Andersen Genève Chronographe Rattrapante Worldtimer : première mondiale en platine limitée à 8 pièces

Deux complications majeures, 38,8 millimètres seulement

Par
Vincent Mechet
Pigiste spécialisé en horlogerie, Vincent Méchet décrypte l’univers des montres avec précision et passion. Entre savoir-faire traditionnel et innovations, il met en lumière aussi bien les...
15 Minutes de lecture

Il existe des montres qui s’achètent et d’autres qui se méritent. Le Chronographe Rattrapante Worldtimer d’Andersen Genève appartient clairement à la seconde catégorie. Lancée à l’automne 2025, cette pièce, limitée à huit exemplaires seulement, réunit pour la première fois dans l’histoire de l’horlogerie deux complications majeures au sein d’un même boîtier : le chronographe à rattrapante et le mécanisme d’heure universelle. Ce n’est pas une simple juxtaposition de fonctions, mais une véritable prouesse technique, réalisée par une maison qui, depuis plus de quarante ans, œuvre dans l’ombre des grandes manufactures tout en leur tenant tête sur le plan du savoir-faire.

📌 Repères clés
💎 Boîtier : platine 950, diamètre 38,8 mm
📏 Épaisseur : 11,95 mm malgré la double complication
🛠️ Mouvement : Venus 179 NOS entièrement retravaillé
🏷️ Finition : désignation interne « AAA » (niveau maximal chez Andersen)
🌍 Worldtimer : module ultra-plat de 0,9 mm
🔒 Série : production limitée à 8 pièces
💰 Prix : 184 000 CHF (≈ 201 170 €)
Andersen Genève Chronographe Rattrapante Worldtimer : première mondiale en platine limitée à 8 pièces
© Photo : Andersen Genève

Andersen Genève : 45 ans d’expertise en heure universelle

Svend Andersen n’est pas du genre à chercher les projecteurs. Né au Danemark en 1942, il quitte Copenhague pour Genève à l’âge de 21 ans, fait ses armes chez le détaillant Gübelin à Lucerne, puis rejoint Patek Philippe, où il intègre l’atelier des grandes complications. Il y travaille alors aux côtés de Roger Dubuis et Max Berney, deux noms qui marqueront également l’horlogerie du XXe siècle.

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C’est chez Patek Philippe qu’il découvre les montres à heure universelle conçues par Louis Cottier, un mécanisme qu’il étudie, démonte et reconstitue. Lorsqu’il crée son propre atelier en 1979, puis sa marque en 1980, ce savoir-faire devient le fil conducteur de toute son œuvre. La Communication 24, lancée en 1990, marque le début d’une collection d’heures du monde qui ne cessera de s’enrichir. En 1994, la Mundus établit même un record mondial toujours en vigueur : la montre-bracelet à heure universelle la plus fine jamais réalisée, avec seulement 4,2 mm d’épaisseur.

La marque est également membre fondateur de l’AHCI (Association des horlogers créateurs indépendants), qui réunit les personnalités les plus respectées de l’horlogerie artisanale mondiale, telles que F. P. Journe, Kari Voutilainen et Philippe Dufour. Andersen Genève a par ailleurs servi d’incubateur à des talents tels que Franck Muller ou Felix Baumgartner, cofondateur d’Urwerk. La maison ne fabrique pas plus de cinquante montres par an et, en quarante-cinq ans d’existence, moins de 1 400 pièces ont été livrées à des collectionneurs.

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Andersen Genève Chronographe Rattrapante Worldtimer : première mondiale en platine limitée à 8 pièces
© Photo : Andersen Genève

Chronographe rattrapante + worldtimer : pourquoi cette union était jugée impossible

Le pari était osé. Réunir un chronographe à rattrapante et un worldtimer dans un boîtier de moins de 39 mm de diamètre et de moins de 12 mm d’épaisseur : personne n’y était encore parvenu avant Andersen Genève. Le concept a germé dès 2017, porté conjointement par Svend Andersen et Pierre-Alexandre Aeschlimann, le nouveau dirigeant de la maison depuis 2015. Plusieurs années de mise au point ont été nécessaires avant que la montre ne soit présentée au Grand Prix d’Horlogerie de Genève en 2025, où elle figurait parmi les nominés dans la catégorie « chronographe ».

