| Fendi a présenté sa collection printemps-été 2027 le 23 septembre 2026 à Milan sous la direction de Maria Grazia Chiuri. Le défilé mixte intègre 15 silhouettes masculines selon le décompte de l’article. Le vestiaire homme privilégie les volumes fluides, les matières fortes et une Baguette miniaturisée conçue pour accueillir un téléphone. |
Quinze silhouettes masculines se sont glissées, mercredi, entre les robes vaporeuses du podium milanais. Quinze looks sur l’ensemble de la collection printemps 2027, ce qui est peu pour sortir de l’ombre du prêt-à-porter féminin, mais suffisant pour dessiner une direction. À Milan, mercredi, Maria Grazia Chiuri a présenté son deuxième prêt-à-porter pour Fendi, un podium mixte où ces quinze looks masculins, minoritaires, portent pourtant une bonne partie de la cohérence stylistique de la collection. C’est là tout l’intérêt de regarder cette collection sous l’angle masculin : elle ne se cache plus, mais ne s’impose pas non plus ; elle avance en creux, comme un complément assumé plutôt qu’un discours autonome.

Le décor, d’abord. Un cube de miroirs planté au centre du podium, inspiré d’une œuvre de l’artiste italien Luciano Fabro et d’une émission télévisée de 1974 dans laquelle Raffaella Carrà dansait sur Prisencolinensinainciusol. Le public s’y voyait lui-même, déformé et multiplié, avant même d’apercevoir les mannequins. Un dispositif habile, presque trop habile, qui a fini par voler la vedette aux vêtements. Les journalistes présents ont d’ailleurs relevé cette ironie : plisser les yeux pour deviner une silhouette derrière son propre reflet n’est pas la plus confortable des expériences.
Sous cette scénographie, un vestiaire homme resserré mais net. La veste en fausse fourrure zébrée, ample et ouverte sur une chemise blanche largement déboutonnée, en est la pièce la plus visible : un vêtement spectaculaire qui n’en est pas moins élégant, porté avec un pantalon fluide écru et des sandales plates. On y retrouve ce que Chiuri développait déjà pour la ligne homme en automne 2026 : des coupes transversales et un vestiaire pensé comme un espace commun entre les genres plutôt que comme deux garde-robes parallèles. Le noir domine ailleurs dans la collection, comme souvent chez Chiuri, une teinte qui tranche avec l’esprit disco et les paillettes annoncés en amont par la maison. Trop sérieux peut-être pour un logo FF conçu par Karl Lagerfeld en 1965 et signifiant à l’origine « Fun Fur ».

Il faut dire un mot du contexte, et le chiffre parle de lui-même. Fendi traverse une zone de flottement côté homme : la maison romaine, fondée en 1925 et intégrée depuis longtemps au groupe LVMH, ne figurait pas au calendrier officiel de la Fashion Week Homme de Milan en juin dernier, faute de collection masculine autonome. Quinze looks glissés dans un podium femme, ce n’est ni un abandon du vestiaire masculin, ni une vraie ligne homme, mais un format intermédiaire calibré pour maintenir une présence sans engager les moyens d’un défilé dédié. Comme en automne 2026, où Chiuri avait déjà réuni hommes et femmes sur le même podium, cette proportion – une quinzaine de silhouettes sur un total nettement plus large de looks féminins – semble devenir la norme par défaut de la maison en l’absence de calendrier homme autonome.
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La matière reste l’argument le plus solide. Fendi possède l’un des ateliers de travail du cuir et de la fourrure les plus reconnus du secteur, et cela se voit particulièrement sur les pièces pour hommes de cette collection. La veste zébrée portée en ouverture masculine porte cette signature artisanale qui traverse les décennies sans se démoder. On pense presque, par contraste, à certaines pièces d’archive masculines de la maison, comme ce blouson en cuir patchwork des années 2010 dont les détails cloutés et les jeux de matières annonçaient déjà cette façon bien romaine de traiter le cuir et la fourrure comme des matières nobles plutôt que comme des accessoires d’hiver.
Côté accessoires, la Baguette fait un retour remarqué dans une version réduite au strict nécessaire pour loger un téléphone. Un choix qui parle directement aux hommes qui portent aujourd’hui des sacs compacts, loin des cabas volumineux d’il y a dix ans – une tendance qu’on retrouve d’ailleurs chez plusieurs maisons concurrentes depuis deux ou trois saisons, du sac ceinture minimaliste au pochon porté en bandoulière, comme si le vestiaire masculin de luxe convergeait tout entier vers cette idée de charge utile réduite au minimum. La discrétion du format, la fonction avant tout, l’absence de fioriture : voilà un principe qui traverse aisément la frontière entre les vestiaires masculin et féminin.

Reste la question du fond. La proposition de Chiuri s’articule autour d’un mood board chargé de références : Raffaella Carrà, une ambiance disco des années 1970, un poème d’E. E. Cummings projeté en lettres lumineuses à l’entrée du défilé. Un habillage conceptuel dense, parfois trop dense, qui a laissé certains observateurs sur leur faim quant à la clarté du propos. Pour un public masculin habitué à des collections plus lisibles, cette abondance de références peut sembler distante, d’autant que les quinze looks masculins, minoritaires sur le podium, en portent une charge symbolique proportionnellement plus lourde que les silhouettes féminines, plus nombreuses et donc plus à même d’absorber la densité du récit.
La saison prochaine dira si cette porosité se traduit enfin par une ligne masculine pleinement assumée ou si Fendi a choisi consciemment de faire de ce quota de quinze looks une stratégie en soi plutôt qu’une contrainte de calendrier.














