Cannes 2026 s’embrase autour d’un western de Park Chan-Wook et du retour tant attendu de Charlie Kaufman

Entre tension budgétaire et ambition artistique, le nouveau projet de Park Chan-Wook s'impose comme la pièce maîtresse d'une industrie cherchant son nouveau souffle en 2026.

Par
Olivier Delavande
Fils d’un père français et d’une mère vietnamienne, Olivier Delavande a baigné dans une double culture qui a façonné sa curiosité et son ouverture d’esprit dès...
9 Minutes de lecture
L'affiche du 79e festival international de Cannes - © Photo : Festival de Cannes

Cannes 2026. Le Marché du film ouvre ses portes du 12 au 20 mai sur la Croisette et le brouhaha des salles de vente couvre déjà presque le bruit des vagues. Cette année, la grande affaire du marché se résume peut-être à une question simple : qui achètera le prochain film de Park Chan-wook ?

Le western de Park Chan-Wook devient l’événement du Marché du film

Que le cinéaste sud-coréen, célèbre pour ses vendettas ultraviolentes et ses constructions temporelles labyrinthiques, décide de s’emparer du genre le plus américain qui soit, voilà qui mérite qu’on s’y arrête. The Brigands of Rattlecreek réunit Matthew McConaughey, Austin Butler, Pedro Pascal et Tang Wei sous la direction de Park Chan-Wook, avec un budget annoncé de 60 millions de dollars. Le scénario est signé S. Craig Zahler, l’auteur de Bone Tomahawk, ce qui donne une idée de la teneur en violence de ce projet. Rien de décoratif là-dedans. Park Chan-Wook n’a pas refait Stoker, son dernier film en anglais sorti en 2013, mais semble vouloir explorer plus en profondeur les mythes américains avec un regard neuf.

Les vendeurs du label 193 n’ont pas encore déposé les dossiers sur les tables que les offres commencent à circuler. C’est le genre de projet qui provoque ce qu’on appelle pudiquement une « guerre des enchères ». Il est rare que des films de marché déclenchent un tel emballement avant même le début du tournage.

Cannes 2026 s'embrase autour d'un western de Park Chan-Wook et du retour tant attendu de Charlie Kaufman
Le jury du 79e festival international de Cannes – Park Chan-wook © Lee Seung-hee / Demi Moore © Thomas Whiteside / Isaach De Bankolé © Larry Busacca / Laura Wandel © Thomas Laisné / Paul Laverty © Joss Barratt / Stellan Skarsgård © NEON / Ruth Negga © Justin Coit / Diego Céspedes © Tom Chenette / Chloé Zhao © Christian Tierney

Charlie Kaufman revient avec une satire du prestige hollywoodien

À l’opposé du spectre commercial, Charlie Kaufman revient avec Later the War. Six ans après Je veux juste en finir, le scénariste-réalisateur de Dans la peau de John Malkovich et Eternal Sunshine of the Spotless Mind s’apprête à réaliser un film sur un acteur-réalisateur célèbre pour ses comédies grand public. Channing Tatum y incarne un acteur-réalisateur célèbre pour ses comédies grand public, qui se ronge les ongles à l’idée de n’avoir rien de sérieux à dire au monde. Le tournage est prévu à Chypre en 2027. Les ventes sont confiées à The Veterans et CAA.

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Ce qui fascine ici, c’est la mise en abyme : Kaufman, dont chaque film interroge l’acte créatif jusqu’à l’épuisement, offre à un acteur longtemps cantonné aux rôles de divertissement, Channing Tatum, la matière d’une transformation. Le sujet, c’est l’angoisse de la légitimité. Ça tombe bien, c’est aussi un peu le sujet du Marché du film en 2026.

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Le Marché du film entre dans une nouvelle logique économique

Le Marché du film de Cannes n’est plus ce qu’il était il y a dix ans. Les grands paquets d’action à 50 millions de dollars, qui faisaient la loi sur la Croisette dans les années 2010, ont quasiment disparu. Financer un blockbuster indépendant est devenu une opération à haut risque que peu de producteurs osent encore entreprendre. Ce qui circule maintenant, ce sont des projets plus ajustés, pensés pour des publics précis, portés par des cinéastes dont le nom seul constitue une garantie.