Pour comprendre la complexité de l’exercice, il faut saisir la nature de chacune de ces complications séparément. Un chronographe à rattrapante permet de mesurer des temps intermédiaires grâce à une seconde aiguille de chronographe pouvant être arrêtée de façon indépendante, puis rattrapée, c’est-à-dire resynchronisée avec la première. L’heure universelle, quant à elle, affiche simultanément les 24 fuseaux horaires de la planète, une fonction aussi utile pour les voyageurs d’affaires que pour les collectionneurs attachés à la tradition Cottier. Réunir les deux dans un volume si contenu relevait jusqu’ici du défi insurmontable.

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Venus 179 : renaissance d’un calibre historique des années 1940

Pour y parvenir, la marque a fait un choix surprenant et cohérent : recourir au calibre Venus 179, un mouvement chronographe à rattrapante à remontage manuel produit entre les années 1940 et 1960. Ces calibres ont été acquis sous forme de kits non assemblés, issus de stocks anciens et neufs. Le fait qu’ils n’aient jamais été montés a permis aux horlogers de la marque de repenser entièrement leur finition, composant par composant, avant de les assembler.

Le Venus 179 est une variante du calibre 175, à laquelle a été ajoutée la fonction rattrapante. Ce mouvement a une histoire illustre : il a équipé l’original Breitling Duograph, ainsi que des montres Record, Excelsior Park et Ulysse Nardin. On a également retrouvé certains exemplaires dans des modèles de Girard-Perregaux, Panerai et Parmigiani dans les années 1990. Chez Andersen Genève, ce calibre bénéficie aujourd’hui d’un traitement que peu de manufactures seraient capables d’égaler.

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Finition AAA : jusqu’où peut aller l’artisanat horloger ?

Le chronographe rattrapante Worldtimer est la première montre à porter la désignation interne « AAA », gravée discrètement à l’intérieur de la lunette arrière, aux côtés des noms des horlogers qui l’ont fabriquée. Ce label signifie que la pièce atteint le plus haut niveau de complication et de finition artisanale jamais réalisé par la maison.

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Les techniques appliquées au mouvement témoignent d’un travail d’une minutie rare. La pince de rattrapante, la roue à colonnes, les têtes de vis et les éléments de réglage du balancier sont polis miroir. Les flancs des ponts sont travaillés à la fraise à rubis et les bras des roues dentées sont anglés à la main avec une précision extrême. Certaines surfaces sont satinées à l’aide de la « pierre de Paris », une pierre à base de gomme-laque tombée en désuétude dans l’industrie horlogère contemporaine, mais qui offre une texture d’une finesse caractéristique et immédiatement reconnaissable pour un œil averti.

Les ponts et les platines sont d’abord polis, puis chaque biseau est formé, lissé et terminé entièrement à la main. Le résultat rappelle le traitement que Patek Philippe réservait aux calibres rattrapante à base Valjoux dans des références historiques comme la 1436, une comparaison qui n’est pas anodine.

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Module worldtimer ultra-plat : l’héritage Cottier réinterprété

La partie heure universelle du chronographe Rattrapante Worldtimer repose sur un module exclusif développé à l’origine par Svend Andersen à la fin des années 1980. Depuis la communication 24 de 1990, ce module ultra-plat de 0,9 millimètre constitue la colonne vertébrale de l’expertise horlogère de la maison. Pour cette nouvelle pièce, il a été adapté et raffiné afin de préserver l’élégance générale de la montre.

L’innovation principale réside dans la façon dont le disque des villes et la bague des 24 heures sont disposés. Habituellement concentriques, ces deux éléments génèrent un encombrement visuel important. Andersen Genève a opté pour une approche différente : les noms des villes sont imprimés sur la face intérieure d’un disque en saphir de 0,5 millimètre d’épaisseur, positionné directement au-dessus de la bague des 24 heures. Les deux éléments restent ainsi lisibles et fonctionnels de manière indépendante, sans alourdir la silhouette de la montre.

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La bague des 24 heures, en laiton argenté, est divisée en sections jour et nuit non pas par des couleurs distinctes, mais par des textures de surface : la moitié diurne est polie miroir avec des chiffres mats en contraste, tandis que la moitié nocturne est satinée. Cette subtilité visuelle produit des variations d’aspect perceptibles selon l’angle d’éclairage, ajoutant une profondeur discrète à un cadran déjà très riche.

