YEMA Spacegraf Heure SidĂ©rale, le ciel de Besançon au rythme d’un tourbillon volant

Sur les hauteurs de Besançon, une lunette méridienne attend des étoiles que plus personne n’observe. YEMA en tire une Spacegraf dont le cadran suit le ciel, minute après minute.

Par
Vincent Mechet
Pigiste spécialisé en horlogerie, Vincent Méchet décrypte l’univers des montres avec précision et passion. Entre savoir-faire traditionnel et innovations, il met en lumière aussi bien les...
13 Minutes de lecture
YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d'un tourbillon volant - © Photo : YEMA
La YEMA Spacegraf Heure Sidérale Tourbillon Volant Édition Limitée est une montre de 42 mm en titane, produite à 150 exemplaires et vendue 14 500 euros. Son calibre CMM.32, assemblé à Morteau, associe un tourbillon volant à un disque céleste qui tourne en 23 h 56 min 4 s. Les livraisons débutent en décembre 2026.

Sur les hauteurs de Besançon, un pavillon au toit ouvrant abrite toujours une vieille lunette méridienne. Personne n’y relève le passage des étoiles depuis les années 1980. C’est pourtant de cette salle silencieuse que YEMA a tiré l’inspiration pour sa nouvelle montre, la Spacegraf Heure Sidérale Tourbillon Volant Édition Limitée. Il s’agit d’une montre de 42 mm en titane, produite à 150 exemplaires numérotés, proposée à 14 500 euros. Et surtout, selon la marque, la création la plus complexe sortie cette année de ses ateliers de Morteau.

Le programme tient en deux mots. Heure sidérale. Tourbillon volant. Autrement dit, un disque qui fait le tour du cadran en 23 h 56 au lieu de 24 h, au rythme des étoiles, et une cage qui semble flotter sous le verre.

YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d'un tourbillon volant
YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d’un tourbillon volant – © Photo : YEMA
📌 Repères clés
⌚ La YEMA Spacegraf Heure Sidérale Tourbillon Volant est produite à 150 exemplaires numérotés et vendue 14 500 euros.
🌌 Son disque « voûte céleste » effectue un tour en 23 h 56 min 4 s, la durée d’un jour sidéral.
⚙️ Le calibre CMM.32 offre 105 heures de réserve de marche et une résistance annoncée de 5 000 G.
🔭 La montre rend hommage à l’observatoire de Besançon, créé en 1878 pour certifier la précision des montres comtoises.
📦 Les premières livraisons sont prévues pour décembre 2026.

L’observatoire de Besançon, berceau de la précision horlogère française

Pour comprendre cette démarche, il faut remonter à 1878. Cette année-là, un décret présidentiel dote Besançon d’un observatoire astronomique, météorologique et chronométrique. La ville n’a pas été choisie pour la pureté de son ciel. Elle l’a été parce que ses horlogers, alors au sommet de la production française, avaient besoin d’un juge impartial pour certifier la précision de leurs montres. Le seul juge fiable de l’époque se trouvait au-dessus de leurs têtes.

L’instrument clé s’appelait le cercle méridien. Sa lunette ne fixe qu’une seule ligne du ciel : l’axe nord-sud. Lorsqu’une étoile la franchit, l’astronome obtient à la fois l’heure exacte et la position de l’astre. Les montres déposées à l’observatoire étaient ensuite comparées à cette référence pendant des semaines, puis frappées du fameux poinçon à tête de vipère lorsqu’elles passaient les épreuves. Ce service a d’ailleurs connu une seconde vie. Abandonné dans les années 1970, le poinçon à tête de vipère a été relancé en 2007 à la demande d’horlogers et l’observatoire, placé sous la tutelle de l’université de Franche-Comté et du CNRS, participe encore aujourd’hui à l’établissement du temps atomique français.

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Le lien avec YEMA n’a rien d’artificiel. La marque a été fondée en 1948 à Besançon par Henry-Louis Belmont, avant de s’installer à Morteau, à une soixantaine de kilomètres de là, dans le Haut-Doubs. Revenir à l’observatoire, c’est revenir à la maison. Le nom Spacegraf, lui, renvoie à une autre filiation céleste. En 1982, Jean-Loup Chrétien, premier Européen de l’Ouest dans l’espace, décollait de Baïkonour avec une YEMA Spationaute au poignet : la première montre française à quitter l’atmosphère.

YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d'un tourbillon volant
YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d’un tourbillon volant – © Photo : YEMA

L’heure sidérale de YEMA suit les étoiles en 23 h 56 min 4 s

Sur le cadran, la complication se lit à 12 h. Un disque baptisé « voûte céleste » y effectue un tour complet en 23 heures, 56 minutes et 4 secondes. Pas en 24 heures.

Cette différence mérite qu’on s’y arrête, car elle fait tout l’intérêt de la montre. Notre heure civile repose sur le jour solaire, c’est-à-dire le temps qui sépare deux passages du Soleil au même méridien. Mais pendant que la Terre tourne sur elle-même, elle avance également sur son orbite. Mesurée par rapport aux étoiles lointaines, sa rotation est donc plus courte d’environ quatre minutes. Ces quatre minutes s’additionnent jour après jour jusqu’à représenter une journée entière au bout d’un an. Une étoile observée à 22 heures ce soir se présentera au même endroit vers 21 h 56 le lendemain.

