Depuis près d’une décennie, Kiko Kostadinov et ASICS construisent quelque chose que l’industrie de la mode peine à nommer : une collaboration durable, cohérente, qui ne ressemble à aucune autre. Leur dernier chapitre, l’ASICS Ilargi FF, est peut-être leur geste le plus radical — et le plus honnête.
| 📌 Repères clés |
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| 📅 Sortie : 19 février (Londres), 23 février (mondial) 💰 Prix : 230 dollars 🦶 Construction : orteil séparé type tabi 🧠 Technologie : mousse FlyteFoam 🏛 Archive : Marathon Tabi (1953) 🎬 Campagne : « Buckle Yup ! » par Ryan Trecartin 🌍 Lancements : Los Angeles, Tokyo, Londres |

Une sneaker de running à orteil séparé : le tabi s’attaque à la performance
L’ASICS Ilargi FF a fait sa première apparition en juin dernier sur le podium de la Fashion Week de Paris, portée avec l’assurance tranquille de ceux qui savent tenir quelque chose. La chaussure est disponible depuis le 19 février en exclusivité à la boutique londonienne de Kostadinov, avant un lancement mondial le 23 février sur kikokostadinov.com, à Los Angeles et à Tokyo.
Ce qui frappe immédiatement, c’est la découpe de l’avant-pied. Le tabi — cette construction à orteil séparé héritée des chaussures de travail japonaises traditionnelles — est ici appliqué à une véritable chaussure de running technique. Tige tricotée légère, semelle intermédiaire en mousse FlyteFoam pour l’amorti, semelle extérieure sculptée pour la stabilité : l’Ilargi FF ne négocie pas ses performances. Elle se décline en deux coloris au lancement — un noir intégral et un noir et bleu à la touche plus sportive — au prix de 230 dollars.

1953 : quand ASICS inventait déjà le tabi
Ce que beaucoup ignorent, c’est qu’ASICS entretient une relation ancienne avec cette forme. En 1953, sous le nom d’Onitsuka Tiger, la marque lançait la Marathon Tabi : première chaussure de running ASICS jamais produite, conçue pour les marathoniens avec une tige en toile et une semelle en caoutchouc à orteil séparé. Kostadinov n’a pas inventé ce langage — il l’a relu, avec la précision de quelqu’un qui connaît les archives de Kobe mieux que la plupart des historiens de la marque.
Le partenariat entre le designer bulgare et la marque japonaise a débuté en 2018 avec le GEL-Burz 1, modèle qui avait immédiatement trouvé son public. Depuis, Kostadinov a acquis une place à part au sein d’ASICS, contribuant activement à la division SportStyle, avec un accès direct aux archives. L’Ilargi FF porte toute cette confiance accumulée sur ses semelles.

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Buckle Yup ! : une campagne en trois actes signée Ryan Trecartin
Pour accompagner la sortie, Kostadinov a fait appel à l’artiste américain Ryan Trecartin. Ensemble, ils ont conçu une campagne en trois actes — « Buckle Yup ! » — tournée au Japon sur plus d’une douzaine de sites avec quinze acteurs locaux. Trecartin a d’abord composé les musiques, puis les a alimentées dans un logiciel de machine learning pour générer un chœur de voix artificielles évoquant des livreurs, des romances et des petits business en ligne.
Le premier acte, Buckle Yup : Cue Shoes, est prévu le 23 février à Los Angeles. Le deuxième se tiendra à Tokyo en avril, le troisième à Londres en juillet. Chaque volet sera accompagné d’une nouvelle version de l’Ilargi FF — une logique de collection plus que de simple drop.

Une sneaker qui occupe un espace à part
Le concept du tabi n’est pas nouveau dans le vestiaire masculin contemporain. Maison Margiela en a fait l’un de ses codes les plus reconnaissables depuis les années 2010. Mais l’appliquer à une chaussure de performance technique est une autre affaire — et à ce jeu, peu ont osé. ASICS et Kostadinov prouvent qu’il est possible de construire une nouvelle grammaire de la sneaker sans sacrifier ni l’intégrité fonctionnelle ni l’ambition esthétique.
L’Ilargi FF ne ressemble à aucune autre sneaker actuellement sur le marché. Elle n’est ni bottine de créateur, ni chaussure de performance ordinaire. Elle occupe un espace à part — et c’est précisément ce qui la rend nécessaire.