Andersen Genève Chronographe Rattrapante Worldtimer : première mondiale en platine limitée à 8 pièces
© Photo : Andersen Genève

Cadran en or blanc et émail grand feu

Le cadran central du chronographe est en or blanc massif brossé verticalement. Les index, le logo, les aiguilles et les chemins de fer des compteurs sont réalisés à la main en émail grand feu, une technique qui exige de multiples cuissons successives et une dextérité que seuls les horlogers-émailleurs les plus expérimentés peuvent maîtriser. Les compteurs sont disposés à 3 et 9 heures et affichent respectivement les trente minutes du chronographe et les secondes courantes.

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Les aiguilles de la fonction rattrapante sont en acier et ont été bleuies à la main par les horlogers, tandis que les aiguilles des heures et des minutes sont en or blanc poli miroir. Ce choix de matières crée un dialogue subtil entre les différentes fonctions du cadran, permettant à l’œil de distinguer instantanément ce qui relève du chronographe et ce qui appartient à l’affichage de l’heure.

Boîtier platine 950 sans CNC : compacité record et ergonomie inversée

Le boîtier, entièrement usiné et poli à la main, est en platine 950. Sa construction en trois parties lui confère une silhouette élancée, avec des cornes tombantes. Avec ses dimensions de 38,8 mm de diamètre pour 11,95 mm d’épaisseur, il s’agit de l’un des garde-temps les plus compacts jamais conçus pour accueillir simultanément ces deux complications. Il est plus fin et plus étroit que la Lange 1815 Rattrapante en platine ou que la Patek Philippe 5370 en or rose, deux références incontournables du genre.

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De façon inhabituelle, les poussoirs du chronographe et la couronne principale sont positionnés sur le flanc gauche du boîtier. Cette disposition, que l’on retrouve dans certaines pièces uniques réalisées par la maison par le passé, permet d’actionner le chronographe avec le pouce plutôt qu’avec l’index et constitue un signe de reconnaissance immédiat pour les connaisseurs. Une seconde couronne, encastrée dans le flanc droit du boîtier, permet de régler le disque des villes.

Prix 184 000 CHF : comment se positionne-t-elle face à Patek et Lange ?

La production est limitée à huit exemplaires, au prix de 184 000 francs suisses (environ 201 170 euros). Ce tarif peut surprendre pour une marque de cette taille, mais il prend tout son sens lorsqu’on le compare aux alternatives disponibles sur le marché. La Lange 1815 Rattrapante en platine affiche un prix d’environ 165 000 dollars (environ 140 000 euros), tandis que la Patek Philippe 5370 en or rose dépasse les 318 000 dollars (environ 269 850 euros). Le worldtimer en acier de Kari Voutilainen, le 216TMZ, est proposé à 185 000 CHF (environ 202 237 euros), sans rattrapante.

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Andersen Genève reste ouverte aux commandes sur mesure basées sur le même calibre Venus 179, dont la maison détient encore quelques exemplaires non assemblés. Ces commandes pourront donner lieu à des variantes personnalisées : cadrans différents, autres matériaux pour le boîtier ou même couronne repositionnée à droite. Cette flexibilité a toujours été l’un des traits distinctifs de la marque, fondée sur l’idée que la montre la plus précieuse est celle qui répond à une demande précise et personnelle.

La philosophie Andersen : cohérence plutôt que volume

Ce qu’il faut retenir du chronographe rattrapante worldtimer d’Andersen Genève, c’est moins la prouesse technique en elle-même, aussi réelle soit-elle, que la cohérence d’un projet mûri sur plusieurs décennies. De la restauration des premiers mouvements Cottier chez Patek Philippe dans les années 1970 à la conception du module ultra-plat en 1990, puis à ce nouveau double défi horloger, Svend Andersen a toujours suivi le même cap : faire mieux avec moins, valoriser le geste humain face à l’automatisation et proposer des complications qui ont un sens avant d’avoir un prix.

La désignation « AAA » ne signifie donc pas seulement une finition supérieure. Elle marque l’aboutissement d’une philosophie portée depuis l’origine par une maison qui a formé certains des plus grands noms de l’horlogerie indépendante, sans jamais chercher à rivaliser avec eux sur le terrain du volume ou de la visibilité. Avec le Chronographe Rattrapante Worldtimer, Andersen Genève signe probablement l’une des réalisations les plus singulières de l’horlogerie indépendante contemporaine.

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