Mardi soir, Anthony Vaccarello a présenté sa collection automne 2026 pour SAINT LAURENT, et dès les premiers pas sur le tapis chocolat de la Bourse de Commerce, le message était clair. Le directeur artistique de la maison a orchestré un défilé flirtant avec l’obscurité, la sensualité voilée et cette élégance un brin sulfureuse qui fait la signature de la marque depuis des décennies.
| 📌 Repères clés |
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| 🎩 Maison : SAINT LAURENT 👤 Directeur artistique : Anthony Vaccarello 🗓️ Saison : Automne 2026 – Homme 📍 Lieu : Bourse de Commerce, Paris 📚 Inspiration majeure : Giovanni’s Room de James Baldwin 🖤 Couleur dominante : Noir absolu ✂️ Silhouette : Épaules marquées, taille cintrée, volumes contrastés 🌈 Thématique centrale : Masculinité contemporaine, désir, queer attitude |

Le noir comme manifeste esthétique chez SAINT LAURENT
Finies les couleurs saturées du printemps dernier. Vaccarello opère un virage à 180 degrés. Le noir domine, absolu, presque ecclésiastique. Les mannequins déambulent sous une lumière crépusculaire, silhouettes élancées drapées dans des tenues taillées évoquant le mystère et la retenue. Seuls quelques reflets sur les souliers vernis à bout carré attirent le regard. Le caban que portait Lucien Pagès, le guru des relations presse, en sortant du défilé ? Exactement ce noir-là, profond, presque liquide, qui avale la lumière.
Silhouette masculine en X : la nouvelle architecture Vaccarello
Vaccarello a affiné son travail sur la structure masculine. Les vestes présentent des épaules marquées et des tailles cintrées, créant cette silhouette en X qui est devenue la marque de fabrique du créateur. Vue de dos, la silhouette frappe encore davantage. Les proportions semblent plus marquées, la taille plus cintrée. Pourtant, rien de féminin, précise le créateur en coulisses. Il s’agit plutôt d’une réinvention de la masculinité, loin des codes éculés et des clichés de virilité carrée.
Les pantalons flottent largement sur la jambe et se terminent en un pli généreux au-dessus des chaussures de ville. Quelques variations plus étroites apparaissent ici et là, histoire d’éviter la monotonie. Les lunettes de soleil enveloppantes et les écharpes en fourrure remontées jusqu’aux oreilles ajoutent une touche de théâtralité bienvenue.
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James Baldwin, influence littéraire et politique du défilé
Vaccarello a lu cet été Giovanni’s Room, le roman de James Baldwin publié en 1966. L’histoire d’un Américain à Paris confronté à son homosexualité l’a hanté pendant des mois. « J’ai imaginé dessiner les costumes du film », confie-t-il dans la pénombre de sa loge, en coulisses. Cette lecture a nourri toute sa réflexion sur la contradiction intime et le conflit intérieur entre désir et répression sociale.
Le créateur traduit ce tiraillement par des associations inattendues. Il juxtapose les codes du conformisme bourgeois – pardessus, cravates, rayures banquier – avec des shorts de boxeur ou des leggings en latex. Des foulards en soie imprimée dépassent des cols de chemises impeccables ou se glissent sous des pulls à encolure dégagée. Un pull jaune safran surgit comme une respiration colorée au milieu de la noirceur ambiante.

Mode masculine et queer attitude : un message culturel assumé
Vaccarello supervise également Saint Laurent Productions, la filiale cinématographique de la maison. Il a invité au défilé la personne qui vient d’acquérir les droits du roman de Baldwin. « Je ne vais pas réaliser le film », précise-t-il aussitôt, avant d’ajouter que le projet l’intéresse vivement. Avec le succès phénoménal de Heated Rivalry, série canadienne qui raconte l’histoire d’amour entre deux joueurs de hockey, le moment semble propice pour porter à l’écran ce récit douloureux.
Connor Stanhope, star de cette série devenue phénomène culturel, occupait d’ailleurs un siège au premier rang, mardi soir, aux côtés d’Austin Butler et de Kate Moss. La présence de l’acteur n’avait rien d’anodin. Heated Rivalry a provoqué plusieurs coming out dans le monde du sport professionnel. Le travail de Vaccarello sur la queer attitude de SAINT LAURENT ces dernières saisons pourrait avoir un impact similaire sur les jeunes passionnés de mode, même à plus petite échelle.
Textures, matières et détails : la précision du luxe SAINT LAURENT
Dans cette collection presque monacale, l’œil traque les nuances. Le noir en crêpe de laine et grain de poudre cède progressivement la place au bleu marine, au gris et au brun foncé. Les motifs – rayures tennis, chevrons, Prince de Galles – restent à peine perceptibles, comme chuchotés. Vaccarello joue sur les textures pour créer du contraste. Un manteau en cuir noir se resserre à l’aide d’une ceinture en cuir marron. Les foulards, qui dépassaient timidement au début du défilé, finissent par déborder généreusement sur la poitrine, accompagnant des tenues associant des manteaux structurés et des shorts à hauteur de genou à des bottes vernies extensibles montant jusqu’aux cuisses.
Cette attention portée aux contrastes subtils et aux variations discrètes révèle la maîtrise technique du créateur. Le créateur pratique une coupe sournoisement sensuelle, où la séduction opère par suggestion plutôt que par démonstration. Les mannequins semblent distants, inaccessibles, parfois équivoques. Très chics surtout.

Une élégance masculine entre rigueur, désir et contradiction
Avec cette collection automne 2026, Vaccarello signe une leçon de style pour SAINT LAURENT. Il prouve qu’il est possible d’évoquer le désir, le conflit intérieur et la libération sans jamais hausser le ton. Son approche demeure précise, voire chirurgicale, mais elle véhicule une charge émotionnelle indéniable. Les hommes qui porteront ces vêtements endosseront bien plus qu’une simple tenue. Ils adopteront une posture et une attitude qui remettent en question les normes établies tout en respectant les codes de l’élégance classique.
Ces dernières années, la saison des défilés masculins a souvent privilégié le froissé et le nonchalant. Vaccarello propose l’exact opposé : une rigueur impeccable et une précision qui ne tolèrent aucune approximation. Pourtant, sous cette surface lisse et contrôlée, quelque chose palpite. Une tension. Un questionnement. Une liberté qui s’affirme sans bruit.









































