| Gucci présente pour le printemps 2027 un vestiaire masculin placé en ouverture du défilé et conçu sous la direction artistique de Demna. La collection resserre les proportions, redessine les épaules et privilégie un tailoring plus précis. Gucci enregistrait parallèlement un recul comparable de 5 % de ses ventes au premier semestre 2026. |
Milan avait, le temps d’un après-midi, des allures de boutique démesurée. Pour présenter sa collection printemps 2027, Gucci n’avait pas dressé un podium ordinaire, mais avait reconstitué un magasin entier avec ses murs de marbre, ses bas-reliefs, ses vitrines chargées d’accessoires et ses fauteuils de velours bas installés le long des rangées de vêtements. Un invité, assis non loin de moi, était persuadé d’entrer dans une véritable boutique phare. L’illusion était voulue. Nommé directeur artistique de la maison en mars 2025, en remplacement de Sabato De Sarno, Demna a pris la tête de la maison milanaise après un an et demi de vacance créative. Depuis un an, il cherche le juste équilibre entre l’héritage de la maison florentine et sa propre vision. Sur les silhouettes masculines de ce printemps 2027, il semble enfin l’avoir trouvée — la maison elle-même présente d’ailleurs cette collection comme la première à traduire pleinement sa vision personnelle de Gucci, façonnée par les expériences accumulées depuis son arrivée.

Le vestiaire homme ouvrait le défilé, et ce choix n’avait rien d’anodin. Demna a longtemps confié redouter cette part de la maison, celle des pantalons courts et des mocassins portés pieds nus, que Dawn Mello avait façonnée dans les années quatre-vingt-dix pour redresser Gucci. Son propre univers, forgé chez un tout autre couturier, était aux antipodes de cette aristocratie décontractée. Il fallait pourtant s’y confronter. Le résultat : des hommes tirés d’un roman à peine assagi, quelque part entre l’internat chic et le club automobile.
Les vestes en peau lainée croisaient les pantalons impeccablement coupés et les épaules retrouvaient une ligne pincée là où le créateur aurait plutôt cherché l’ampleur par le passé. On reconnaissait sa patte dans les cols de polo relevés, les kilts écossais rehaussés de mors chevalins surdimensionnés et les jeans suspendus bas sur la hanche par des ceintures à boucles multiples. Une note presque insolente perçait sous le vernis bourgeois, souvenir des années passées par Demna dans une maison plus radicale. Les cous chargés de chaînes et les proportions parfois excessives rappelaient qu’un créateur ne renonce jamais totalement à sa grammaire d’origine, même lorsqu’il change de maison.

Le trench refaisait aussi surface, retaillé, ajusté, débarrassé de tout excès. Les parkas, elles, cachaient un détail plus discret : le logo GG glissé sur la doublure, visible seulement par instants, lorsque le tissu se soulevait. Cette économie de signes tranchait avec les habitudes du secteur, où le monogramme est volontiers mis en évidence. Ici, la maison préférait la suggestion à la démonstration, et le vêtement y gagnait en élégance.
Ce parti pris n’est pas seulement esthétique. Gucci a enregistré un recul de 5 % de son chiffre d’affaires comparable au premier semestre 2026, un recul qui s’est toutefois limité à 2 % au deuxième trimestre, porté notamment par la bonne tenue de la maroquinerie. Pour une maison dont la relance figure parmi les priorités du groupe Kering, ce défilé ne pouvait donc pas se réduire à une simple démonstration de style. Le choix d’ouvrir sur le vestiaire masculin, sans alternance avec le womenswear – un parti pris inhabituel à l’heure où les défilés mixtes cherchent généralement à brouiller les frontières entre les deux vestiaires – fonctionne ainsi comme une déclaration : le tailoring homme devient la première pièce du dossier que Demna doit présenter à ses actionnaires autant qu’à son public.
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Interrogé en amont du défilé, Demna a raconté avoir longtemps hésité devant cette identité bourgeoise de Gucci, lui qui se sentait plus à l’aise avec la séduction frontale qu’avec la retenue policée. Il a fini par accepter les deux facettes de la maison : l’élégance sage et l’excentricité, sans chercher à les départager. Pour l’homme, cet équilibre se traduisait par des pièces d’apparence classique, pourtant travaillées avec une exigence de coupe qui déjouait toute nostalgie poussiéreuse. Le tailoring gagnait en précision, les épaules se redessinaient et les proportions se resserraient sans jamais tomber dans l’étroitesse.
Le casting, lui, rappelait que Gucci reste une maison où se croisent générations et univers. Des hommes au style affirmé traversaient l’espace reconstitué avec assurance, sans démonstration appuyée. On sentait, dans leur façon d’occuper les lieux, une intention précise : montrer un vestiaire que l’on pourrait porter dès la fin du défilé, sans artifice ni décalage entre le podium et la rue. Ce goût de la mise en scène événementielle n’est pas nouveau chez Demna : son premier défilé croisière pour Gucci, présenté à Times Square en mai 2026 à l’aide des panneaux publicitaires numériques du lieu, aurait coûté environ 10 millions de dollars, ce qui le placerait parmi les shows les plus onéreux jamais organisés. De quoi rappeler qu’à chaque rendez-vous, le créateur conçoit sa collection comme un vêtement et comme un événement à part entière.

Ce printemps 2027 marque peut-être le moment où Demna cesse de chercher un langage et commence à le parler couramment. La maison Gucci, sous sa direction, gagne en lisibilité sans perdre son excentricité fondamentale. Le vestiaire masculin en sort renforcé, plus affirmé et plus confiant dans ses propres codes. Reste à voir comment ces pièces vivront hors du décor de marbre milanais, dans les garde-robes réelles des hommes qui les porteront. Les boutiques Gucci, en France comme ailleurs, les accueilleront dans les mois précédant le printemps 2027. Mais l’intention ne trompe pas : Gucci construit patiemment, saison après saison, une allure masculine qui lui appartient enfin en propre. Après un an et demi passé à démontrer qu’il savait faire du bruit – jusqu’à ce show à dix millions de dollars à Times Square -, Demna prouve avec cette collection printemps 2027 qu’il sait surtout, désormais, faire du Gucci.







































