Citroën 2 CV Concept à 15 000 euros, le retour de la voiture populaire à l’ère électrique

La Citroën 2 CV reprend la route sous une forme électrique. À travers un concept de 3,76 mètres, la marque française fait revivre une certaine idée de la liberté automobile.

Par
Aurélien Ronto
Né au début des années 1990 dans la région parisienne, Aurélien Ronto est un journaliste spécialisé dans l'automobile qui a su transformer sa passion pour les...
16 Minutes de lecture
© Photo : Stellantis
La Citroën 2 CV Concept a été dévoilée à la veille de l’ouverture du Mondial de l’Auto 2026, à Paris. Elle préfigure une citadine électrique de 3,76 m, produite en Europe et attendue en 2028. Citroën vise un prix de départ proche de 15 000 euros et une masse voisine d’une tonne, pour un peu plus de 200 km d’autonomie WLTP selon L’Argus.

Soixante-dix-huit ans après ses débuts au Salon de Paris, la « deudeuche » est de retour porte de Versailles. Pas sous une cloche de verre. La Citroën 2 CV Concept, dévoilée à la veille de l’ouverture du Mondial de l’Auto 2026, préfigure une petite voiture électrique de 3,76 m, produite en Europe, attendue pour 2028, avec un prix de départ proche de 15 000 euros. Ce chiffre interpelle. Il place la future Citroën sous la nouvelle Dacia Spring, affichée à 17 900 euros hors aides depuis septembre, et loin de la Renault 5 E-Tech, deux références que vous connaissez bien.

Une icône électrifiée de plus ? On pourrait le croire. Pourtant, la démarche de la marque aux chevrons mérite qu’on s’y arrête, car elle va franchement à rebours de ce que propose le marché depuis quinze ans.

Citroën ressuscite la 2 CV pour renouer avec la voiture populaire

Il faut revenir aux origines pour comprendre son intention. Conçue dès 1937 sous le nom de code TPV (pour « Toute Petite Voiture »), la 2 CV obéissait à un cahier des charges d’une simplicité désarmante. Il fallait pouvoir « transporter quatre personnes et 50 kg de pommes de terre, atteindre 60 km/h, être facile à conduire, simple d’entretien et économique ». Présentée en 1948, elle a motorisé la France rurale, puis une bonne partie de l’Europe. La dernière est sortie de l’usine portugaise de Mangualde le 27 juillet 1990, au terme d’une carrière de plus de 5 millions d’exemplaires.

Personne, à l’époque, n’imaginait qu’elle deviendrait un objet culte. Elle l’est devenue par l’usage.

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C’est précisément ce fil que Citroën veut reprendre. Xavier Chardon, arrivé à la tête de la marque en juin 2025, a lancé le projet peu après sa prise de fonction, et le nouveau patron de Stellantis, Antonio Filosa, l’a validé fin 2025, selon L’Argus. Pour le dirigeant, il ne s’agit pas de reproduire une voiture du passé, mais de réinventer ce qui l’a rendue unique : « sa simplicité, son accessibilité et la liberté qu’elle offrait », transposées à la mobilité électrique.

Le contexte joue aussi. Renault a montré avec sa R5 électrique qu’un nom chargé de souvenirs pouvait remplir les carnets de commandes. Par ailleurs, Bruxelles prépare une nouvelle catégorie d’homologation baptisée M1E, réservée aux petites électriques de moins de 4,20 m. Celles assemblées dans l’Union européenne compteront pour 1,3 véhicule dans le calcul des émissions moyennes de CO₂ du constructeur, un coup de pouce qui profite d’abord aux marques, puis aux acheteurs.

📌 Repères clés
🚗 La Citroën 2 CV Concept a été présentée à la veille du Mondial de l’Auto 2026 et préfigure un modèle de série attendu en 2028.
💶 Citroën vise un prix de départ proche de 15 000 euros, inférieur à celui de la Dacia Spring (17 900 euros hors aides).
📏 La 2 CV Concept mesure 3,76 m de long, 1,68 m de large et 1,57 m de haut, soit 9 cm de moins en longueur que l’originale.
🔋 La version d’entrée de gamme devrait dépasser légèrement 200 km d’autonomie WLTP, selon L’Argus, pour une masse visée proche d’une tonne.
🏭 La 2 CV d’origine a été produite à plus de 5 millions d’exemplaires entre 1948 et 1990.

