Chez Tom Ford, Haider Ackermann déshabille le costume pour le printemps 2027

Un mannequin jette un manteau en vigogne sur un sac de week-end et avance en string rose pâle. Au printemps 2027, Tom Ford traite le luxe comme une serviette de plage.

Par
Duc Tran
Duc TRAN
Éditeur en chef
Après s'être formé en langues (anglais et vietnamien) et en économie internationale, Duc TRAN pivote vers le journalisme, porté par sa passion pour l'écriture. C'est une...
7 Minutes de lecture
Tom Ford présente pour le printemps 2027 les premiers maillots de bain de son défilé sous la direction créative de Haider Ackermann. La collection associe costumes ajustés, vestes portées à même la peau, slips échancrés, trenchs-peignoirs et smokings. Ackermann affirme n’avoir jamais montré autant de peau et revendique davantage de liberté et de prise de risque.

Qui aurait parié que Tom Ford, maison bâtie sur le costume impeccable et le sex-appeal calculé, enverrait un jour un mannequin en slip rose bonbon, pull camel sur le dos, son manteau traîné sur un cabas et un journal à la main ? Cette image résume la saison mieux que n’importe quel communiqué : le costume masculin cherche désormais ce qu’il peut retirer plutôt que ce qu’il peut ajouter.

Haider Ackermann a franchi le pas. Pour le printemps 2027, Tom Ford présente pour la première fois des maillots de bain sur son podium, et personne ne les a taillés pour la pudeur. Le créateur le reconnaît sans détour : il n’a jamais dévoilé autant de peau. Il refuse pourtant le mot « provocation ». Il parle de liberté, de prise de risque, d’une pointe de danger qu’il ne s’était jamais permise jusque-là.

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Le tailoring reste la colonne vertébrale de la collection. Ackermann les coupe nets, près du corps, dans un nuancier de bleu ciel, de noir, de vert olive et de blanc. Puis il retire ce qui se trouvait dessous. Les vestes s’enfilent à même la peau, sur un maillot échancré ou sur des chemises ouvertes jusqu’en bas. C’est là que se joue le vrai pari : plus la coupe est stricte, plus l’exposition devient crédible. C’est ce qui distingue ce défilé d’un simple exercice de provocation.

Le premier passage donne le ton. Scott Barnhill apparaît en costume à fines rayures, la chemise vert olive déboutonnée sur un torse sculpté, une écharpe étroite nouée autour du cou et sur laquelle son nom est inscrit dans un coin. Le geste est précis. Rien ne dépasse, sauf ce que le créateur veut montrer.

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Les maillots noirs, eux, sont conçus pour poser plutôt que pour nager. Un mannequin à l’épaisse moustache, digne des années 1970, porte un col roulé et un slip de course. Quand il se retourne, le dos du slip se réduit à un string. Ackermann s’en amuse en coulisses : « C’est tellement sensuel, non ? »

Un autre look m’a fait sourire. Pull ras du cou, string rose pâle et manteau en vigogne qui vaut une petite fortune, mais que le mannequin n’enfile même pas. Il le jette sur un sac de week-end en cuir et avance ainsi. Le luxe est traité comme une serviette de plage.

Ces silhouettes rappellent les images d’Helmut Newton des années 1990. Au country club, l’accueil risque d’être glacial. En revanche, sur les yachts de la Méditerranée l’été prochain, lors des soirées piscine à Bel Air ou à Buenos Aires, elles passeront sans effort. Le calendrier n’est pas anodin : une collection de printemps qui s’ouvre sur le maillot de bain évoque déjà les vacances d’été 2027 et fait entrer la plage dans le vestiaire de ville plutôt que de l’en séparer.

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Le reste de la collection abandonne la raideur. La robe de chambre en soie rouge, avec un monogramme TF sur la poche, rend hommage à Hugh Hefner, le fondateur de Playboy, qui a passé sa vie en pyjama de luxe. Les trenchs-peignoirs, longs et souples, existent en soie comme en cuir. Pour la journée, Ackermann propose des trenchs et des combinaisons vert militaire, des jeans délavés et abîmés, des cargos et les shorts les plus courts de la saison.

Le soir, il taille des smokings au cordeau et des débardeurs échancrés assez bas pour découvrir le haut du torse. Des fleurs rouges ornent certains revers de veste. Une touche de vieux théâtre qui fonctionne.

Le logo, lui, se fait discret ou franchement joueur. Pour ceux qui auraient froid sans rien sous la veste, la maison prévoit des T-shirts siglés. Un lettrage perforé court sur certains blousons en cuir. Un maillot sans manches porte le nom de la marque découpé au laser. Côté bagages, les sacs de week-end se déclinent en cuir, en crocodile ou en lin, parfois brodés.

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Soyons honnêtes : vous n’irez pas au bureau torse nu sous un costume. Mais la leçon s’applique tout de même. Un costume vert olive se porte très bien avec un pull en cachemire fin ou un T-shirt blanc, sans cravate et sans chichis. La robe de chambre en soie est une excellente couche de soirée sur un pantalon noir. Quant au trench-peignoir, il remplace avantageusement le manteau classique dès les premiers beaux jours.

Ackermann, lui, se sent plus à l’aise chez Tom Ford qu’à ses débuts, et cela se voit. Il y retrouve l’audace de la maison des années 1990 et la fait découvrir à une génération qui n’a pas peur de montrer sa peau. Son programme tient en quelques mots, confiés à son équipe : « Je veux continuer cette conversation. Ayons de la joie, prenons plus de risques. Cela nous fait nous sentir bien et vivants. »

Le message est limpide. Au printemps 2027, chez Tom Ford, l’aplomb s’ajoute à la garde-robe et la peau fait partie du costume. Reste à savoir qui osera le slip rose sous le pull camel ; je parie plutôt sur la veste ouverte sur un simple T-shirt, qui s’imposera dans les garde-robes bien avant lui.

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