Le cadre idéal pour cette présentation était la Milan Design Week 2026. Du 21 au 26 avril, la marque a tenu son exposition The Perpetual Timekeeper au cœur de Milan, où elle a officiellement présenté au public l’Atmos Designer 568 par Marc Newson, une réinterprétation de la pendule légendaire née il y a dix ans. Pas un geste anodin. Derrière cet objet se cache une conversation qui dure depuis près de vingt ans entre un fabricant suisse ancré dans le Jura et un designer australien formé à Sydney, puis à Tokyo et dans le monde entier.
Une pendule Atmos qui transforme les variations de température en énergie
Avant de comprendre ce que représente cette nouvelle version, revenons à l’essentiel : qu’est-ce que l’Atmos ? Inventée en 1928 par l’ingénieur neuchâtelois Jean-Léon Reutter, puis perfectionnée par les horlogers de la maison LeCoultre & Cie, cette pendule ne nécessite ni remontage ni alimentation extérieure d’aucune sorte. Son énergie provient des variations de la température ambiante. Une capsule hermétique contenant un mélange gazeux se dilate ou se contracte en fonction des écarts de température. Ce mouvement, aussi infime soit-il, remonte le ressort moteur qui transmet l’impulsion nécessaire au balancier. Une oscillation par minute. Un degré Celsius de variation suffit à garantir deux jours de marche.
Ce principe, que certains qualifient de mouvement perpétuel, est en réalité une économie d’énergie extraordinaire. La pendule Atmos ne crée rien ; elle capte et convertit l’énergie qui l’entoure. C’est ce paradoxe fondateur — un mécanisme de haute précision alimenté par rien de plus que l’air ambiant — qui en fait, depuis les années 1930, un objet convoité, offert en cadeau d’État et trônant dans les bureaux des puissants comme dans les salons des collectionneurs.

Une collaboration entre Jaeger-LeCoultre et Marc Newson sur près de vingt ans
Marc Newson, né à Sydney en 1963, a découvert l’Atmos alors qu’il était encore adolescent. Depuis, il n’a plus lâché l’affaire. Son premier projet commun avec Jaeger-LeCoultre remonte à 2008, avec le Calibre 561. Puis le Calibre 566 en 2010, suivi du premier Calibre 568 en 2016. Cette année, à Milan, cette collaboration a donné lieu à la création de trois nouvelles pièces : le Memovox Travel Clock, l’Atmos Hybris Artistica « Tellurium » et la nouvelle version du Calibre 568.
Newson qualifie l’Atmos à la fois de « complexe » et de « magique ». Le mot est bien choisi. Ses interventions sur l’objet ne visent pas à le remettre à zéro, mais à le révéler davantage. Designer multidisciplinaire, il a notamment signé des intérieurs de jets privés pour Dassault Aviation, des équipements pour Qantas et des meubles pour Alessi, B&B Italia et Iittala. Mais l’Atmos occupe une place à part dans son parcours. « Travailler avec Jaeger-LeCoultre reste un rêve », confie-t-il. Ce n’est pas une formule de politesse. Vingt ans de collaboration ne s’entretiennent pas avec des formules de politesse.
Suivez toute l’actualité d’Essential Homme sur Google Actualités, sur notre chaîne WhatsApp, ou recevoir directement dans votre boîte mail avec Feeder.
Une version 2026 enrichie de complications astronomiques avancées
La nouveauté la plus immédiatement visible est la palette monochrome. L’édition 2026 abandonne les contrastes de la version précédente au profit d’une lisibilité visuelle renforcée, dans laquelle la mécanique elle-même devient le motif dominant. Le regard se porte directement sur les complications, sans distraction.
Et des complications, il y en a. Le cadran en verre saphir teinté noir affiche les heures en chiffres arabes blancs entourés d’une minuterie classique. Un cercle intérieur indique les mois. La vraie nouveauté de ce second opus est l’ajout de trois fonctions célestes : les heures de lever et de coucher du soleil, l’équation du temps et une phase de lune d’une précision remarquable.
L’équation du temps, c’est-à-dire l’écart entre l’heure civile et l’heure solaire vraie, est matérialisée par une ellipse entourant l’axe des aiguilles. Elle se déplace pour indiquer, en minutes, la différence exacte entre les deux référentiels temporels, en positif ou en négatif. Les heures de lever et de coucher du soleil sont indiquées par deux petites flèches situées sur un anneau en verre saphir intercalé entre l’affichage des mois et l’affichage de l’heure. Ces affichages sont calibrés pour une latitude précise : 30°, 40° ou 50°. Il y a donc trois versions, trois pendules distinctes, trois façons de lire l’heure selon l’endroit du monde où l’on se trouve.
Quant à la phase de la Lune, les horlogers sont parvenus à un degré de précision remarquable : un écart d’un jour seulement tous les 4 087 ans. Tant que la pendule fonctionne en continu, ses affichages lunaires restent exacts sur cette durée. La seule exception concerne les pays qui pratiquent le changement d’heure saisonnier ; une correction bisannuelle reste nécessaire.
| 📌 Repères clés |
|---|
| ⏱️ Pendule Atmos fonctionnant sans remontage ni alimentation externe 🌡️ Énergie issue des variations de température ambiante 🌙 Phase de lune avec un écart d’un jour en plus de 4 000 ans 🌅 Indication des heures de lever et coucher du soleil selon latitude 🔍 Équation du temps intégrée pour comparer heure solaire et civile 💎 Cabinet en cristal Baccarat façonné à la main 🔢 Production limitée à 50 exemplaires par an dans le monde |
Un cabinet en cristal Baccarat issu de quatre années de recherche
L’autre grande singularité de cette pièce est son cabinet. Marc Newson a opté pour le cristal. Pas n’importe lequel : du cristal de Baccarat soufflé à la bouche et façonné à la main. La manufacture française Baccarat, fondée en 1764, est l’une des rares à pouvoir répondre à ce cahier des charges particulier : produire un bloc en une seule pièce aux angles arrondis évoquant un glaçon qui fond lentement, avec une épaisseur réduite à 13 millimètres par endroits.
Quatre années de recherche et de développement ont été nécessaires pour parvenir à cette prouesse. La matière, chauffée à blanc, est travaillée à l’aide d’un moule en deux parties afin de contrôler précisément le refroidissement et de respecter les tolérances requises. Le résultat est saisissant : un volume transparent qui semble immatériel, incapable en apparence de supporter le poids du mouvement, et pourtant parfaitement stable.
À l’arrière, quatre points de fixation, contre trois sur les modèles Atmos classiques, assurent la solidité et créent une symétrie visuelle qui met en valeur les composants décorés. Le mouvement semble flotter. C’est volontaire.