La nouvelle 2 CV électrique mesure 3,76 mètres et vise une tonne

Voilà sans doute le détail le plus frappant de ce concept. Alors que les citadines n’en finissent plus de grandir, la nouvelle venue rapetisse. Pierre Leclercq, directeur du design de Citroën, s’en amuse : « C’est la première fois qu’un revival est plus court que la version d’origine (3,76 m contre 3,85 m). La partie avant devait être désirable, sans être un jouet. »

Plus courte, donc. Mais elle est également nettement plus large, avec 1,68 m hors rétroviseurs pour 1,57 m de hauteur.

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Le véritable enjeu se situe sur la balance. Citroën vise une masse proche de la tonne, ce qui reste ambitieux pour une voiture électrique actuelle. La logique est simple. Moins de poids permet d’utiliser une batterie plus petite, donc moins chère, et de contenir la consommation. La marque parle d’une autonomie « calibrée » pour le quotidien, sans toutefois livrer de chiffre. Selon les informations recueillies par L’Argus, la version d’entrée de gamme devrait dépasser légèrement 200 km en cycle WLTP. Rien n’a filtré concernant la plateforme, mais le même confrère évoque une parenté technique avec la future Fiat Panda de petit gabarit. Reste à savoir quelle part de 2 CV subsistera sous une base partagée à l’échelle du groupe.

Autre point intéressant pour ceux qui entretiennent leur voiture sur le long terme : la réparabilité. Les pare-chocs sont dissociés de la carrosserie et peuvent être remplacés individuellement après un accrochage. Certaines surfaces, comme la baie du pare-brise, restent volontairement planes afin de réduire les coûts d’outillage. On retrouve là l’esprit d’ingénieur de la TPV.

Michelin apporte de son côté ce qu’il présente comme un « jumeau numérique universel du pneumatique ». Sans capteur dans la gomme, ce logiciel exploite les données déjà présentes à bord pour estimer en continu l’usure, la pression, la charge ou l’adhérence. De quoi ajuster les seuils de l’ABS, de l’ESP ou du freinage d’urgence et prévenir le conducteur au bon moment. Sur le papier, du moins : rien ne dit que cette technologie survivra à la production en série d’une voiture à 15 000 euros.

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Citroën 2 CV Concept, le retour de la voiture populaire à l'ère électrique
© Photo : Stellantis

Des phares ronds et un toit en toile pour retrouver l’esprit de la 2 CV

Au premier coup d’œil, impossible de se tromper. La silhouette reprend le toit arrondi, la chute arrière caractéristique et les ailes galbées de l’ancêtre. Les lignes, elles, sont plus tendues pour donner de la carrure à l’ensemble.

À l’avant, les projecteurs ronds semblent posés sur la carrosserie et sont cerclés d’une signature lumineuse à LED. Le capot reprend les stries de la TPV et les essuie-glaces restent apparents, comme autrefois. Le pare-brise est presque vertical. Les clignotants effilés logés dans le montant arrière et les jantes en tôle de 18 pouces complètent le tableau. Leurs pneus Michelin, ornés du logo Héritage et des chevrons, ont été dessinés spécialement pour l’occasion.

L’arrière surprend davantage. Un hayon noir descend jusqu’au pare-chocs, en souvenir des premières séries, et la plaque d’immatriculation a été remplacée par un écran affichant les surnoms de la 2 CV selon les pays. Petit gadget de salon, certes. Mais il fait sourire.

Antoine Gaillot-Drevon, responsable des concept-cars Citroën, dit avoir retravaillé chaque détail pour inscrire les lignes de l’icône dans son époque et revendique un design « humanisé », à l’image du toit en toile qui s’enroule à la main et qui est censé faire retrouver au public « ses yeux d’enfant ».

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La teinte extérieure, baptisée « Rouge Infra Red », part d’une base orange et vire au jaune ou au rouge selon la lumière. Elle ne passe pas inaperçue sous les projecteurs du Mondial.

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Citroën supprime la planche de bord et conserve un écran de 8 pouces

Ouvrez la portière. Vous tirez pour cela sur une lanière souple intégrée au panneau de la portière, et non sur une poignée classique.

