| Ferragamo présente pour le printemps 2027 une collection homme signée Maximilian Davis, directeur artistique depuis 2022. Inspirée des images du désert égyptien de la photographe Lee Miller, elle décline sable, terre cuite et vert olive en lin, coton et cuir. La ceinture Gancini en est l’élément central. Mocassins et sandales reprennent la construction de la sandale invisible de 1947. |
Cent ans après ses débuts à Florence, la maison de couture Ferragamo tourne le dos aux podiums bavards pour regarder du côté du sable. Pour le printemps 2027, Maximilian Davis présente une collection homme qui ne cherche ni le buzz ni la démonstration, et c’est précisément ce qui la rend difficile à ignorer.
Ferragamo ouvre une nouvelle page de son vestiaire masculin. Pour la saison, la maison florentine convoque le désert, ses lumières franches et ses matières brutes, dans une collection qui parle directement aux hommes attentifs à leur apparence. Le résultat surprend par sa clarté. Rien n’y sonne forcé.
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Maximilian Davis a puisé son inspiration dans une exposition parisienne consacrée à Lee Miller. La photographe américaine a vécu plusieurs années en Égypte dans les années 1930, et ses images du désert ont visiblement marqué le directeur artistique. Longtemps connue comme mannequin, puis comme photographe et correspondante de guerre pour Vogue, Lee Miller a retrouvé une visibilité auprès du grand public ces dernières années, notamment grâce au film qui lui a été consacré et dans lequel Kate Winslet l’incarne. Choisir cette figure comme point de départ, c’est puiser dans une référence culturelle vivante plutôt que dans un simple moodboard de saison. Il en a tiré une palette de couleurs sèches, presque minérales : sable, terre cuite, écorce, quelques éclats de vert olive. Ces teintes recouvrent des vestes safari, des chemises légères et des pantalons taillés dans des toiles de lin et de coton respirantes.
La silhouette masculine s’inspire aussi des années 1940. Les épaules sont marquées sans excès, les vestes s’allongent et les pantalons gagnent en ampleur. Cette référence n’a rien d’un exercice nostalgique. Davis la traite avec une économie de moyens qui rend les pièces portables au quotidien, loin des uniformes militaires dont elles s’inspirent pourtant.
Le vrai fil conducteur reste la ceinture. Chez Ferragamo, la taille redevient un point d’attention. On la retrouve marquée par des ceintures en cuir épais, parfois doublées, glissées dans les passants des vestes et des manteaux, comme un signe de rigueur. La fermeture Gancini, ce clip métallique inventé par la maison, apparaît sur des blousons en cuir robuste et sur des gilets sans manches dans la même matière. Elle ancre la collection dans une identité reconnaissable au premier regard, sans jamais tomber dans la citation appuyée. Dans un contexte où de nombreuses marques misent sur des logos toujours plus grands, faire d’une simple ceinture le point de ralliement d’une collection est un choix à contre-courant.
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Le cuir domine, mais il se décline avec finesse. Certaines pièces jouent la transparence, avec des doublures apparentes qui laissent entrevoir la construction du vêtement, ses coutures et ses renforts. D’autres optent pour un grain plus texturé, presque craquelé, comme si le soleil du désert avait laissé sa marque sur la matière. Cette attention portée à la fabrication donne à la collection une dimension presque artisanale qui contraste avec la production standardisée du prêt-à -porter masculin.
Les chaussures méritent un paragraphe à elles seules. Salvatore Ferragamo a bâti sa réputation sur ses inventions techniques, et Maximilian Davis s’appuie ouvertement sur cet héritage. La sandale invisible de 1947, avec son talon compensé en forme de F et son empeigne tissée, sert de matrice à plusieurs modèles masculins de la nouvelle collection. Cette pièce, qui avait reçu un prix américain de mode à l’époque, reste l’un des grands jalons de l’histoire de la chaussure de luxe, ce qui donne à ce clin d’œil un poids symbolique réel. On retrouve cette construction dans des mocassins et des sandales d’été, réinterprétés avec des matériaux contemporains. La maison rappelle ainsi, sans le dire frontalement, qu’elle reste avant tout une manufacture de chaussures.
Le vestiaire masculin bénéficie enfin d’une attention comparable à celle réservée aux collections féminines, ce qui n’était pas toujours le cas chez Ferragamo par le passé. Depuis son arrivée à la tête de la direction artistique en 2022, Maximilian Davis semble avoir trouvé, avec cette saison, un équilibre plus net entre héritage florentin et écriture personnelle. Les vestes structurées côtoient des chemises fluides et les pantalons de tailleur se portent aussi bien avec des mocassins qu’avec des sandales. Cette liberté dans les associations correspond à une évolution plus large du vestiaire masculin, où les codes classiques se prêtent désormais à davantage de fantaisie.
Cette collection offre en fin de compte des repères solides. Une veste safari se porte facilement avec un jean, une ceinture large donne du caractère à une tenue sobre, et un mocassin inspiré de 1947 traverse les saisons sans se démoder. Pour la saison des beaux jours, des mariages d’été aux week-ends de chaleur, ces pièces en lin, en coton et en cuir léger constituent une alternative crédible au costume classique. Ferragamo ne cherche pas à révolutionner le vestiaire masculin. La maison préfère l’affiner, pièce après pièce, en s’appuyant sur son savoir-faire ancestral.
Dans une saison où tant de maisons courent après le spectaculaire, ce calme-là est un vrai parti pris, et c’est la meilleure raison de suivre Ferragamo au printemps 2027.