Le disque de la Spacegraf suit précisément ce décalage. Il montre en continu la portion de ciel visible au-dessus de l’observateur, là où le cercle méridien de Besançon attendait que le ciel défile devant sa lunette immobile. L’idée est simple sur le papier. Sa mise en œuvre l’est beaucoup moins, puisqu’il faut un rapport d’engrenages capable de produire cette période sans dériver de façon visible au fil des mois.

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Un point mérite toutefois d’être éclairci auprès de la marque. Une carte du ciel n’est exacte que pour une latitude donnée et le dossier de presse ne précise ni celle qui a servi de référence, ni la manière de caler le disque lors de la mise à l’heure. Pour un amateur d’astronomie, ces détails comptent.

YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d'un tourbillon volant
YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d’un tourbillon volant – © Photo : YEMA

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Le calibre CMM.32 prolonge trois générations de tourbillons YEMA

À 6 heures, le cadran s’ouvre sur le second dispositif de la montre. Un tourbillon volant est visible côté cadran comme à travers le fond saphir, sur lequel les ponts bleu nuit du calibre sont gravés de constellations.

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Le tourbillon, breveté par Abraham-Louis Breguet en 1801, fait tourner l’échappement et le balancier dans une cage mobile afin de compenser les effets de la gravité sur la précision. Sa version volante supprime le pont supérieur. La cage ne tient alors plus que par sa base, ce qui dégage la vue et donne cette impression de suspension. La contrepartie est exigeante, car l’équilibrage des pièces ne pardonne aucune approximation.

Chez YEMA, ce sujet n’est plus une nouveauté. Le calibre CMM.30, conçu par l’horloger Olivier Mory, a fait ses débuts en 2023 dans la Yachtingraf Tourbillon Marégraphe, éditée à l’occasion des 75 ans de la marque en deux séries de 75 exemplaires. Deux ans plus tard, le CMM.31 équipait une Superman Tourbillon limitée à 100 pièces et vendue 12 000 euros. Le CMM.32 de la Spacegraf reprend les fondamentaux de cette lignée. On y retrouve une réserve de marche de 105 heures, assurée par un grand barillet, ainsi qu’une résistance aux chocs annoncée jusqu’à 5 000 G dans toutes les directions. Des chiffres rares pour un tourbillon, complication réputée fragile, même si la marque ne détaille pas le protocole de test.

YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d'un tourbillon volant
YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d’un tourbillon volant – © Photo : YEMA

Un boîtier en titane grade 5 de 42 mm et un cadran céleste luminescent

Le boîtier de 42 mm est taillé dans du titane de grade 5, brossé verticalement sur la carrure et circulairement sur la lunette. Son épaisseur se limite à 12,15 mm, une cote raisonnable pour une montre qui superpose un tourbillon et un disque astronomique. Elle reste étanche à 100 mètres et se porte sur un bracelet en cuir noir fermé par une boucle ardillon en titane.

Au sommet, un verre saphir double dôme fait office de coupole d’observatoire. Le cadran noir reçoit un fin sablage sous un revêtement PVD et est entouré de minuteries au brossage circulaire. Au-dessus du disque céleste, un second verre saphir passe progressivement du fumé au transparent.

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Reste la nuit. Index, aiguilles, chiffres et disque sont traités au Super-LumiNova BGW9 Grade X1. Selon la marque, les index et les aiguilles ne sont pas simplement peints, mais façonnés dans des blocs massifs de matière luminescente qui brillent sur toute leur épaisseur. Une fois la lumière éteinte, c’est le ciel entier qui s’illumine sur le cadran.

YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d'un tourbillon volant
YEMA Spacegraf Heure Sidérale, le ciel de Besançon au rythme d’un tourbillon volant – © Photo : YEMA

À 14 500 €, la Spacegraf monte en gamme face aux autres tourbillons

La question du prix se pose forcément. Par rapport à la Superman Tourbillon, l’écart atteint 2 500 euros. Il rémunère la complication sidérale et un boîtier spécifique ; le tirage plus large, porté à 150 exemplaires, ne justifie pas à lui seul cette hausse. En trois ans, le tourbillon YEMA est ainsi passé de 9 990 euros pour la Yachtingraf à 14 500 euros aujourd’hui. Le prix reste raisonnable pour la catégorie, mais YEMA n’est plus seule sur ce terrain. Le suisse BA111OD vient d’afficher un tourbillon volant à 9 800 francs suisses et Louis Erard proposait le sien à 15 900 francs en 2024, sur une base de mouvement partagée avec d’autres marques. Reste un détail que la marque met moins en avant : selon son propre tableau d’origine, le boîtier, le cadran et les aiguilles viennent de Suisse, tout comme la conception du calibre. Morteau fabrique les ponts et les platines, puis assemble le tout. Les premières livraisons sont annoncées pour décembre 2026.

La maison range cette montre dans sa gamme « Millésime », une édition annuelle inaugurée en 2025 avec la Superman Tourbillon, qui, selon elle, désigne ce qu’elle « sait faire de mieux » : une pièce façonnée à la main en très petite série. La formule relève de la communication. Les éléments concrets, eux, tiennent la route. Un calibre développé et assemblé à Morteau, une complication peu répandue dans cette catégorie de prix, et un lien historique solide avec Besançon.

Le dernier mot revient au ciel. Les horlogers comtois de 1878 gravissaient la colline pour vérifier leurs montres à l’aide des étoiles. Cent quarante-huit ans plus tard, la Spacegraf leur propose de faire le chemin inverse et de garder ces mêmes étoiles au poignet.

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