Une production limitée qui renforce la rareté de l’objet horloger
L’Atmos Designer 568 de Marc Newson est produite à seulement 50 exemplaires par an dans le monde. Trois références distinctes (Q516511J, Q516512J et Q516513J) correspondent aux trois latitudes disponibles. Les dimensions sont imposantes pour une pendule : 147 × 230 × 265 mm. Le calibre automatique 568 oscille à raison de deux battements par minute.
Cette limitation de production n’est pas un effet de communication. C’est la conséquence directe de la complexité artisanale de l’objet. Chaque cabinet en cristal soufflé à la bouche requiert un savoir-faire rare. Chaque complication (équation du temps, lever et coucher du soleil, phases de la lune) exige une calibration spécifique selon la latitude attribuée à la pièce. On ne commande pas cet objet comme on achète un produit de série. On le choisit, et on choisit également la latitude à laquelle il lira le ciel.

Une présentation stratégique au cœur de la Milan Design Week 2026
Présenter l’Atmos Designer 568 dans le contexte de la Milan Design Week 2026 n’est pas le fruit du hasard. Chaque avril, Milan devient la capitale mondiale du design. Les marques les plus pointues du monde s’y rendent non pas pour vendre, mais pour signifier. En choisissant cette scène pour son exposition The Perpetual Timekeeper, Jaeger-LeCoultre a voulu inscrire cette collaboration dans un dialogue plus large entre artisanat horloger et création contemporaine.
Depuis les années 1970, la maison invite régulièrement des designers et des artisans de renom à réinterpréter l’Atmos. Ce n’est pas une posture marketing, mais une conviction : l’Atmos n’est pas seulement une pendule, c’est un support. Un objet à la croisée de la physique, de l’artisanat et de l’art. Marc Newson l’a compris mieux que quiconque. Il n’a pas cherché à la transformer, il l’a prolongée.