Le premier constat est l’espace. Citroën a en effet supprimé la planche de bord traditionnelle au profit d’un simple cylindre horizontal sur lequel se trouvent le volant monobranche, un commodo unique, une commande de boîte à impulsion intégrant le bouton de démarrage, ainsi qu’un écran tactile carré de 8 pouces. Ce dernier conserve trois boutons physiques pour la température, le volume et la ventilation. Une bonne idée. Son graphisme s’inspire de la bande dessinée, avec la participation de l’auteur belge Jean-Luc Delvaux, passionné de 2 CV. L’affichage tête haute Smart Vision reprend quant à lui le compteur à tambour de la Citroën GS, mais en version numérique. Le minimalisme n’est pas qu’une posture esthétique : une planche de bord compte parmi les pièces les plus coûteuses d’un habitacle, et s’en passer sert autant le prix que le style.

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À côté, une radio amovible baptisée « Radioën » se transforme en enceinte nomade pour les pique-niques. En effet, la banquette avant, comme sur l’originale, s’extrait de l’habitacle. Les sièges à structure tubulaire, sans appui-tête, sont dotés de la technologie Advanced Comfort. Au centre, un panier amovible en bois et en plastique biosourcé imprimé en 3D remplace la console.

Citroën 2 CV Concept, le retour de la voiture populaire à l'ère électrique
© Photo : Stellantis

Le toit en toile noire s’enroule à la main. Il renvoie directement au principe fondateur de la TPV : « 4 roues sous un parapluie ». Une fois déroulé, il laisse filtrer la lumière. Le soir venu, une guirlande fixée au pavillon prend le relais.

Andreas Stump, designer d’intérieur, revendique la filiation avec le minimalisme fonctionnel de l’habitacle d’origine, auquel il ajoute le confort et l’esprit joyeux des Citroën actuelles.

Côté matières, les banquettes reprennent le motif tartan des modèles produits entre 1953 et 1990, décliné ici en jaune vif. Le volant et les commandes adoptent un beige rappelant la bakélite. Le plancher et les contre-portes sont recouverts d’un textile tressé inspiré du cannage. Madeleine Ternisien, designeuse couleurs et matières, parle d’une approche affective, assume le « côté Madeleine de Proust » de ces touches beiges et présente le tressage comme un clin d’œil à un savoir-faire français populaire.

Citroën 2 CV Concept, le retour de la voiture populaire à l'ère électrique
© Photo : Stellantis

De 1948 à 2026, les références historiques se cachent dans les détails

Les designers se sont fait plaisir. Le klaxon et le son de démarrage du moteur électrique reprennent ceux de la 2 CV. Des autocollants en forme de cœur ornent la carrosserie. Sur le pare-brise, trois vignettes affichent 48, 90 et 26, en référence à 1948, 1990 et 2026.

Plus drôle encore, les pédales portent une tortue pour le frein et un lapin pour l’accélérateur. Et les bacs des portières ont été conçus pour transporter des œufs. Un hommage direct à la célèbre consigne de l’époque qui voulait qu’un panier d’œufs traverse un champ labouré sans casse.

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© Photo : Stellantis

La Citroën 2 CV de série est attendue en 2028 autour de 15 000 euros

C’est la question que les passionnés se posent devant ce genre de prototype. Et il faut rester lucide. Selon L’Argus, la silhouette, les optiques avant détachées et les pare-chocs indépendants devraient survivre au passage en série. Le toit en toile deviendrait une option. En revanche, les poignées de portes seront empruntées à d’autres modèles de la gamme, les jantes seront plus petites sur la version de base, la banquette arrière recevra des appuie-tête et les prises d’air sous le pare-brise disparaîtront. Bon nombre de clins d’œil rétro ne passeront pas non plus le cap de l’industrialisation. Rien d’étonnant pour une voiture dont le prix de vente est estimé à 15 000 euros.

L’autre inconnue concerne la réglementation M1E. Tant que ses règles techniques ne sont pas figées à Bruxelles, rien ne garantit qu’elle sera en vigueur au moment du lancement. La 2 CV serait alors homologuée comme une voiture particulière classique.

Au fond, ce projet semble bien plus solide que les précédents. Citroën a déjà tenté de relancer la 2 CV avec les concepts Revolte en 2009, puis Survolt en 2010, sans succès. Cette fois, le calendrier est arrêté, le prix visé aussi, et la direction de Stellantis a donné son feu vert. Rendez-vous au Mondial 2028, quatre-vingts ans tout juste après la présentation du modèle original, pour découvrir la version définitive. Si Citroën tient ses promesses en matière de poids et de tarif, la petite voiture populaire française aura enfin retrouvé une héritière crédible.

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