrage. Howard Lutnick, le secrĂ©taire au Commerce, proche dâInfantino, aurait Ă©galement suivi le dossier de prĂšs.
Andrew Giuliani, Ă la tĂȘte de la cellule de la Maison-Blanche dĂ©diĂ©e Ă la Coupe du monde, a coordonnĂ© les Ă©changes avec les avocats de la FĂ©dĂ©ration amĂ©ricaine.
Tout ceci constitue un tableau sans prĂ©cĂ©dent dans lâhistoire du football. Une intervention prĂ©sidentielle assumĂ©e publiquement, capable de modifier le cours sportif dâun tournoi mondial. La question qui se pose dĂ©sormais dĂ©passe le simple sort de Folarin Balogun.
Elle touche à la crédibilité des instances chargées de faire respecter les rÚgles du jeu.
Il reste une rencontre Ă jouer, ce lundi soir Ă Seattle, face Ă la Belgique. Et un climat Ă©lectrique, oĂč chaque dĂ©cision arbitrale sera scrutĂ©e Ă la loupe.
Le prĂ©sident Trump, attendu Ă Ankara pour un sommet de lâOTAN, suivra la rencontre Ă distance. Gianni Infantino, lui, devra composer avec une confiance Ă©branlĂ©e au sein du football europĂ©en. Quant Ă Folarin Balogun, il nâaura dâautre choix que de rĂ©pondre sur le terrain Ă une polĂ©mique quâil nâa pas provoquĂ©e.