Les studios hollywoodiens l’ont compris à leur manière. Paramount a lancé un nouveau label de genre confié aux producteurs de Barbarian, Raphael Margules et J. D. Lifshitz. Warner Bros. a créé Clockwork, un label destiné à la génération Z, avec pour premier projet le prochain film de Sean Baker, le réalisateur d’Anora, intitulé Ti Amo. Même les majors se tournent désormais vers ce que le marché indépendant a toujours su faire : des films à l’identité forte, au coût maîtrisé, capables de trouver leur public sans les machines de guerre du marketing traditionnel.

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Les grands auteurs internationaux dominent Cannes 2026

La compétition officielle du festival de Cannes 2026 n’est pas en reste non plus. Asghar Farhadi, doublement oscarisé, présente Histoires parallèles, avec Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney. Ce film, inspiré de Kieslowski, s’annonce comme la grande carte française-internationale du festival. Lukas Dhont revient avec Coward et Ira Sachs avec The Man I Love, avec Rami Malek dans le rôle d’un artiste new-yorkais hanté par sa propre disparition prochaine.

Du côté du Marché, le thriller psychologique Fonda de Justine Triet est l’une des présences les plus attendues. Premier film en anglais de la réalisatrice d’Anatomie d’une chute, il réunit Mia Goth, Allison Janney, Andrew Scott, Odessa A’zion et Benedict Wong, avec le soutien de StudioCanal et MK2. Après l’Oscar du meilleur film étranger, Triet franchit une nouvelle frontière. Le résultat intéresse le monde entier.

Le cinéma français mise encore sur ses visages les plus identifiés

Hors compétition, le duo Guillaume Canet-Marion Cotillard se retrouve dans Karma, un thriller psychologique vendu par Pathé, dans lequel Cotillard joue une femme au passé trouble qui se réfugie dans une communauté religieuse pour échapper à la police. C’est leur énième collaboration à l’écran. Le film réunit également Denis Ménochet, ce qui lui confère une place dans le cinéma français de qualité, sans pour autant se limiter aux marchés hexagonaux.

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Les films de genre cherchent un nouveau souffle commercial

L’une des surprises de cette édition 2026, c’est le nombre de films de genre qui se distinguent par la qualité de leurs intentions. Follow Mode, réalisé entièrement par des drones, s’empare du filon de l’horreur à hauteur d’écran pour une génération nourrie aux lives et aux réseaux sociaux. Barracuda, avec Anthony Mackie, est une course-poursuite classique et efficace dans le désert mexicain. Et pour ceux qui ont besoin d’un nom rassurant sur l’affiche, il y a toujours Jason Statham : John Doe, réalisé par David Ayer (End of Watch), est un thriller amnésique à la mécanique bien huilée.

L’intelligence artificielle s’invite dans l’animation grand public

Le cas de Critterz mérite une mention à part. Ce film d’animation familial, produit avec l’aide d’OpenAI pour un budget déclaré de 30 millions de dollars, est le premier grand test commercial de l’animation assistée par intelligence artificielle à ce niveau de marché. Écrit par les auteurs de Paddington au Pérou, il offre aux acheteurs indépendants une option accessible. Reste à savoir si le public et les distributeurs passeront outre le débat sur l’IA dans les industries créatives. C’est peut-être la vraie question de ce Marché du film 2026.

Cannes 2026 devient le miroir d’une industrie en recomposition

Cannes 2026 arrive à un moment particulier. Le cinéma mondial cherche ses équilibres : entre auteurs et genres, entre studios et indépendants, entre films à voir en salle et contenus conçus pour les plateformes. Ce Marché du film, avec ses projets aussi hétéroclites qu’un western de Park Chan-Wook, un film d’animation à 30 millions de dollars généré par intelligence artificielle ou la comédie méta de Charlie Kaufman, illustre bien cette pluralité sans centre fixe. Ce n’est pas une crise. C’est une recomposition. Et Cannes, fidèle à lui-même, en reste le thermomètre le plus fiable.

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